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Cahiers de Psychologie Politique

« Cette incertitude m’a poussée alors à rechercher non plus tant si le parti communiste avait changé, mais comment il pouvait changer : par quels mécanismes, grâce à quel jeu et dans quelles limites le phénomène communiste pouvait évoluer en demeurant fidèle à lui-même mais où pouvait commencer l’aventure qui le ferait rompre ses amarres avec sa nature originelle1. »

La conception qui a largement prévalu pour interpréter les phénomènes de changement repose sur l’idée que celui-ci découle directement d’un type d’influence à fonction unidirectionnelle, partant d’un pôle social (majorité, source d’influence) pour s’exercer sur un individu ou sous-groupe (minorité, cible d’influence). Changer équivaut, dans cette optique, à se conformer (il s’agit de la réponse à une injonction de changement), c’est-à-dire à adopter le point de vue majoritaire (ou d’un leader d’opinion). A contrario, en mettant en relief l’importance du conflit, Serge Moscovici définit l’influence sociale non comme une pression unilatérale, mais comme le jeu de négociations, en considérant le pôle minoritaire comme un réel facteur et moteur d’influence et, en conséquence, de changement2. De surcroît, en référence aux travaux de Kurt Lewin3, on peut penser le repérage et l’étude des acteurs comme un diagnostic du champ de forces existant à un moment donné dans l’organisation. Sur les plans internes et externes, des groupes mobiles - acteurs du changement - apparaîtront : indifférents, réfractaires, adversaires ; prescripteurs, partenaires, agents du changement. Ce qui les distingue : leur système d’influence ou de pression ; leur cadre de référence ; leur distance culturelle et hiérarchique par rapport au projet ; leurs intérêt et perception des risques et des gains ; leurs besoins ; et des facteurs déclencheurs tels que la peur, le plaisir, ou la recherche du pouvoir. Selon cette conception, les prescripteurs du changement valoriseront et motiveront les acteurs empreints de doutes ou soumis à des pressions. Car si le changement est tout à la fois affaire de « décision », d’ « opinion », ou encore de « savoir », il est surtout un acte, comme l’écrit Vladimir Jankélévitch4. En effet, pour ceux qui le vivent, ou qui doivent le porter, il implique au préalable un acte de foi, une confiance profonde, condition sine qua non à sa mise en œuvre.

De ce point de vue, il est d’abord possible d’isoler des variables psychologiques (besoins, motivations, buts, idéaux, perceptions, représentations) qui ont une incidence directe sur le comportement. Nous sommes alors en mesure de spécifier trois niveaux d’analyse : individuel, groupal, et social (au sens large du terme c’est-à-dire de « sociabilité »). Toutefois, l’idée principale développée par K. Lewin est que quel que soit le niveau retenu, celui-ci est régi par un champ de forces contraires. Par conséquent, l’état présent est un équilibre entre les forces qui facilitent le changement et celles qui s’y opposent. L’analyse du champ de forces consiste donc à les identifier et à déterminer leur direction et leur intensité. Mais, comme nous le verrons, le fait de galvaniser les forces favorables avant de réduire celles de la résistance se révèle coûteux. A cet égard, on peut être d’accord avec Angelo Panebianco quand il affirme identifier un « ordre organisationnel », autrement dit une « orthodoxie ». Néanmoins, comme le décrit l’auteur, la coalition dominante peut être plus ou moins cohésive c’est-à-dire qu’un parti peut être soit fortement divisé en « factions », soit divisé en groupements moins organisés comme de simples « tendances ». Or, les factions ou les tendances en droit sont strictement interdites au PCF ; elles existent de fait, mais leur structuration et leur coopération semblent limitées et sujettes à un épuisement de leurs ressources matérielles et de leur potentiel en partisans. Par conséquent, pour les étudier nous privilégierons l’étude de leurs discours. Car la « contestation » au Parti communiste revêt des formes si diverses, quelquefois si opposées, qu’il ne peut être question de réduire les contestataires au même dénominateur. Ils ne trouvent un lieu commun que dans leur émergence publique qui les rend aisés à présenter comme minoritaires. La plupart des contestataires communiquent à travers la presse leur détermination. C’est l’une des singularités essentielles de la contestation. Mais elle tend de plus en plus à se réunir pour la discussion et à rompre les interdits verticaux qui isolent les militants. Les contestataires sont d’ailleurs reliés entre eux et à l’ensemble du parti par les coups que leur assène L’Humanité, en les appelant ou non par leur nom. Le lecteur de ce journal connaît toujours les conclusions, jamais les données complètes de l’argumentation. L’interlocuteur peut parfois même être supprimé.

« Sauf en cas de “tribune de discussion” avant les Congrès, où L’Humanité étale tranquillement le drap d’opposition dont elle tient le bon bout5. »

D’ailleurs le qualificatif « contestataire » s’adapte mal au réalisme des comportements. Au total, il s’agit de savoir, comme l’a proposé Philippe Malrieu sur un autre terrain6, si les tensions et les crises qui se développent chez les membres - célèbres ou inconnus - du PCF, contiennent des promesses de transformations organisationnelles et personnelles. Nous verrons, dans un premier temps, que cette interrogation d’ordre théorique, a reçu une traduction opérationnelle sur le terrain que nous avons étudié, et peut, pour cette raison, être confrontée au modèle développé par Janine Larrue, Jean-Michel Cassagne, et Michel Domenc7. En effet, à travers l’exemple de la coalition « refondatrice », nous déterminerons ce qui mène des conflits individuels au changement collectif (I) pour le cas précis du PCF. Dès octobre 1989, et après l’échec des « rénovateurs » puis des « reconstructeurs », Charles Fiterman déclarait à son tour, la nécessité de « refonder une identité communiste moderne ». Membre du bureau politique, il cherche alors à exprimer une alternative à G. Marchais dont il fut longtemps « l’homme de confiance », « le fils spirituel », avant de devenir le « premier » des ministres communistes en 1981. Cependant Ch. Fiterman, si tant est qu’il l’ait souhaité, ne sera pas le « Gorbatchev français ». Lors du 28e congrès de 1994, dénonçant la « marche à petits pas imperceptibles » poursuivie par le PCF, il préfèra tirer sa révérence avant de rejoindre le PS quatre ans plus tard. Cependant, nous observerons que l’action des « Refondateurs » a été synonyme de nouvel espoir pour le changement (II). En effet, ce « courant » monopolise dès 1991, l’essentiel de la critique, et poursuit son action malgré le départ de leur « chef ». Leur nouveau leader, Guy Hermier, autre membre du bureau politique, souligne lors du 28e congrès la nécessité d’une « démarche critique radicale » et de la transformation du parti, dénonçant au passage le « mode d’auto-reproduction de la direction nationale ». Progressivement, les « Refondateurs » se fédèrent autour d’un journal – Futurs – et s’appuient sur un réseau d’élus (Jack Ralite, ministre de la Santé en 1981 et sénateur-maire d’Aubervilliers, Patrick Braouezec, député-maire de Saint-Denis8…).

L’objectif ici est d’étudier, à l’intérieur d’un parti (le PCF), les phénomènes afférents au modèle dit de « l’interstructuration du sujet et des institutions » c’est-à-dire les transformations individuelles et les transformations collectives dans leur articulation réciproque (Ph. Malrieu), avec leurs ratés, les blocages ou résistances au changement aussi. Bien entendu, on doit tenir compte de l’immersion de cette organisation dans son environnement et de l’insertion de ses membres dans de multiples réseaux sociaux.

I. Des conflits individuels au changement collectif : la coalition « refondatrice »

L’idée directrice de cette première partie est de se demander dans quelle mesure les communistes dont les réflexions et les actions sont pour une bonne part orientées par leur parti, ont de leur côté prise sur lui, des points d’appui pour le modifier. Nous pensons à cet égard que la gestion des mots qui articulent les discours de novation, et comment ceux-ci en retour exorcisent en quelque sorte les « maux » du parti, accompagnent et soutiennent le changement : « - R. P. : Alors, le changement, le “nous avons changé”, l’avenir… - A. Le Pors : Cela va au-delà de ce que Georges Marchais dit, quand il affirme “nous avons changé et nous allons changer”. Probablement qu’au prochain Congrès [le 28e] on va enlever la phrase de l’article cinq, qui dit que notre principe de fonctionnement est le centralisme démocratique. Ça ne changera rien. Ça servira à focaliser le Congrès mais c’est tout. » (Passevant, 1993 : 245-246)

Dès lors, est-ce qu’un lieu de vie politique, où se pense et se prépare un autre modèle de société, commence à en offrir lui-même la préfiguration ? Le PCF, structure annonciatrice et promotrice de changements sociaux évite-t-il, pour ce qui la concerne, les pesanteurs et raidissements de l’immobilisme ?Ces interrogations, ces inconnues, nous avons l’occasion de les tester à la lumière des années 1989-1996. La chute du mur de Berlin puis l’effondrement des pays socialistes à l’Est, suscitent il est vrai, au sein du Parti communiste français, un débat politique mettant en cause les modalités de son fonctionnement, ainsi qu’en témoignent de façon retentissante des articles parus dans la presse non communiste et plusieurs publications. Ces écrits et ces débats préfigurent, comme nous le verrons, un phénomène singulier d’irrigation du changement par des voies clandestines. L’enquête menée par BVA auprès de militants et de sympathisants du PCF lors de la fête de l’Humanité de septembre 1991, est à ce sujet révélatrice. A l’instar de cette riche enquête (que nous recouperons avec d’autres faits, éléments, indices…), il apparaît que désormais, et plus que jamais, nul ne se sent prophète en son parti dès qu’il s’agit d’aborder la question des changements à lui apporter.

