Logo numerev
Cahiers de Psychologie Politique

La proposition est bonne, la tâche est compliquée. Dans un effort altruiste. Jean Moreau ne parle pas que d’humanisme pour en parler. Toujours accompagné, secondé par sa grenouille fétiche, Francine, la compagne de sa vie, son chef-d’œuvre est une vie d’humanité. La préface de Jean Verdun est d’une écriture bien trempée et agréable. C’est un hommage d’un homme, généreux à un placide constructeur de pont comme le dit Marie Dominique dans sa brève  postface.

D’emblée Jean Moreau  se déclare mystique par goût, agnostique par certitude, matérialiste par hypothèse, athée par moralité…(p. 23) Et il s’explique sur la signification de chaque concept avec aisance et avec une subtile ironie assez personnelle.  

Dans le mode d’emploi de Jean Moreau il y a un je ne sais quoi de rebelle gentil et d’instituteur bienveillant. C’est un franc-maçon à la pensée libertaire. Non sans raison,  il est depuis longtemps le rédacteur en chef de la revue « la Révolution prolétarienne » à laquelle de nombreuses personnalités ont contribué.

Si tout le monde parle, aujourd’hui, d’humanisme, comme nous le signale l’auteur dans le préambule, le mode d’emploi qu’il nous propose n’est pas fait de la simple érudition des morceaux choisis d’histoire, mais de réflexions ressenties et chargées d’une sereine volonté de toucher à l’essentiel, sous l’inspiration de la libre parole d’une pensée libertaire. Ce n’est pas par hasard qu’il cite le droit à la paresse du frère Paul Lafarge ou la recommandation d’un proverbe africain  de ne pas aller dans un village où un seul chemin nous conduit par refus du dogme. Encore la sentence bambara : l’ignorance est plus obscure que la nuit.

L’humanisme est beau, mais a plusieurs sens et origines. Là, il nous cite la pensée de Jacques DEMORGON, un autre maître de la diversité, pour qui nous devrions parler d'humanismes au pluriel.  

Le mode d’emploi de Jean Moreau passe par l’école et les mots magiques qui demeurent l’attitude pédagogique des vrais maîtres. Le sens de cet humanisme de fond est tamisé par les Lumières et leurs empreintes européennes. Un éclairage s’impose, car toute mutation effervescente  est marquée par ses propres ombres. L’esclavage est la plus cruelle et la plus perturbatrice, car le mot race est suivi d’une idéologie, le racisme.  Et l’histoire est celle des déçus et des révoltés.  Les sciences qui nourrissent le scientisme et l’attitude naturaliste. Les effets sont pervers, jusqu'à l’abomination, la Shoah. Fort heureusement il y a eu la Révolution française. Et les Droits de l’homme, sans oublier les batailles pour la République laïque.  

Le mode d’emploi nous mène à d’autres continents et d'autres problématiques. Et comment l’Europe a imposé le vol de l’histoire. En s’appuyant sur les théories de l’anthropologue britannique J. Goody, nous découvrons les faces cachées de l’humanisme occidental et ses paradoxes. On est toujours le barbare d’un autre.

Pour finir, il y a un détour sur la FM et la méthode pour dépasser la peur de l’autre, l’inconnu. L’union dans la diversité sans la conformité, le clair-obscur des symboles, le caractère libertaire de l’organisation maçonnique. Ainsi le mode d’emploi de l’humanisme nous amène à l’idée qui nous rappelle comme le travail pour améliorer l’homme est singulier et collectif, simple et difficile.  

Pour tous ceux qui connaissent personnellement Jean Moreau, la lecture de ce livre sera un plaisir  et pour ceux qui ne le connaissent pas ils trouveront là une belle porte d’entrée à l’œuvre riche et diverse de cet grand instituteur, à l’ancienne, modeste et remuant.


Tweet