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Cahiers de Psychologie Politique
Les politiques de santé...

 

Les politiques de santé au regard de la psychologie politique

Science de l’homme, science de la santé et science politique

Les cahiers de psychologie politique ouvrent un débat dans ces deux numéros de l’année 2020 sur les politiques de santé dans un environnement ou les contraintes économiques et techniques semblent avoir aliéné la liberté de penser et l’initiative politique. Nous avons identifié cinq thématiques qui favorisent l’expression de contributions de plusieurs disciplines : psychologie, sociologie, droit, science politique, histoire et médecine bien entendu. Les notes intentions sous forme de projets présentés en une dizaine de lignes sont à nous transmettre à papontoizeau@gmail.com dès que possible et les articles à nous soumettre avant fin juin 2020.

Du fait des contraintes de contributeurs mobilisés par la pandémie, le comité de rédaction souhaite accueillir des projets de contributions en vue d'un dernier dossier en janvier 2021. Nous serions tout particulièrement désireux d'accueillir des propositions concernant le thème de la biopolitique.

1. Les politiques de santé sont aujourd’hui plus gouvernées par des injonctions économiques et de gestion au niveau national comme dans les arbitrages de gestion des institutions internationales de santé. Ces politiques véhiculent des choix de civilisation en matière de fécondité, de limitation des naissances, de sélection génétique des embryons ou de choix sur la fin de vie, voire d’euthanasie et d’économie du vivant. Cette dimension de l’efficacité politique dans la gestion des populations : le biopolitique est un premier objet de débat dans un contexte où apparaissent aussi des signes de dégradation de la santé humaine dans les sociétés avancées : obésité, anorexie, addiction, diabète, malnutrition, troubles psychiatriques, taux de suicide, etc.

2. Les politiques de santé dépendent aussi de choix historiques. Les politiques de soins sont trop séparées des politiques de prévention : hygiène, nutrition, activités physiques, etc. Certains pays ont des usages très différents. Outre l’intérêt économique de ces alternatives, ces choix traduisent sans doute un rapport à la santé publique contraignante pour l’individu, un rapport à la liberté et à la responsabilité, une relation à la présence du corps et à la bonne santé, soit un second objet de recherche du fait des relations entre les institutions et les citoyens dans une culture du bien vivre et du bien-être.

3. La politique de santé inclut le rôle du médecin et des personnels de santé, leur psychologie et éthique. La médecine libérale moderne pourrait laisser supposer une forme de mercantilisme comme on peut le reprocher aux organisations privées de santé. Or, l’art médical a une histoire où soigner incorpore une relation à la vie, à la mort, au groupe et à la nature, voire au cosmos : l’art étant plus sagesse que technique ou science. La relation que les médecins entretiennent avec leur art et la vision qu’ils ont de leur rôle constituent un autre objet d’étude, celui de la psychologie du praticien et son rapport complexe aux politiques et institutions avec des enjeux : missions, obligation de résultat, pression économique, liberté de conscience, secret médical et confidentialité, politique publique, sécurité sanitaire mais aussi dopages, manipulations génétiques ou conflits d’intérêt, sans oublier la psychologie des personnels de santé : aider les aidants, supervision, obéissance, maltraitance, vulnérabilité, motivation.   

4. La politique de santé véhicule un implicite majeur : la conception de l’homme qu’ont les politiques et les praticiens de santé. Ces conceptions emportent des pratiques possibles ou réfutées : la marchandisation des organes ou la mise à disposition du corps, un rapport à la maladie du type être ou avoir : être malade ou avoir une maladie avec des conséquences pratiques sur la nature des accompagnements médicaux et psychologiques, un rapport à la souffrance, la bonne santé, la vie, la délivrance, la mort et le sens des événements vécus par le patient qui structurent différemment l’art médical au-delà du médecin. Cet enjeu des politiques de santé inclut peut-être le rôle des proches et la gestion sociale intergénérationnelle par exemple, d’où une réflexion plus globale et créative d’une politique citoyenne de la santé.  

5. Les arts de la médecine interrogent sur la place de la technique et une conception occidentale de type « rationaliste ». La doctrine occidentale procède par exclusion de pratiques millénaires portant des résultats : l’acupuncture par exemple. Elle a privilégié l’instrumentation et la mesure excluant la pratique clinique et son rapport au corps de l’autre : écoute, palpation, pourtant efficace et moins onéreuses pour de très nombreux cas de la médecine du quotidien. Elle a préféré la médecine par antibiotique au détriment de la phagothérapie, etc.  Le regard critique n’oblige-t-il pas à s’interroger sur le pouvoir économique tirant profit de certains choix techniques et sur une autorité scientifique légitimant une « idéologie politique » de la médecine. La politique de santé est-elle un cadre normatif ou une organisation des arts médicaux ?


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