La pression des forces centrifuges, la retenue du pouvoir centripète

Nous allons tenter de mesurer la poussée des revendications de changements de la base vers le sommet ; en d’autres termes le pouvoir transformateur d’un individu, ou de plusieurs, sur l’organisation. Conformément à certains auteurs9, on peut considérer comme indicateur fiable de tensions et de crises au Parti communiste, et comme ayant valeur d’indicateur de changements organisationnels sinon effectifs du moins souhaités par certains de ses adhérents et éventuellement préparés par eux : leur éloignement par rapport à la « ligne » politique prônée par leur parti ainsi que le regard critique qu’ils portent sur son fonctionnement. C’est précisément le cas du courant des « Refondateurs » qui trouve sa source dans le manifeste « Refondation » publié au printemps 1991, profession de foi qui provoquera l’entrée en collisionde la poussée des forces centrifuges et la retenue du pouvoir centripète.

« Il faudra attendre deux ans, un début de démissions au Comité central, des remous plus accentués chez les contestataires, pour que le secrétaire général du PCF, lors de la fixation de la date du 28e Congrès (fin janvier 1994), propose à la mi-juin 1993 l’abandon du Centralisme démocratique. C’était un Big-Bang que reprirent les médias. Mais faire événement et faire un parti vraiment démocratique, sont deux choses différentes. Philippe Herzog qualifia de “démarche présidentialiste” l’annonce faite par Georges Marchais. Anicet Le Pors la prétendit “geste dérisoire”. A quoi le secrétaire général rétorqua : “Je souhaite bien du plaisir à ceux qui ne voient là que rafistolage”. C’était une meilleure formule que le rafistolage du “nous avons changé”… ». (Passevant, 1993 : 122-123)

Il semble en fait que l’évolution des opinions à l’intérieur du monde communiste ne laisse plus guère d’autre choix à ses dirigeants que d’accepter l’expression des différences, comme cette réflexion d’un proche du 1er secrétaire du PCF l’indique :

« Henri Krasucki, durant cette discussion [lors de la réunion d’avril 1991 du Comité central du PCF], avait une juste interrogation sur l’expression “nous avons changé”. Il ne lui semblait pas “tout à fait exact ni satisfaisant” de dire “nous avons changé”. Il faudrait plutôt indiquer : “nous avons décidé de changer, nous voulons sincèrement le faire. Nous essayons de le faire. Nous avons commencé à le faire. Il faut changer en profondeur, beaucoup plus vite, du haut en bas, massivement10»

La caractéristique majeure qui ressort de la proclamation d’intentions des « Refondateurs » (Le Monde, 16 avril 1991), est la volonté d’associer des personnes de sensibilités et d’horizons différents, pour dépasser le cadre partisan :

« - Anicet Le Pors : Les gens (…) sont (…) plus aptes à s’autodéterminer sans intermédiaires excessivement formalisés, que sont les partis. Quand on y pense, un programme d’un parti, un projet, son organisation, c’est une schématisation qui peut devenir insupportable pour l’individu. Dont il a de moins en moins besoin. » (Passevant, 1993 : 246)

Cette initiative vise à créer de nouvelles formes de participation, d’intervention dans la vie de la nation, en donnant à chaque citoyen pris dans sa diversité la possibilité de s’exprimer :

« - A. Le Pors : J’ai fait le décompte il y a quelques temps. Pour illustrer ça… Je fais partie d’une douzaine d’associations, professionnelles ou culturelles. Eh bien, je crois que l’avenir de la citoyenneté militante, c’est que chacun se compose à la carte, un peu cette citoyenneté. C’est-à-dire qu’en fonction de ses envies, de son tempérament, de ses idéaux – de même qu’on a tous des chromosomes différents, de même je crois que l’on doit se composer une citoyenneté en fonction de ce qu’on veut être soi-même. La solution ne passe pas par la prise de carte à une organisation. »

Anicet Le Pors définit d’ailleurs le mouvement « Refondation » comme « la recherche d’un autre type de mouvance, ou galaxie, ou nébuleuse », devant agréger de manière souple différents courants11. Fait intéressant, des communistes participent à cette expérience, ne se contentant plus ainsi de travailler au seul renouvellement de leur parti :

« - Charles Fiterman : autant je suis totalement convaincu, qu’il y a besoin, dans ce pays, d’une force politique de transformation sociale, résolument ancrée à gauche, révolutionnaire au sens où elle se fixe comme objectifs le dépassement du capitalisme, l’instauration d’une société plus avancée (…) ; autant je pense que la question de l’existence même – comme élément significatif – et de la place du Parti communiste, de son rôle dans cette recomposition politique, est posée. » (Passevant, 1993 : 251)

Envisager, dans le discours des militants, les causes d’un tel questionnement sur l’existence, la place et le rôle du Parti communiste, conduit à une double certitude. D’une part il est patent que le PCF désire continuer à remplir sa fonction de socialisation (intégratrice) : les synchronisations ou parallélismesmis à jour montrent son efficacité en la matière ; les individus intériorisent les positions de leur parti et ce faisant assurent sa cohésion. Mais d’autre part des ruptures se produisent : absence de reprise de thèmes officiels ou introduction de réflexions inédites. Elles correspondent à des défaillances dans le système de socialisation et à des fêlures dans l’emprise organisationnelle.

« - A. Le Pors : Vouloir réduire tous les gens à une forme programmatique, ou à une résolution, aussi longue soit-elle, c’est une mutilation des gens. (…) Toute la vie des exclus était d’organiser, de s’organiser dans l’exclusion pour en faire une contestation, de l’ordre établi. Aujourd’hui [en octobre 1993], les choses n’en sont plus là. »

La balle est alors dans le camp des adhérents, qui peuvent trouver là, s’ils le veulent, une occasion de peser sur le PC, d’infléchir ses positions, de le transformer :

« - Ch. Fiterman : Je considère que c’est une grande occasion manquée, le 27e Congrès. J’ai plaidé, durant toute cette période – (…) pour une refondation de l’identité communiste. (…) Je dis que le Congrès a été une occasion manquée, parce qu’il y avait peut-être encore la possibilité de donner toutes ses chances à l’existence et au développement, à un niveau nécessaire, d’une force communiste dans le paysage politique français. Dans la mesure où cela n’a pas été fait, les choses deviennent plus compliquées. Plus le temps passe, plus elles le sont. » (Passevant, 1993 : 251)

Toutefois, l’attitude tolérante du secrétaire général au moment de l’éclosion du mouvement « Refondateur » a de quoi surprendre. En effet, il n’existe qu’un précédent comparable : l’évolution du discours du PCF (en passant de la diatribe et de l’anathème aux consensus et à l’humilité) qui était intervenue entre le printemps 1980 et l’hiver 1982-1983. Ce changement manifestait pour la première fois, depuis 1975-1976, la souplesse des instances supérieures du parti et leur inattendue célérité à s’adapter à un événement historiquement important (l’élection de François Mitterrand et la seconde participation des communistes au gouvernement de la France depuis la Libération). L’analyse de la parole des dirigeants et des militants, appliquée à l’union de la gauche, avait éclairé le fonctionnement du Parti communiste et les relations qu’il noue avec ses membres. Or, en 1991, non seulement Georges Marchais admet que des communistes puissent s’exprimer publiquement sans recevoir au préalable l’imprimatur du parti, mais il leur reconnaît en outre la possibilité d’agir en dehors de celui-ci. Jusque-là, en effet, la présence de communistes dans une autre organisation n’était envisageable que sur ordre exprès du parti, et dans un but bien précis. Pourtant, cette fois, la direction, mise pratiquement devant le fait accompli, semble attribuer une légitimité à la démarche entreprise. De la même manière, l’Humanité, laissant là encore àpenser qu’il s’agit d’un mouvement, sinon approuvé, du moins toléré par le parti, rappela le 7 juin le lieu, la date et l’objet d’une rencontre organisée par « Refondation », à la Cité des sciences et techniques de la Villette.

Mais comment expliquer, dès lors,une telle mansuétude de la part de dirigeants qui, seulement trois années auparavant, n’avaient pas hésité à exclure Pierre Juquin ?

Puisqu’en matière de changements nul ne se sent plus désormais prophète en son parti

L’enquête menée par BVA lors de la fête de l’Humanité de septembre 1991, divulgue et établit que l’univers communiste n’est plus composé d’entités homogènes, reproduisant fidèlement les mots d’ordres et les grandes orientations du parti, mais présente au contraire une telle hétérogénéité, que Roger Martelli a pu écrire que le monolithisme interne de l’organisation communiste n’existait plus12. Or, pour J. Larrue et al., l’existence de situations conflictuelles ou d’états de tension - et à ce titre présumés déstabilisants - si elle ne conduit pas forcément à des changements, y préludent nécessairement (par une distance critique à l’égard de l’organisation, de la façon dont elle se gère et de la politique qu’elle mène). Telle était une partie non négligeable des communistes de l’échantillon retenu par ces auteurs au début des années 1980 : inquiets et acteurs potentiels de changements car exposés aux déboires, aux doutes et aux « coups » symboliques.

« comment la quasi-unanimité d’un congrès peut-elle, à un moment donné, juger hérétique ce qu’elle considère comme normal quelques mois plus tard parce que la direction a changé d’avis ?13. »

Le modèle de changement sur lequel nous nous appuyons, attend donc des individus soumis à des tensions qu’ils se transforment ; autrement dit, situe de leur côté la probabilité la plus élevée de changements personnels.

« Tant que ce comportement, cette mentalité, cette religiosité n’auront pas été analysés pour être éradiqués - ce que j’appelle le “travail de deuil” - nul à mon avis n’est fondé, qu’il soit orthodoxe, conforme ou refondateur, à prétendre qu’il a changé ni, a fortiori – excusez du peu – qu’il a muté. Jean Cocteau disait : “Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour”. Il n’y a pas de changement, il n’y a que des preuves de changement14. »

Or, parmi les variables envisagées par J. Larrue et al., paraissent particulièrement intéressantes au regard du problème posé celles qui définissent l’accord ou le désaccord manifesté avec les modes de fonctionnement interne et avec les orientations de la politique du PCF. En  1990-91, les « courants » internes au PCF s’expriment au sein du parti via une série d’outils (lettres ouvertes, tracts…). Mais surtout ils ont mis en place leurs propres organes de presse15. Cela étant, comme le montre précisément S. Moscovici, la minorité16, pour avoir quelques chances de réussir dans ses entreprises, doit disposer d’un certain nombre d’atouts parmi lesquels sa capacité à créer des conflits. L’idée fondamentale est que « ce n’est pas l’existence du conflit lui-même qui est le problème (…), c’est la notion, un peu différente, de création de conflit ». En tout état de cause, les forces de changement (les minorités donc) se disputent le champ partisan avec les forces de contrôle déployées par la majorité. Leur dosage varie dans l’espace aussi bien que dans le temps. Or, S. Moscovici définit l’influence, non comme une pression unilatérale, mais comme le jeu de négociations, en considérant le pôle minoritaire comme un réel facteur et moteur d’influence et, en conséquence, de changement.

