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Cahiers de Psychologie Politique

Charaudeau P. Le discours politique. Les masques du pouvoir,
Librairie Vuibert
Paris, 2005.

La lecture d’une nouvelle publication de Patrick Charaudeau est toujours utile par l’information qu’elle apporte, l’analyse qu’elle propose et par la stimulation que son point de vue apporte au lecteur.

Dans son récent ouvrage : « Le  discours politique - Les masques du pouvoir » paru en avril 2005 chez Vuibert, il dénombre  la diversité des disciplines qui ambitionnent d’analyser le phénomène politique et de construire un objet de savoir spécifique qui ne saurait cependant en épuiser la nature : philosophie, sociologie, psychologie sociale, anthropologie sociale, sciences politiques, sciences du langage. C’est dans le cadre de cette dernière discipline que sans ambiguïté se situe l’auteur, mais il n’en néglige pas pour autant que la parole politique s’inscrit dans une pratique sociale, circule dans un espace public et qu’elle n’est pas étrangère aux rapports de pouvoir qui s’y instaurent. Il reprend avec pertinence  les outils déjà présents dans ses publications précédentes  pour décrire en situation le fonctionnement des actes de langage : principe d’altérité, d’influence, de régulation. Il montre comment l’instance politique et l’instance citoyenne entrent  en interaction  dans l’espace de persuasion où se joue un rapport de force que des auteurs comme Weber ou Arendt ou encore Habermas décrivent comme plus ou moins violent, variable selon le type de pouvoir étudié : autoritaire ou démocratique ou encore la parole : persuasive ou séductrice.

Le thème de la persuasion est ancien, articulant  de différentes façons - raison et affects, ou encore « logos », « pathos » et « ethos ». L’ « ethos » participant à la construction de l’image de l’homme politique qui plonge ses racines dans les imaginaires populaires et les désirs tels qu’ils peuvent être appréhendés  dans une culture particulière à un moment donné. L’image ainsi fabriquée n’est pas indépendante de la  volonté de disqualifier l’adversaire politique par la mise en cause de sa personne, de ses actions et de ses idées.

Mais vérité ou mensonge ne se peuvent comprendre que, dans une situation de communication  et de gouvernement, comme l’entendaient déjà Machiavel  ou de Tocqueville. L’image des acteurs  politiques se construit au travers de l’ethos comme stratégie du discours politique. Pour provoquer l’admiration, le respect ou encore l’identification, l’homme politique fait aussi appel à des procédés linguistiques comme « le bien parler » ou le « parler local » dans le registre de l’expression ; et aussi à des procédés énonciatifs articulant habilement le « je » le « tu » et le « nous » ou encore le « vous ».

Reprenant la notion d’imaginaire social emprunté à Castoriadis, l’auteur propose celle d’imaginaire sociodiscursif. La description de ces imaginaires qui faisait fonction de grilles d’intelligibilité du champ social pour Foucault sont aussi aux yeux du linguiste instrumentalisés à des fins de persuasion. Ces imaginaires de la modernité, de la tradition ou de la souveraineté  populaire souvent incompatibles doivent être utilisés dans un discours apparemment cohérent, fruit de compromis divers.

Dans une dernière partie l’auteur s’interroge sur l’avenir du discours politique, les effets de brouillage dans l’opinion publique, les  médias et les acteurs politiques, comme sur la désacralisation  du discours politique, terreau du populisme ou recherche d’une nouvelle éthique


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