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Cahiers de Psychologie Politique

Introduction

Dans ses recherches, comme philosophe et comme psychanalyste, Castoriadis a abordé, les niveaux individuels et sociaux du changement social. Selon lui, les institutions aussi bien que les psychés, s'auto-élaborent dans le temps. De même que la socialisation individuelle, le psychisme individuel est le résultat d’interaction avec les autres, le développement d’une civilisation est le fruit des rencontres, des conflits avec les autres civilisations.

En Occident, la structure psychologique est généralement considérée comme moins importante que les structures sociétales (culturelles, sociales, éducatives et économiques…), parce que ces dernières détermineraient les structures psychologiques des humains. Nous estimons au contraire que le déterminisme des structures sociales, professionnelles et économiques, qui oriente les décisions d’un dirigeant politique ou d’entreprise figure donc comme la cause seconde, par rapport aux structures psychiques. Nous voulons montrer comment les structures psychologiques déterminent prioritairement les structures sociétales. A l’inverse, le déterminisme socio-économique ne doit pas non plus être omis, comme le font certains psychologues entraînant une psychologisation excessives des rapports sociaux.

Freud a expliqué que le psychisme (c'est-à-dire les pensées, les sentiments, les émotions) est fondé sur les énergies psychiques et libidinales1, qui sont elles-mêmes en relation avec le fonctionnement biologique des hormones, générées par les glandes endocrines. L’éducation de l’enfant, dépend ensuite du caractère des parents (les structures psychiques parentales). En effet, on observe une imprégnation très puissante de leurs caractères, qui engendre des ressemblances psychiques très fortes des enfants vis-à-vis des parents. Les trois facteurs centraux du comportement de domination sont donc les structures génétiques, psychologiques et socio-éducatives.

Les structures psychiques opèrent une action dominante au plan chronologique et au plan hiérarchique. Le niveau de développement des structures biologiques et génétiques de l’espèce humaine conditionne prioritairement le niveau d’évolution des structures psychologiques de chacun des individus. Par exemple, le comportement d’un dirigeant dépend prioritairement de ses structures psychiques par rapport aux structures sociétales. Il existe néanmoins, une influence circulaire entre les actions individuelles et collectives, entre les structures psychologiques des êtres humains et les structures sociétales.

Le besoin de pouvoir fondé sur la peur d’être faible se révèle être la cause dominante du manque de démocratie économique et politique, du fait du niveau d’évolution psychologique insuffisant de l’espèce humaine, puis du déterminisme de l’éducation durant l’enfance, puis de l’influence entre des adultes entre eux liés aux déterminismes sociétaux. En effet, lorsqu'un être humain est dans une situation sociale, qui ne limite plus son besoin d'omnipotence narcissique (l'enfant roi), alors il tend à se laisser aller à des actions et à prendre des décisions adémocratiques voire parfois illégales. C’est vrai, pour un être humain « normal », moyen et sans doute plus encore pour une personne née dans les classes sociales plus favorisés ou les milieux aristocratiques, qui estiment se situer au dessus de la masse.

Nous nous interrogerons dans cet article sur la part de l’innée et acquis et donc aussi sur la part du déterminisme environnemental et génétique. Nous verrons que les modèles visant à expliquer la part de l’innée et acquis sont relatifs et que ces modèles sont fortement liés à sa culture d’origine. Néanmoins, la majorité des conceptions considère que l’être humain est majoritairement déterminé. Nous tenterons de montrer que la vitesse de transformation psychologique des parents détermine, celle de l’enfant et donc finalement celle de la société. Enfin, nous verrons, qu’au sein de deux pôles politiques idéal-typiques opposés, il existe six principales théories du déterminisme (ou non) des individus.