« - Jean-Claude Bras17 : Je pense que tout pouvoir organisé créée en lui des pouvoirs permanents intérieurs. Un hiatus existe à ce niveau-là. Il y a interprétation, de la part des “refondateurs”, qui reprochent un manque de démocratie dans le Parti. Alors que les statuts permettent une vie démocratique. Mais je ne suis pas tellement convaincu de son existence réelle. » (Passevant, 1993 : 170)

Finalement, de Machteld Doms et S. Moscovici18 nous retenons que tout individu - ou toute force s’exprimant dans un groupe donné - qui adopte et défend une position différente de celle de la majorité constitue, pour cette dernière, une source potentielle d’influence minoritaire ; et que c’est le contenu du message qui définit le caractère minoritaire de l’individu ou du sous-groupe qui l’exprime. Dans ce contexte, la minorité sera considérée comme source d’influence et de changement dans la mesure où sa position se traduit par l’affirmation d’idées nouvelles qui entraînent des modifications à l’intérieur même du groupe majoritaire (considéré comme groupe de référence). C’est l’hypothèse que nous allons maintenant vérifier en étudiant l’irrigation du changement par les voies clandestines du « canal Refondateur », courant qui se distingue de la majorité par sa critique de la « direction » (et de sa « ligne » officielle) mais en développant une argumentation radicalement opposée à celle des minorités « léninistes » ou « orthodoxes »19.

L’irrigation des voies clandestines du changement 

L’idée maîtresse, à laquelle nous souscrivons, est que manifestement il existe deux sortes de communistes que nous avons choisi de désigner par les appellations de « communistes tranquilles » et de « communistes inquiets », et qui sont définis par un ensemble de caractéristiques précises. Ces deux catégories anticipent finalement sur ce qui sera la trame de la « mutation » proposée par Robert Hue. Pour ce qui les concerne, les « Refondateurs » regroupés autour de Charles Fiterman, Anicet Le Pors (qui ont quitté le PC dans la seconde moitié des années 90), Guy Hermier et d’autres, font partie des « inquiets » parce qu’ils avancent l’idée de la nécessité de construire « autre chose » avec d’autres courants politiques afin de refonder une identité communiste moderne :

« Chacun sait que je partage les idées que j’ai exprimées ici avec d’autres membres du Comité central. Convaincus que le Parti communiste se trouve à une période charnière de son histoire, nous avons estimé de notre devoir de préciser dans un texte les exigences qu’appelle, à notre sens, un réel et indispensable effort de renouvellement du communisme français20. »

Or, comme l’a montré S. Moscovici, le changement défini comme une innovation produite par une minorité, repose sur deux conditions essentielles : le caractère plus ou moins actif de la minorité, et sa visibilité sociale plus ou moins grande. Ce qui signifie que ce sont les individus les plus consistants21 qui exercent le plus d’influence sur les individus les moins consistants, quelle que soit la situation majoritaire ou minoritaire dans laquelle chacun se trouve. A ce jeu-là, les opposants « Refondateurs » peuvent être considérés comme les principaux pourvoyeurs d’impulsions de changements, mais ils ne sont pas seuls pour autant. En effet, ce que nous pouvons assimiler à des « courants » se livrent une vive concurrence pour le monopole de la prescription d’innovations, bien que les propositions de transformations des « orthodoxes » et des « conservateurs » s’apparentent davantage, selon nous, à des retours en arrière qu’à de véritables changements au caractère inédit. Toutefois, ce sont les individus consistants en position minoritaire qui exercent la plus grande influence sur leurs partenaires en les entraînant à modifier leur comportement, et en les encourageant à se rallier éventuellement à eux. Or, remarquons que ce rôle, au début des années 1990, est endossé par les « Refondateurs », comme dans cet extrait :

« Un récent sondage IFOP-Humanité-Dimanche indique que [l’]image [du PCF] s’est dégradée de dix points en sept ans [1986-1993], que 66 % des personnes interrogées estiment qu’il ne présente pas de solutions originales et que 76 % pensent qu’il doit se transformer encore. “Ses efforts de novation sont encore mal perçus”, avance le commentaire de ce sondage. J’ai plutôt le sentiment qu’ils ne sont pas à la mesure des enjeux, des attentes, des possibilités. » (Hermier G., 1993, op. cit.)

Les « Refondateurs » constituent une minorité active de par l’expression de leurs idées au sein du parti via une série d’outils (lettres ouvertes, tracts…) et la possession de leurs propres organes de presse. Ils bénéficient en outre d’une visibilité sociale plutôt importante puisque, dans leur pratique militante, ils vont multiplier les cadres de débats à l’extérieur du parti avec des acteurs des mouvements sociaux.

« - Ch. Fiterman : Le mouvement Refondation, tel qu’il s’est créé, n’a pas pour objet le renouvellement du Parti communiste. C’est l’affaire des communistes eux-mêmes et de ceux que cela concerne. Il a pour ambition de contribuer dans la crise politique française, dans la crise de la gauche en particulier, au renouvellement des objectifs, des pratiques – on peut dire de la gauche toute entière – même au-delà des acteurs du progrès social. » (Passevant, 1993 : 251-252)

Depuis l’arrivée de Robert Hue et la mise en œuvre de la « mutation » les « Refondateurs » ont tenté d’infléchir la ligne de cette dernière pour l’ouvrir vers l’extérieur du parti : « Dès lors, la question des questions n’est-elle pas d’être ouvert à toutes les idées, les critiques, les propositions alternatives, de faire que la diversité ne soit vraiment plus un obstacle mais une force, d’impulser un débat sans interdits afin que le 28e Congrès soit celui d’une réelle novation, audible par notre peuple et génératrice d’un dynamisme nouveau ? C’est une chance à ne pas gâcher. » (Hermier G., 1993, op. cit.). Roger Martelli, lui-même membre du courant des « Refondateurs », écrit :

« Mieux vaut garder la faucille et le marteau et faire exploser la rigidité de la formation partisane (…) J’ai l’impression que parfois certains seraient prêts à abandonner les symboles pour garder l’appareil, ce n’est pas une bonneméthode22. »

Cette intervention est représentative du mouvement dont R. Martelli se réclame, et permet d’affirmer que les « Refondateurs » sont des « communistes inquiets » pour leur parti, face à la « mutation » proposée d’une part et aux poussées d’orthodoxie d’autre part.

« Je me sens comme une sorte d’obligation morale d’ajouter ce post-scriptum à mon dernier éditorial qui portait à la connaissance des lecteurs de Révolution un point de vue critique sur les questions soumises, par le Comité central du PCF, au débat des communistes dans la préparation de leur 28e Congrès. J’y avançais que les conditions de préparation de ce congrès comme le contenu des textes soumis à sa discussion ne me semblaient pas à la mesure des défis que nous lance un monde en pleine mutation. Je ne croyais malheureusement pas si bien dire23. »

La notion de « communistes inquiets » mérite donc d’être affinée.

Les opposants « Refondateurs » : les principaux pourvoyeurs d’impulsions de changements

Les « communistes inquiets » sont susceptibles de devenir, dans leur parti, des acteurs de son changement, si l’on veut bien admettre que la liberté prise par rapport à la doctrine officielle en matière de fonctionnement interne ou de stratégie politique contient une charge subversive (comme ont pu le montrer les travaux en psychosociologie sociale).

« On ne peut, en effet, appeler d’un côté les communistes critiques de la politique actuelle du parti à travailler ensemble, dans la diversité, pour être candidats aux élections, constituer un groupe à l’Assemblée nationale, voire exercer malgré bien des obstacles des responsabilités, et de l’autre nier cette diversité en leur refusant, dans les faits, un droit reconnu à la parole dans la préparation d’un congrès qui appelle nécessairement la confrontation des points de vue24. »

D’où la nécessité de s’interroger sur ce qui advient des appels au changement, autrement dit sur la manière dont ils sont reçus par les communistes de la base et par les responsables. C’est ainsi qu’en appelant à la création d’une « nouvelle maison commune », les « Refondateurs » entendent s’adresser plus largement qu’aux seuls militants du PC. Ils lancent un appel à la fois aux anciens membres du parti, à tous ceux qui tout en n’appartenant pas au PC ne sont pas éloignés de l’idéal communiste.

« - Ch. Fiterman : D’une certaine manière, [le mouvement Refondation] reflète une carence des formations existantes ; sans avoir pour prétention de s’y substituer ; ni pour objectif de les combattre. Il se veut un des animateurs de la réflexion, de l’échange, du dialogue, du travail politique de construction d’une perspective neuve de transformation sociale. » (Passevant, 1993 : 251-252)

Ce positionnement dissocie nettement les « Refondateurs » des « orthodoxes ». Les premiers ont notamment défendu l’idée d’un « pôle de radicalité » à la gauche de la social-démocratie associant outre le PC, les Verts, la LCR et d’autres organisations alternatives. Or, si cette proposition a pu trouver un écho après les luttes de novembre-décembre 1995, elle deviendra, après décembre 1996 (29e congrès du PCF), difficilement réalisable. En effet, si la place des « Refondateurs » dans le parti est paradoxale, Anicet Le Pors a peut-être trouvé ce qui condamne ce « courant » à la confidentialité :

« R. P. : - Comment se situe ton intérêt pour Refondations ? A. Le P. : – Je me situe parmi d’autres qui s’interrogent. D’où une recherche très tâtonnante, et encore assez largement stérile, dans des mouvements du type Refondations, Reconstruction. Ils n’ont pas la force d’un parti, pas la signification. Je reproche à ces camarades, de reprendre dans la dissidence, l’esprit qu’ils avaient dans l’orthodoxie. Je ne veux pas être classé comme refondateur communiste, car je ne pense pas que la solution soit là. » (Passevant, 1993 : 247)

Il est certes le courant le plus anciennement constitué, ce qui lui donne une certaine légitimité. Mais, curieusement, il reste numériquement le plus faible. En témoigne par exemple ce « Post-scriptum » signé Guy Hermier, à l’époque chef de file des « Refondateurs », avant d’être démissionné par la direction de son poste de rédacteur en chef de Révolution (la revue hebdomadaire du PCF), en raison des propos qu’il y tient :

« Comment concevoir que le débat préparatoire au congrès se réduise à des amendements à la marge d’un texte unique adopté au sommet par la majorité du Comité central, sans qu’aucune politique alternative, dans la mesure où la vie en suscite l’expression, puisse lui être opposée ?25. »

L’extrait cité permettra de saisir ce qui fait échec aux thèses refondatrices, à savoir le veto de la direction du parti à leur développement :

« Personne ne peut, en effet, sérieusement soutenir que l’on a le moyen d’élaborer seul une telle alternative et la possibilité de l’exposer en quelques minutes à la tribune du Comité central et en deux feuillets de vingt-cinq lignes dans la tribune de discussion de l’Humanité. Des idées différentes s’y expriment, certes, mais au bout du compte il ne reste qu’une voix, qu’une vérité, et tout le discours sur la diversité est réduit à un faux-semblant. »

Dans son nota bene, le nouveau rédacteur en chef de Révolution précise :

« Les communistes ont besoin d’une confrontation d’idées la plus ouverte et la plus libre possible pour élaborer leur politique. En même temps, ils refusent l’engrenage des tendances organisées. Guy Hermier sait très bien qu’il peut écrire tout ce qu’il veut dans la tribune de discussion. Autre chose est d’exiger qu’un document – quel que soit son contenu – soit présenté au nom d’un groupe, ce qui revient à mettre le doigt dans cet engrenage. »

Cependant, comme l’a montré S. Moscovici26 : les individus en situation minoritaire, souvent sans légitimité (or, en l’espèce les membres du mouvement « Refondateurs » font partie de la direction communiste : bureau national, Comité national…ce qui a priori est un atout pour convaincre), peuvent introduire de nouvelles conduites, de nouveaux modes de pensée27.

« - Philippe Herzog : Les progrès récents – 27e Congrès – sont une évolution, mais il faut le reconnaître, on les doit aux efforts de ceux qui ont osé affirmer leurs différences critiques, moi-même, ou pour d’autres raisons Fiterman…On peut ne pas être d’accord, éventuellement, avec les objectifs politiques de Fiterman, mais il faut admettre qu’en osant affirmer sa différence, il a contribué, sous cet angle-là, à un progrès de fonctionnement du Parti. A mon avis. » (Passevant, 1993 : 269)

Ceci dit, les « Refondateurs » trouvent essentiellement un écho auprès des intellectuels : « Encore une fois, je comprends les communistes qui ont peur. Où est-ce qu’on va ? Est-ce que Herzog va trop loin ? Ou : Herzog nous fait du mal ! Mais en cette fin de siècle [en octobre 1993], pour assumer nos responsabilités, il faut des progrès théoriques considérables. Mes amis et moi-même sommes pleinement marxistes et communistes… » (ibid.). Par conséquent, la situation décrite par J. Larrue et al. qui ont montré que le portrait contrasté des communistes inquiets ne correspondait qu’à une seule population, celle qui compose les cellules d’université28, est comparable à la situation des « Refondateurs ». Toutefois, l’étude de ces courants internes au PC présente l’intérêt majeur de mieux percevoir les éventuels changements de « ligne ».

La vive concurrence entre « courants » pour le monopole de la prescription d’innovations

On peut dire que les différents courants minoritaires ont sur le fond un trait commun : leur opposition à la politique conduite par Robert Hue. Or, l’influence minoritaire peut être expliquée par deux facteurs : le style comportemental (ou cognitif) et le contexte (social). Le style comportemental (ou cognitif) désigne « un arrangement intentionnel de signes verbaux et/ou non verbaux qui expriment la signification de l’état présent et l’évolution future de ceux qui les affichent » : « - …De 1989 à 1992, il y avait une fenêtre importante sans échéances électorales et, devant l’insuccès de mes efforts, j’avais décidé de passer à la polémique publique. Les Européennes de juin 1989 (7,7 % pour le PC) confirmaient mon analyse… »29. En définitive, la consistance est le critère discriminant le plus important pour expliquer l’influence minoritaire30. D’ailleurs, dans notre exemple, la consistance du mouvement « Refondateur(s) » s’exprime par une persévérance et une ténacité dans l’action, ainsi que par le caractère inébranlable de la position adoptée qui sera toujours défendue envers et contre tout.

Une question essentielle affleure à ce stade de notre démonstration : que deviennent les promesses de changement(s), écloses ici ou là ?31

Ce genre de promesses sont-elles ensuite noyées sitôt qu’apparues dans l’enceinte du « Parlement communiste » ? Où bien sont-elles portées à de plus hauts niveaux que le Comité central (au Bureau politique ? Au secrétariat du Comité central ?) comme semble le confessait Charles Fiterman : « Ch. F. : Un comité central qui portait sur l’analyse critique et la stratégie avait lieu les 12 et 13 octobre. Je ne savais comment intervenir. J’ai fini par décider d’écrire une contribution et de l’adresser au secrétaire général pour qu’il la porte à la connaissance du comité central. Ph. L. : - Votre acte de naissance. Ch. F. : - Un bel acte dont je suis fier. Une renaissance si on peut dire. » (Lefait, p. 278).

En réalité, il semble, dans un premier temps, que les différents courants ne représentent pas forcément de danger imminent pour la majorité. Tout d’abord leurs projets politiques et leurs références idéologiques sont profondément éloignés. En plus, leurs perspectives tactiques sont également différentes : prise du pouvoir au sein du parti pour « la Gauche communiste », maintien d’un pôle « orthodoxe » pour la « Coordination communiste », construction d’un nouveau parti pour les « Refondateurs ». Enfin, les méthodes politiques de ces courants sont diverses : entrisme pour la « Gauche communiste », fidélité au parti et maintien d’une discipline pour la « Coordination communiste », extériorisation de la lutte pour les « Refondateurs ». En conséquence, ces courants, s’ils peuvent affaiblir la direction, n’offrent pas d’alternative homogène et permettent à la direction du parti de se maintenir par défaut. Dans ces conditions : quels peuvent être les mécanismes du changement par interaction ?

II. L’action des « Refondateurs » : un nouvel espoir pour le changement

Dans leur étude, Larrue et al., ont partiellement montré que les changements individuels s’enracinaient dans la conjonction d’éléments capables d’engendrer des contradictions et des conflits. C’est donc à cette violence symbolique des revendications de changement(s) que nous allons tout d’abord nous intéresser. Autrement dit, il est impossible d’isoler les changements individuels de la structure organisationnelle où ils se produisent des changements qui sont propres à cette structure (il en fut ainsi par exemple de la mesure d’abandon du « centralisme démocratique »). C’est d’ailleurs autour de cette idée, centrale dans leur modèle théorique de référence, que J. Larrue et al. organisent un chapitre sur « le communisme en parole », dans lequel sont étudiés les discours tenus sur l’union de la gauche simultanément par le Parti communiste (en tant qu’Institution : c’est le discours officiel des dirigeants) et par ses adhérents. Or, on peut rapprocher cette étude des discours sur l’union de la gauche d’une autre recherche que nous avons menée sur les discours relatifs à la décision d’abandonner le centralisme démocratique32, ou encore de la présente analyse des discours sur les principales propositions des « Refondateurs ». Il s’agit dans les trois cas de faire l’apologie du changement. C’est ce que nous allons voir maintenant en étudiant l’action spécifique des « Refondateurs ». Toutefois, et en dépit de signes encourageants pour le changement, force est de reconnaître in fine la résistible ascension des thèses « refondatrices ».

La violence symbolique des revendications de changement(s)

Débattre appartient à l’univers des luttes symboliques33, c’est-à-dire - en première approximation - à cette catégorie de conflits qui, par opposition aux affrontements physiques y compris la lutte armée ou à la concurrence économique, se nourrissent d’abord de l’arme du langage34 avec, pour objet principal, l’imposition hégémonique de « représentations du réel » émotionnellement connotées :

« La franchise critique et autocritique est ma règle. C’est une question d’honnêteté, qui reflète, je crois, le besoin d’autres mœurs politiques. Je vise à créer de nouvelles envies de construire. Pour cela je chahute des certitudes et des peurs. Sans renier notre histoire et, au contraire, à partir de nos atouts, nous sommes tous appelés à des mutations. J’espère déranger. C’est un bon risque35. » (Passevant, 1993 : 262)

Au centre de la compétition démocratique, il y a donc ce maître mot, extraordinairement populaire dans la classe politique : le débat. Or, le débat d’idées tire son importance d’abord de ce qu’il prend la place de la violence physique comme mode d’affrontement entre les rivaux. En démocratie, on discute (avec ses amis), on négocie (avec ses partenaires), on polémique (avec ses rivaux) ; mais en principe on n’utilise pas la coercition pour l’emporter.

« - R. P. : Herzog fait remarquer que la confrontation est un apport pour le Parti. Que c’est un « plus » de savoir confronter ses idées aux autres…
- Francis Wurtz : Mais moi je suis pour les confronter, y compris la confrontation avec l’adversaire. Mais il faut voir dans quelle optique on le fait. (…) Les absents ont tort. Si les autres parlent, il vaut mieux être face à eux que dans notre coin. Donc la confrontation, y compris avec l’adversaire, est très enrichissante. A condition de ne pas vouloir faire dire à ces confrontations ce qu’elles ne peuvent pas dire. » (Passevant, 1993 : 323-324)

Ainsi, la contrepartie inévitable de ce tabou à propos de la violence physique : la violence compensatoire des affrontements verbaux. De ce point de vue, nous insisterons sur l’irréductible spécificité et intransigeance des « Refondateurs » en matière de changement partisan. En effet, on tente d’assommer avec de grands mots, d’assassiner avec de petites phrases : « Quand on a une orientation déficiente, une organisation archaïque et une direction insuffisante, on ne peut pas avoir une bonne presse36. » A l’extrême, les membres du PCF se traitent mutuellement de « factieux ». Infligées à l’ennemi, ces blessures de langage soulagent les colères, apaisent les frustrations des militants :

« Je fais part à André Gérin de la réflexion de Roland Favaro, membre comme lui du Comité central, proche de Fiterman, qui le trouve dur vis-à-vis de Charles Fiterman. André fronce le sourcil et se fait grave.

- J’ai une expérience. J’ai fait un bout de chemin intéressant avec Charles Fiterman. C’est très important. (…) Effectivement, nous avons eu un débat politique sans complaisance, auquel je crois avoir participé sincèrement ; toujours avec le souci des hommes. Je crois qu’il en est bien ainsi. J’ai mené la bataille politique. » (Passevant, 1993 : 333-334)

En outre, tout un ensemble de concepts et de symboles font sens, fournissant aux acteurs ancrages et repérages37 : ce sont les sigles du parti, son projet de société et son programme, ses mots-marqueurs de filiations, ses références à de grands évènements…Effectivement, les débats qui ont précédé et suivi la décision d’abandonner le centralisme démocratique, ont révélé l’existence d’une opposition duale au sein du parti communiste. Cependant, loin d’être un inconvénient,le fait que les minorités soient divisées n’empêche pas l’opposition interne (dans son ensemble) de régner sur le domaine des invectives au(x) changement(s).

L’opposition interne et le changement : des minorités divisées pour mieux régner

Aux opposants « Refondateurs » appelant leur parti à davantage d’audaces, s’est ajoutée une opposition nouvelle, composée de cadres orthodoxes regrettant ouvertement l’abandon du centralisme démocratique. A l’intérieur de laformation communiste s’opposent, dès la fin de l’année 1993, des points de vue si divers, que Roger Martelli a pu juger après le 28e congrès que son parti était « proche de l’éclatement »38. Or, le conflit occupe une position centrale dans les réflexions développées par Serge Moscovici sur l’influence sociale examinée sous ses trois modalités : la conformité, la normalisation, et l’innovation39. Eu égard aux objectifs poursuivis, c’est bien entendu l’innovation et la synthèse faite à son propos qui retiennent notre attention. L’innovation correspondant à un mouvement parti d’une minorité est ici privilégiée par opposition au mouvement de sens inverse qui laisse le changement à l’initiative des dirigeants :

« - A. Le Pors : Pour que des choses vivent, il faut qu’il y ait des choses qui meurent, parmi lesquelles le socialisme réel, le centralisme démocratique et les partis communistes qui sont sur ces bases. Dans la mesure où le PCF ne s’est pas détaché de ces conceptions, il est aujourd’hui une souche qui caractérise une certaine décomposition 40. »

Ce mouvement se dessine face à une majorité, qui a ses propres cadres deréférence, qui sait ce qu’elle doit penser et le pense spontanément, consensuelle donc à l’extrême : le problème est alors de substituer à des points de vue anciens des points de vue nouveaux. Un seul « refondateur » peut s’y essayer, ou plusieurs à la condition qu’ils parlent d’une même voix.

« - A. Le Pors : De tels changements culturels et d’organisation sont en jeu, que notre mouvement, à la fois, aspire à ces changements et en a peur. Il faut reconnaître que cela conduit à se remettre en cause très profondément. J’évoque aussi çà dans mon livre, quand je parle de quelques comportements ouvriéristes, de camarades de la direction. Peut-être ont-ils le sentiment de s’être remis beaucoup en cause dans leur vie. Je pense qu’on est loin, les uns et les autres, de s’être remis en cause comme il le faudrait, pour faire face à nos responsabilités d’aujourd’hui. » (Passevant, 1993 : 267)

Mais il faut à la minorité une motivation solide pour s’engager dans un conflit jamais agréable, toujours coûteux. Or ce qui pousse précisément le « refondateur » - qui est un « communiste insatisfait » - à se révéler comme tel devant ses camarades n’est autre que la doctrine ou l’idéal dont tous se réclament, mais dont il n’a pas ou plus, de manière circonstanciée ou fondamentalement, une perception identique à la leur. Motivation puissante, s’il en est. « A. Le P. : (…) Parce que le problème est un problème culturel, de mentalité. Par voie de conséquences, un problème pratique. Mais c’est d’abord un problème culturel. » (Passevant, 1993 : 245-246). Parole dérangeante qui vient entamer le crédit de confiance généreusement accordé à la majorité – au parti – et introduire l’incertitude à l’intérieur du groupe et de chacun de ses membres : « - Roland Favaro : contrairement à l’idée répandue, ici et là ; à l’attitude de la direction du Parti, qui pense que ces communistes de Meurthe-et-Moselle, en désaccord, sont en fait, sur le fond, les victimes d’une crise tellement forte, ces pauvres malheureux…Non ! Non ! Le fond est ailleurs. Il est qu’ici nous avons touché du doigt, plus vite et plus fort, la nécessité d’une réflexion sur la crise ; une nécessité de refondation. » (Passevant, 1993 : 231). C’est là, pour le minoritaire, un premier gage de réussite, mais la réussite suppose de sa part bien d’autres conditions :

  • d’abord, qu’il endosse le statut que lui vaut désormais sa différence et les inconvénients qui y sont liés (la distance, l’incompréhension, la raillerie, voire l’hostilité) : « - R. P. : Tu m’as parlé de coups bas tout à l’heure… - Ph. H. : Il y en a aussi. Par exemple, quand on flingue mon livre dans  , sur le thème les masques tombent, en gros, Herzog se social-démocratise ; et qu’on me dit : mais mon camarade, c’est l’indépendance des journalistes ! Il ne faut pas me prendre pour un demeuré…Supposons qu’on ait rien dit à la journaliste – qui, d’elle-même, s’y est sûrement prêtée avec beaucoup de grâce, c’est sûr – cela dit, j’ai le droit de constater que la qualité de sa critique volait bas. ça fonctionnait comme dissuasion par rapport aux communistes. On m’a mis à l’index. J’aimerai mieux un débat de fond qu’une mise à l’index » (Passevant, 1993 : 271) ;

  • qu’il persévère dans l’expression de ses divergences de façon à devenir, en détournant la communication à son profit, un autre « pôle de persuasion » face à celui détenu par la majorité : « Favaro s’explique sur son accord, en 1991, avec Charles Fiterman. – Je me suis retrouvé, dans ma réflexion et mon action, en convergence avec certaines analysesde Charles Fiterman. Ce que j’ai aussi retrouvé dans nos comportements au Comité central. Je partage ses points de vue, et, à ma façon, je dis un certain nombre de choses. Je prends part, à ma manière, à certaines discussions, pour faire progresser et vivre un certain pluralisme » (Passevant, 1993 : 231) ;

  • enfin, si l’opinion déviante l’emporte, il faut que le déviant entretienne la division et le conflit, potentiellement porteurs du changement. Potentiellement seulement. Car tandis que l’un attise le conflit, l’autre s’efforce de le contenir et de le résoudre. En l’occurrence l’autre est la majorité, et la majorité, elle, met toutes ses forces dans la mise en conformité du minoritaire avec le modèle dominant ; il lui revient de chercher à le neutraliser et à le soumettre. C’est pourtant bien dans cettevoie que les « Refondateurs » se sont engagés.

« - A. Le Pors : Pour revenir au raisonnement de blocage, prenons l’intervention dans les gestions des entreprises ; beaucoup de militants syndicalistes et communistes s’y sont impliqués. Ça a eu du succès. Mais, au niveau de la direction du Parti, dans son centre et dans de nombreuses directions fédérales – pas toutes – ça a bloqué. Combien de fois on m’a opposé l’idée que dans la gestion, l’Etat c’est beaucoup plus important. » (Passevant, 1993 : 245-246)

L’évaluation du fonctionnement interne et le positionnement par rapport à la ligne politique du parti renvoient, de façon plus ou moins directe, à un projet de changement collectif, dans la mesure où comme c’est le cas ici l’évaluation est critique et le positionnement non orthodoxe : il est vraisemblable en effet que les communistes manifestant leur malaise sur ces questions souhaitent autre chose.

L’irréductible spécificité et intransigeance des « Refondateurs » en matière de changement partisan

En effet, contrairement aux « orthodoxes », et parallèlement à la remise en cause des structures du parti (abandon du centralisme démocratique), les « Refondateurs » vont s’efforcer, tout au long de la période qui sépare le 28e du 29e Congrès, de faire accepter le principe d’alliances nouvelles, regroupant l’ensemble des forces de gauche « réformatrices ». C’est selon eux la seule possibilité de redonner vie à l’opposition et de permettre au parti communiste de jouer un rôle significatif à l’intérieur du champ politique. Les élections européennes de juin 1994 ainsi que l’élection présidentielle de la fin avril 1995 constituaient pour eux l’occasion d’appeler à ce rassemblement. Or, pour atteindre ce but, autrement dit si le mouvement « Refondateurs » veut que ses comportements soient interprétés comme des sources d’influence, cette minorité doit respecter les trois conditions :

  • s’assurer que ses intentions profondes sont en accord avec les signes exprimés et utilisés à l’extérieur au niveau du comportement.
    « - Ph. Herzog : Il y a d’ailleurs eu des tensions très fortes durant cette campagne41. Je voulais embarquer sur une vision beaucoup plus positive et constructive – avec des idées communistes, pour changer la construction européenne, mais pour s’y investir à fond – alors que beaucoup de mes camarades poussaient au contraire, vers…c’est pas bon, il faut expliquer avant tout les risques et faire monter le refus. » (Passevant, 1993 : 268) ;

  • utiliser ces signes de manière systématique afin d’éviter les malentendus dans l’interprétation que les autres peuvent faire de ses comportements.
    « Tout ceci m’a posé un problème de méthode, ainsi qu’à mes amis, puisque nous sommes là-dessus homogènes, convergents. Cela nous a posé un problème politique. Beaucoup “d’amis” - entre guillemets – nous ont dit : ne soyez pas pressés, progressivement ça avance, les idées progressent, il faut prendre son temps…Tout ça est vrai. Seulement, au bout d’un moment, ma conviction politique s’est forgée. Au niveau de la direction du Parti, mais pas seulement, il y a une véritable opposition à une réelle avancée du Parti sur gestion, région, Europe, institution du type autogestionnaire. » (Ibid., ibidem) ;

  • adopter un comportement qui ne change pas de signification au cours des interactions et, le cas échéant, rétablir la situation à l’aide d’autres signaux.
    « A ce moment-là, un problème de vérité s’est posé. S’il y a des obstacles entre nous, il faut le dire. Il faut dire qu’on est différents. On peut avoir des divergences. Plutôt qu’une méthode qui consistait à taire les désaccords, les divergences, à faire comme si on était tous unis, que les choses avancent ; mais ce n’était pas la vérité. Donc, j’ai pris le risque de dire : nous avons des désaccords réels et sérieux. »

Réunir ces 3 conditions est exactement ce que les « Refondateurs » ont tenté de faire à deux reprises au moins, comme les exemples que nous allons développer maintenant le montrent.

L’élection des députés européens étant prévue le 12 juin 1994, le PCF déposa la liste de ses candidats le 7 avril. Mais Ch. Fiterman et G. Hermier n’y figureront pas. En effet, n’ayant pu obtenir l’accord de leur formation sur la constitution d’une liste regroupant l’ensemble des forces de gauche opposées au traité de Maastricht, ils préfèreront se désolidariser de leur parti. Ch. Fiterman - n’engageant que sa personne - annoncera un peu plus tard qu’il ne votera pas « pour » les communistes (Libération, 27 mai 1994). Il prendra par la suite ses distances avec son parti, ainsi qu’avec le mouvement « Refondateur » dont il restait le chef de fil.

Dans le même esprit, les « Refondateurs » s’opposeront à l’investiture d’un candidat communiste pour l’élection présidentielle de 1995. Le 17 septembre 1994, trois communistes du Val-de-Marne, G. Pettenati (conseiller général et maire de Chevilly-Larue), Marcel Trigon (conseiller général et maire d’Arcueil), et L. Luc (maire de Choisy-le-Roi), appelleront « à faire preuve d’audace et de courage », pour favoriser le choix « d’un candidat ou d’une candidate représentatif de toutes les forces progressistes » (Le Monde, 18-19 septembre 1994). Ils seront soutenus par cinq membres du comité national (Jean-Michel Catala, Roland Favaro, G. Hermier, R. Martelli et Jack Ralite), qui, le 19 septembre, exprimeront dans une lettre ouverte au bureau national leur désir de voir se créer « les conditions d’une candidature commune à toute la gauche alternative » (L’Humanité, 22 septembre 1994). Ils demanderont en conséquence que la procédure de désignation du candidat communiste soit reportée, et que des initiatives soient prises pour favoriser une candidature commune.

Leurs appels ne seront pas entendus : le 21 septembre 1994, le Comité désignera Robert Hue comme candidat à l’élection présidentielle. Seuls les « Refondateurs » s’abstiendront, réitérant leur demande d’une candidature de rassemblement, regroupant la gauche dite alternative. Le 6 novembre, alors que R. Hue est à Nanterre pour expliquer, devant la conférence nationale de son parti, le sens de sa candidature, Philippe Herzog tentera, sans rencontrer le succès, d’infléchir la position du parti en proposant une candidature autour de Jacques Delors, dont l’élection selon lui pourrait être « une ouverture pour l’affirmation d’une citoyenneté plus active, et la recherche d’un rôle nouveau des associations et des syndicats » (Le Monde, 8/11/1994). Anicet Le Pors, constatant l’impossibilité de modifier la ligne directrice du parti, décidera, après avoir quitté le comité central (le 4 juin 1993), de démissionner. Ces deux exemples montrent que l’efficacité d’une action ou d’une influence n’est pas uniquement liée aux qualités individuelles reconnues à une personne ; elle dépend aussi des pressions qui peuvent soit la faciliter, soit la freiner42.

Comme nous le voyons, appréhender les liens qui se nouent entre une organisation et ses membres permet d’apporter un début d’explication aux évolutions collectives et individuelles, ainsi qu’à leur articulation. En effet, les communistes « inquiets » incarnent les forces du changement organisationnel dans la mesure où ils ébranlent les certitudes collectives par les interrogations qui les agitent et qu’ils expriment devant leurs camarades. Or, la minorité, fût-elle la plus nombreuse, se trouve du côté où sont produites les réponses aberrantes par rapport aux normes de jugement habituelles et communément partagées : « A. Le P. : (…) Je pense que cette forme d’organisation est une forme morte. (…) Il faut que sa décomposition s’accomplisse pour que des choses nouvelles naissent et vivent. Donc, le terreau de la souche a son utilité. (…) La forme de parti – pas seulement pour le PC – est en cause. » (Passevant, 1993 : 245-246) Les « Refondateurs » désirent ainsi redonner au communisme un second souffle comme l’énonce l’ouvrage de Lucien Sève43. Ce dernier, dans une lettre (datée du 20/09/1991) qu’il a fait parvenir à Jean-Sébastien Guérin44, expose brièvement ses vues sur l’avenir du mouvement communiste en France. Il considère que « l’orientation proprement refondatrice est la seule qui réponde aux données du problème parce qu’elle refuse et potentiellement dépasse le dilemme : refus désastreux d’un changement vraiment profond du PCF ou tentative illusoire de rebâtir ailleurs quelque chose qui ne soit pas la énième tendance du PS ». Ses propos résument bien l’opinion de nombreux « refondateurs ». Il pose ainsi les jalons d’une approche théorique. Cependant, de la domination du mouvement « Refondation » au sein de l’opposition interne au partidécoulent des applications concrètes. En effet, les revendications en faveur d’une véritable réforme des statuts du PCF sont souvent traduites par Ch. Fiterman, un membre du bureau politique du parti.

« - Ch. Fiterman : Le mouvement Refondation, (…) d’une certaine manière, (…) reflète une carence des formations existantes ; sans avoir pour prétention de s’y substituer ; ni pour objectif de les combattre. Il se veut un des animateurs de la réflexion, de l’échange, du dialogue, du travail politique de construction d’une perspective neuve de transformation sociale. » (Passevant, 1993 : 251-252)

En outre, il est possible par l’ampleur que le mouvement des « Refondateurs » a progressivement acquis dans le Parti communiste et grâce à sa pérennisation jusqu’à aujourd’hui (avec un renouvellement de ses principaux propagateurs : P. Braouezec et P. Zarka ont remplacé G. Hermier et Ph. Herzog), que par des mécanismes d’affirmation identitaire, des communistes se sont alignés sur les réponses d’un partenaire « refondateur » en l’occurrence, fussent-elles très éloignées des leurs, s’il sont censés partager avec eux les mêmes options idéologiques45. D’ailleurs, la rupture du consensus ne serait-ce que par un seul membre de la majorité peut suffire à rendre aux autres membres du groupe leur indépendance d’appréciation46. Il est exact que ceux-ci sont capables de persister dans la non-conformité pourvu qu’ils bénéficient du soutien d’au moins un partenaire crédible47 : un communiste comme Ch. Fiterman - qui avait été constamment présenté comme étant le « dauphin » de G. Marchais - devenant critique, etpar ce fait même brisant l’unité de la majorité à laquelle il appartenait jusqu’à cet instant,aurait le pouvoir de délier ses camarades de leurs attaches avec l’opinion majoritaire et de constituer avec eux, une minorité non-conformiste.

« - Jean Marcot : Pendant la préparation du [27e] Congrès, quand je lisais les interventions de Fiterman, ou ce qui voulait être des réponses à Fiterman, il m’était impossible de dire je suis un “Fitermanien”, j’adhère à cent pour cent à ce qu’il dit ; ou bien je suis dans la ligne et j’adhère à cent pour cent à la réponse que le “camarade Dugenou” a fait à Fiterman. Parce que je vois cela de très loin, je trouve qu’il y a des choses intéressantes dans les uns et les autres. Ne pas être capables de mettre çà en commun, c’est bien dommage, bien embêtant. » (Passevant, 1993 : 275)

On peut également prendre l’exemple de J. Ralite, qui déclara lors de la réunion du Comité centraldu 1er octobre 1991 que « le centralisme qui établit l’existence d’une majorité et d’une minorité entre deux congrès est une impasse. » (L’Humanité, 6 octobre 1991). Sur la démocratie interne au parti, il ajoute que celle-ci doit être désormais « une dialectique de nos contradictions qui accroît le nombre des possibilités de choix ; il n’y a pas de diversité sans démocratie. » Ces derniers exemples mettent en outre en évidence le trait essentiel de la refondation dans le PCF : il s’agit avant tout de changer les structures et le mode de fonctionnement d’un parti qui n’admet toujours pas les tendances. Comme l’explique Jean Giard, l’ex-leader du PCF à Grenoble :

« Aujourd’hui [en 1993] – la formule de [Jack] Ralite me plaît – l’unité du Parti n’est plus un préalable ; le préalable, c’est la démocratie et la reconnaissance de la diversité des communistes. C’est-à-dire, que compte-tenu des mutations dans la société, et de l’expérience des pays socialistes, je pense que le fonctionnement du Parti devrait reposer sur la démocratie et l’unité48. » (Passevant, 1993 : 235)

A lire les principales thèses refondatrices, on mesure la gravité des enjeux en cause : enjeux idéologiques d’abord car il est fait appel à des éléments doctrinaux que l’on s’efforce de repenser ; enjeux politiques ensuite sûrement lorsque se formulent des opinions ou des interrogations à propos de la stratégie adoptée par le Parti communiste ; enjeux institutionnels manifestement quand le débat porte sur le fonctionnement du parti, les grands principes qui le régissent aussi bien que la marche de ses instances (Comité central, fédération, section, cellule) ; enjeux groupaux nécessairement puisque la cohésion doit être sauvegardée et que, dans le cours ordinaire des choses, chacun s’emploie à la sauvegarder, à la place et dans le rôle qui sont les siens, notamment le secrétaire du Comité central et ceux qui, à ses côtés, détiennent quelque responsabilité ; enjeux relationnels plus confusément si les « contestataires » sont enclins à rester « communistes », c’est-à-dire souhaitent que leurs rapports ne se détériorent pas et que leur affectivité n’ait pas à souffrir de leurs éventuelles dissensions.

La résistible ascension des thèses « refondatrices »

La volonté refondatrice aurait pu préparer une mutation d’une plus grande ampleur49 et non constituer une fin en elle-même.

« Je sollicite d’abord sa réaction à l’interview que vient de donner – quarante-huit heures plus tôt (soit le 18 novembre 1990) – Fiterman au Journal du Dimanche. Le dirigeant contestataire du Bureau politique a en charge la Fédération du Rhône, et ses bases militantes sont à Vénissieux.

André Gérin : - Il veut bâtir quelque chose entre le PC et le PS, c’est flou ! Son avenir “union de la gauche” est un peu faiblard. » (Passevant, 1993 : 329)

Ce projet est donc élaboré trop tardivement pour présenter des chances sérieuses d’aboutir à la création d’un parti qui pèse électoralement.

« - R. P. : Nous sommes alors à un mois (le 20 novembre 1990) du déroulement du [27e] Congrès.

- A. G. : …mais c’est mûr pour le changement. Je suis sûr que Marchais lui-même le souhaite. En attendant, heureusement qu’il est là pour tenir la barre. Je vis, au Comité central, la nouvelle façon de gérer les divergences. A certains égards, j’ai de l’estime pour Fiterman, mais j’estime aussi que dans ce jeu-là, Charles n’est pas clair. Charles n’a pas bougé en octobre 1989, quand on parlait de nécessaires réformes. Et il est sorti tout d’un coup de son trou avant le Congrès…Il casse, au lieu de faire que les amorces de changement se concrétisent, dans le Parti lui-même. C’est possible. Ça avance. Et Charles le sait. » (Passevant, 1993 : 329)

L’exemple comparé des déclins parallèles du PCF et du PCI montre que le second, grâce à une politique davantage axée sur la rénovation avait su limiter le sien et ne pas compromettre ses chances de survie50.

Ensuite, du point de vue de la concrétisation du choix des « Refondateurs », les difficultés sont grandes. La principale réside dans le fait que ces conceptions sont toujours largement minoritaires dans le parti : « - R. P. : Le Comité central, André, a bien le pouvoir de changer le secrétaire général hors des Congrès ? - A. G. : Bien sûr. Mais le Parti, actuellement, n’est pas en condition d’imposer les changements. » (Passevant, 1993 : 329). Il suffit pour s’en convaincre de se reporter aux votes du projet de résolution du 27econgrès. Des mécanismes semblables peuvent entraîner une tendance à resserrer les rangs chez des communistes soumis à des influences analogiquement comparables51, faciles à imaginer :

« - R. P. : Etre à contre-courant, minoritaire dans le Parti, cela a quelles conséquences, hors des éliminations auxquelles tu viens de faire allusion ? - Lucien Sève : Contrairement à ce qu’on dit, je peux témoigner que le Parti n’a pas changé de fond en comble. Il ne s’agit pas de jouer au martyr. Je n’exhibe pas de plaies. Mais on se bat d’une manière terriblement à l’ancienne. Je n’ai pas apprécié quelques peaux de bananes pour la sortie de mon livre : “Je”, notamment un article de Danièle Bleitrach. Impossibilité m’a été faite de répondre dans l’Humanité. J’ai écrit à Roland Leroy. Pas de réponse. J’ai écrit à Claude Cabanes. Pas de réponse. La contestation comporte des risques évidents. Si tu perds confiance dans la décision du Bureau politique, une logique de polémique se met en marche, dans tous les domaines. C’est comme un bas qui se démaille. » (Passevant, 1993 : 261-262)

En outre, la perspective refondatrice manque en effet de crédibilité au regard de situations comparables (comme l’Italie), et aux tentatives antérieures de changement au sein même du PCF. Les projets des tenants de cette thèse n’abordent que très rarement la politique générale du parti mais concentrent leurs efforts sur les structures internes du PC :

« - Ugo Iannueci : Je ne suis pas allé vers le Parti socialiste, ni vers les Verts. Je fais ce que je peux, dans certains secteurs. En attendant, effectivement, peut-être, si demain un parti nouveau enclenche un mouvement nouveau, je ne dis pas non a priori. Mais, pour l’instant, je ne trouve pas la formation qui puisse me permettre de m’exprimer sans me renier. C’est pourquoi je ne suis pas allé, non plus, du côté des Refondateurs ou Reconstructeurs. Pour la critique ils sont très bien, mais ils ne proposent pas solidement, ils n’ont pas un projet qui tienne la route52. » (Passevant, 1993 : 315)

Il s’ensuit que les électeurs de gauche ne discernent pas clairement ce que les « Refondateurs » peuvent apporter de nouveau. Leurs orientations ne laissent pas percevoir de véritable réformeoutre les modalités du débat interne, leur réflexion est plutôt axée sur la critique que sur des propositions nouvelles. Autrement dit, c’est davantage un changement d’approche des problèmes qu’un ensemble de mesures qui est proposé. Les positions refondatrices pêchent ainsi par leur cadre trop théorique. Surtout, même si les oppositions s’y aiguisent, l’innovation se fraye un chemin journellement, parfois par touches successives et peu perceptibles. La lecture des interventions (des « Refondateurs ») au Cn permet le repérage de cette progressivité et de cette quotidienneté. Pressions à la conformité et pressions à l’innovation s’y entrecroisent. Une telle analyse tend donc à indiquer le caractère improbable d’une réforme interne au Parti communiste français qui soit couronnée de succès :

« - A. Le Pors : (…) Par expérience, je suis également sceptique sur les capacités de la direction du Parti communiste à donner consistance idéologique et théorique à la formule du “socialisme à la française”. Paradoxalement, je crois que la nouvelle pensée progressiste sortira de la réflexion de ceux qui, dans les partis de gauche et hors d’eux, auront le mieux assumé personnellement, (…) les ruptures de ces dernières années et la complexité du monde actuel. » (Passevant, 1993 : 247)

Se pose alors naturellement la question d’une autre possibilité de réforme, mais cette fois-ci celle-ci se ferait en abandonnant le cadre du PCF pour créer une nouvelle formation politique. Celle-ci, en 2006, n’a toujours pas vu le jour…

En définitive, comme nous l’avons montré, il se peut – et cela reste à coup sûr exceptionnel – que les contre-mines destinées à désamorcer le conflit sont sans effet et l’opposant, devenu pôle de persuasion, réussit dans son entreprise53. Or, un aspect permettant de mesurer l’innovation introduite par une minorité, est le taux d’opinions nouvelles produites dans la majorité. Une étude54 s’est intéressée à évaluer le changement d’opinions d’individus appartenant à une majorité, selon la façon dont ils réagissaient au style de comportement minoritaire. Les résultats ont fait apparaître que le changement d’opinions d’un membre de la majorité a pour effet de renforcer l’impact de la minorité. Par exemple, l’idée du « PUP » (Pacte Unitaire pour le Progrès, c’est-à-dire une initiative visant à réunir les différents partenaires de gauche - PS, Radicaux, PC, Verts - autour d’un contrat de législature un tant soit peu formalisé) fait partie de ces innovations introduites par la minorité « refondatrice » (L’Humanité, 21/09/1994). En définitive, les positions et projets des « Refondateurs » n’enclenchent de processus et n’ouvrirent la voie à des changements qu’à la condition d’être partagés avec d’autres et concrétisés dans des actions collectives. Il en est de la sorte de la recomposition de la gauche qui s’était momentanément esquissée autour du mouvement REAL (Rencontre des Elus et Acteurs Locaux) et ce en dehors du PCF. Ce mouvement réunissait des élus du « Mouvement Des Citoyens »55, des écologistes, des trotskistes de la ligue communiste révolutionnaire, et d’anciens communistes (des « Refondateurs » comme Marcel Trigon, Ch. Fiterman…) en vue d’établir un nouveau lieu « de débats et de travail ». L’ensemble avait pour but de constituer « une masse critique qui refuse de se mettre en orbite du PC ou du PS » (Le Monde, 4/06/1996). L’expérience qui consistait à « remettre en cause les anciens outils de l’alternance, le PC et le PS, pour qui nous ne pesons rien », a malgré tout échouée. L’Humanité du 3 juin 1996, au lendemain de la création de REAL, n’y avait d’ailleurs consacré aucune ligne. Tant et si bien que les « Refondateurs » sont demeurés critiques à l’égard de la « mutation » engagée par R. Hue, même lorsqu’elle paraissait réussir (entre 1995 et 1998).

Certes, ils ont toujours convenu qu’elle leur empruntait de nombreuses idées, telles « la possibilité d’exprimer une plus grande diversité à l’intérieur du parti, une plus grande sensibilité à la société civile, une moindre crispation identitaire traditionnelle »56, mais au final cela n’affecta ni la distribution du pouvoir dans le parti, ni le choix de la stratégie jugée trop hésitante. C’est pourquoi, lors de la préparation du 29e congrès, les « Refondateurs » préconisèrent de dépasser la « forme parti communiste » par la constitution d’un « pôle de radicalité » - théorisée par l’historien communiste, Roger Martelli57 - qui associerait partis de gauche, écologistes, et mouvements sociaux, tout en excluant un processus de centralisation politique58. Or, comme le rappelle fort justement Dominique Andolfatto : toutes les tentatives de rénovation, reconstruction, ou refondation ont échoué59. Selon Claude Llabres, les échecs répétés des listes des mouvements critiques démontrent l’absence de tout espace politique pour le « communisme rénové »60. Il affirme que dès lors « le communisme ne pouvait que mourir »61. Fatalement, dans ces conditions, quel modèle politique édifier sur tant de nostalgie ? « L’endogamie, l’institutionnalisation [a], semble-t-il, asséché toute promesse de renouveau [sociétal] »62. Ce qui nous conduit à dire que si le travail de rénovation des représentations du changement n’a pas été systématiquement poursuivi au PCF, comme il a pu l’être par d’autres partis communistes occidentaux (à commencer par le PCI), c’est qu’il est essentiellement demeuré une stratégie de re-légitimation ponctuellement mobilisée par les équipes dirigeantes successives.

1  Kriegel Annie, Les communistes français : 1920-1970, Paris, Seuil, 1985, p. 6.

2  Doms Machteld, Moscovici Serge, « Innovation et influence des minorités » dansMoscovici S., Psychologie sociale, Paris, PUF, 1984, p. 51-89.

3  Lewin K., Filed theory in social science : selected theoretical papers, New York, Harper and Row, 1951.

4  Jankélévitch V., L’irréversible et la nostalgie, Paris, Flammarion, 1974.

5  Parmelin Hélène, Libérez les communistes !, Paris, Stock et Opera Mundi, 1979, p. 12-13.

6  Malrieu Ph., « La crise de personnalisation. Sa source et ses conséquences sociales », Psychologie et Education, 1979, III, 3, p. 1-18 ; et « La notion d’interstructuration du sujet et des institutions. Remarques de psychologie génétique », 1977, Annales de l’Université de Toulouse-le-Mirail, Homo XVI, XIII, 2, p. 7-23.

7  Larrue J., Cassagne J.-M., Domenc M., Soumission et contestation : essai de psychosociologie politique, Paris, Delval, 1989.

8  Andolfatto D., « L’envolée contestataire », dans « Le Parti de Robert Hue », Communisme, 2001 (p. 208-264), p. 221.

9  Larrue J. et al., op. cit.

10  Passevant R., L’Hiver rouge, l’enquête jamais réalisée sur les communistes français, Paris, J & D éditions, 1993, p. 122.

11  Revue M, op. cit., p. 39.

12  Martelli R., « Trois sondages sur le fait communiste en France », Société Française, n°40, juillet-août-septembre 1991, p. 38.

13  Le Pors A., « Amour et changement » (Regards sur la Cité : 29e congrès du Parti communiste français), Regards, n°15, juillet-août 1996, p. 8.

14 Ibid.

15  Au départ (en 1995), Regards était le mensuel des « Refondateurs ».

16  Par minorité, il faut entendre un individu ou une partie d’un groupe, inférieure en tout état de cause à la moitié, qui, au cours d’interactions et de situations diverses, adopte des positions et des styles de comportement qui sont de nature à modifier le point de vue de leurs partenaires majoritaires.

17  De Saint-Ouen, fut en 1992 candidat aux élections régionales sur la liste du PCF.

18  Doms M., Moscovici S., 1984, op. cit., p. 51-89.

19  Andolfatto D., « La planète orthodoxe », PCF: de la mutation à la liquidation, Paris, Rocher, 2005, p. 165-209.

20  Hermier G., « Post-scriptum », Révolution, n°713, 28 octobre 1993, p. 6-7.

21  On peut définir la « consistance » comme la cohérence du comportement exprimée par l’affirmation de positions particulières et par absence de contradictions entre les paroles et les actes.

22  Martelli R., Le communisme autrement, Paris, Syllepse, 1998, p. 135.

23 Hermier G., op. cit., p. 6-7.

24  Ibid.

25  Ibid., p. 7.

26  Moscovici S, Psychologie des minorités actives, Paris, PUF, 2 éd., 1982 [1ère édition : 1979]

27  En psychologie sociale, l’idée de novation désigne un processus de changement résultant en particulier de l’influence qu’une minorité exerce sur les jugements ou croyances d’autrui par la création de nouveaux schèmes de comportement ou de pensée.

28  Si tous ces « communistes inquiets » ont en commun de se montrer nettement critiques sur le plan de l’appareil organisationnel, cette forme d’insatisfaction s’allie pour les uns davantage à une adhésion de nature cognitive-idéologique et traversée de tensions ; à une conception du communisme centrée sur la lutte idéologique ; à une information ouverte, d’origine externe, quantitativement maximale et surtout complète. Pour les autres, elle s’allie davantage à une adhésion affective-relationnelle ; et enfin, à des options unitaires au sein de la gauche non conformes à la ligne officielle.

29  Lefait Philippe, Quatre ministres et puis s’en vont…, Paris, Les éditions de l’Atelier/éditions ouvrières, 1995, p. 277.

30  La consistance peut prendre deux formes : une consistance interne ou intra-individuelle et une consistance sociale ou interindividuelle.

31  Sur ce point, se reporter notamment aux réponses (14 entretiens) à la question « - Et dans la perspective du 27e congrès, il y a beaucoup de discussions au sein du PCF. Que pensez-vous des désaccords exprimés ? », parfois reformulée en « Dans la perspective du 27e congrès, il y a des débats, des discussions internes. Que pensez-vous des désaccords exprimés, par exemple, par Charles Fiterman ou par les Reconstructeurs ? », dans Crochet Laurence, L’ennemi intime : analyse de la crise du Parti communiste français à travers le discours de ses militants, Mémoire de 3e année, IEP de Grenoble, Saint-Martin d’Hères, 1992.

32  Mermat Djamel, « Un parti changé jusque dans ses structures », Les imaginaires du changement dans les discours communistes. Le cas du PCF (1976-2004), sous la direction M. Hastings Michel,thèse pour le Doctorat en Science politique, Lille II, 2005, p. 770 et s.

33  Braud Philippe, Le jardin des délices démocratiques, Paris, PFNSP, 1991, p. 225.

34  Braud Philippe, (« Aspects de la violence symbolique »), Violences politiques, Paris, Seuil, 2004, p. 161-187.

35  Herzog Ph., Tu imagines la politique, Paris, Messidor, 1991.

36  Le Pors A., intervention lors de la réunion du Comité central du PCF du 7 décembre 1992, organisée sur le thème de « La sauvegarde et du développement de l’Humanité ».

37  Nimmo Dan, Combs James, Mediated political realities, Londres, Longman, 1983, p. 3 et suiv.

38  Martelli R., Le rouge et le bleu - Essai sur le communisme dans l’Histoire française, Les éditions de l’atelier, 1995, p. 34.

39  Moscovici S., 1984, op. cit. Cf. le Chapitre 8 : « Conformer, normaliser, innover », p. 181-212.

40  Le Pors A., TF1, 25 août 1991.

41  La campagne des européennes avec Philippe Herzog comme tête de liste, en juin 1992, soit un an après la création officielle des « Refondateurs ».

42 Wolf Stubbe, « Behavorial style and group cohesiveness as sources of minority influence » in European Journal of Socio-Psychological, 1979, n°9, p. 381-395.

43  Sève L., Communisme : quel second souffle ?, Paris, Messidor- Editions sociales, 1990.

44  Guérin J.-S., Le PCF et le PCI / PDS à la croisée des chemins : 1989-1991, Mémoire d’IEP Aix-Marseille 3, 1992.

45  Lemaine Gérard, Lasch Eliane, Ricateau Philippe, « L’influence sociale et les systèmes d’action : Les effets d’attraction et de répulsion dans une expérience de normalisation avec “l’allocinétique” », Bulletin de Psychologie, 1971-1972, 25, p. 482-493.

46  Asch Solomon Elliott, « Effects of group pressure upon the modification and distorsion of judgements », in Guetzkow Harold, Groups, leadership and men, Pittsburgh, Carnegie Press, 1951.

47  Allen Vernon L., « Social support for nonconformity », in Berkowitz Leonard, Advances in experimental social psychology (vol. 8), New York, Academic Press, 1975.

48  Depuis quatre décennies (1953-1993), J. Giard est une personnalité qui compte dans la vie grenobloise. Il a été le vrai leader du PCF dans la région. Le Dauphiné Libéré l’a qualifié de « figure de proue du communisme dans l’Isère ». Le 14 janvier 1991, il a quitté le comité fédéral de la ville de Grenoble, après y avoir milité trente-quatre ans.

49  Botella Joan, Ramiro Luis (eds), The crisis of communism and party change. The evolution of West European communist and post-communist parties, Barcelona, Institut de Ciències Politiques i Socials, 2003.

50  Lazar M., Maisons Rouges, les partis communistes français et italiens de la Libération à nos jours, Paris, Aubier, 1992.

51  Doise Willem, « Intergroup relations and polarization of individual and collective judgments », Journal of personality and social psychology, 1969, 12, p. 136-143.

52  Membre du PCF durant 30 ans, à Lyon, déjà présent en 1953. Il a assisté au Congrès du Havre de 1956.

53 Warson Steeve, « An experimental study on minority and majority influence by means of Hammond’s conflict paradigm », Louvain, Laboratoire de psychologie expérimentale, 1983.

54  Kiesler Charles A.., Pallak Michael S., « Minority influence: the effects of majority reactionaries and defectors, and minority and majority compromisers, upon majority opinion and attraction » in Eur. Journ. of Soc. Psychol., 1975, 5, 2, p. 237-256.

55  Désormais Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), après avoir été Pôle Républicain.

56  Interview de R. Martelli dans Politis du 24 octobre 1996.

57  Ce dernier siège au comité central depuis 1982 (et s’il n’est pas le seul, il a théorisé la thématique du « retard » à ce moment précis où il entre au comité central) et a intégré le collège exécutif en 2000.

58  Donati Patrick, « Pour l’ouverture des frontières partisanes : les courants comme Alternative », Revue Politique et Parlementaire, n°945, janvier-février 1990, p. 25-31.

59  Andolfatto D., PCF : de la mutation à la liquidation, op. cit., p. 115-117.

60  Voir Llabres Cl., Les tribulations d’un iconoclaste sur la planète rouge, Calman-Lévy, Paris, 1993, p. 157 et 168.

61 Ibid., p. 173.

62  Andolfatto D., 2005, op. cit., p. 116.


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