Les modèles d’explication du déterminisme inné et acquis sont variables et donc relatifs. Certains qui considèrent que nous sommes libres, donc que la part de déterminisme est faible. Ce déterminisme peut être inné ou acquis.Tandis que d’autres estiment, que nous sommes majoritairement déterminés et donc très peu libre de choisir la direction que prendra notre vie. Il y a les partisans de l’individualisme méthodologique, tels le sociologue Boudon, qui pensent qu’à partir de l'analyse de notre situation personnelle, nous sommes largement libres de nos décisions et que nous procédons ainsi à des choix de vie rationnels. A l'inverse, il y a ceux qui privilégient l’explication sociologique de la théorie de la reproduction formulée par Bourdieu2. Pour affirmer cela, ils s’appuient notamment sur le fait que la majorité des enfants d’une classe socioprofessionnelle resteront dans la même classe que leur parent. A la lecture des statistiques Bourdieu observait que dans les années 1950-60 notamment, « un fils de cadre supérieur avait quatre-vingts fois plus de chances d'entrer à l'Université qu'un fils de salarié agricole et quarante fois plus qu'un fils d'ouvrier et ses chances étaient encore deux fois supérieures à celles d'un fils de cadre moyen »3. Ainsi, les sociologues en concluent qu’il existe un déterminisme de l’acquis. Ils estiment généralement, que quasiment 100 % des conduites et de la psychologie humaine est acquise par l’éducation exercée par la famille, l’école, la culture, la société... Par conséquent, l’inné est proche de 0 % selon eux. La plupart des sociologues et des psychanalystes suivent aussi ce modèle déterministe parce qu’ils centrent leur explication du caractère et du comportement sur l’éducation.

Ils partent pour cela du postulat que tous les individus sont égaux à la naissance. Par conséquent, s’il y a reproduction sociale, c’est que les structures sociétales déterminent les individus. Les partisans des inégalités innées à la naissance se tromperaient donc, dans la mesure où quelque soit leur déterminisme inné génétique portant sur les capacités intellectuelles ou psychologiques, le déterminisme des structures s’avérerait supérieur, puisque la majorité des individus restent dans la même classe sociale. Ce raisonnement serait incontestable, si les sociologues et les psychanalystes disposaient de la preuve qu’à la naissance il existe bien une égalité de capacité.

Les partisans du déterminisme inné (certains généticiens avec les gènes et religieux avec l’âme) estiment au contraire, que si les structures sociales peuvent exercer des contraintes sur l’éducation et l’orientation professionnelles, elles peuvent laisser néanmoins les plus compétents s’élever au dessus de leur classe sociale d’origine. Par conséquent, selon eux le déterminisme inné serait plus déterminant que le déterminisme des structures sociales. Les partisans du déterminisme acquis, tels les sociologues, affirment le contraire, car les individus qui s’élèvent au dessus de leurs classes sociales d’origine sont minoritaires, par rapport à l’ensemble.

En réalité, en l’absence de capacité à mesurer de manière fiable les capacités intellectuelles et psychologiques des enfants à leur naissance (voire au premier mois de la gestation dans le ventre maternelle !), il n’est pas possible d’obtenir des certitudes scientifiques sur le pourcentage précis de déterminisme de l’innée et de l’acquis.

Les psychologues qui ont étudiés les jumeaux estiment généralement, qu’il y aurait plutôt 88 % d’inné environ. En 1984, les chercheurs Bouchard et Mc Goo étudient plusieurs études anciennes portant sur des jumeaux monozygotes (les vrais jumeaux) élevés ensembles. Ils relèvent qu’ils possèdent 87 % de points communs (0,87 de corrélation) au niveau du coefficient intellectuel. Même lorsqu’ils sont élevés séparément dans deux familles différentes, les jumeaux disposent encore 75 % de points communs. Ainsi, le déterminisme de l’acquis par l’éducation sur le coefficient intellectuel, ne s’élèverait qu’à 12 % (87 % - 75 %), contre 88 % d’inné4.

Pour certains généticiens et biologistes il y aurait ainsi environ 90 % d’inné concernant certains traits des caractères. Le biologiste Jacques Balthazart a montré et d’autres chercheurs ont aboutis aux mêmes conclusions, que l’homosexualité a au moins parfois une origine biologique. Ainsi, « les homosexuels auraient été exposés durant leur vie embryonnaire à des concentrations atypiques d'hormones, trop d'androgènes pour la femme et pas assez pour l'homme. Chez l'animal, il est d'ailleurs possible de modifier expérimentalement les taux d'hormones auxquels sont exposés les embryons. Et à l'âge adulte on retrouvera des caractéristiques comportementales du sexe opposé bien que les structures morphologiques et génitales de l'animal n'aient pas été modifiées ». Ce biologiste a montré aussi que cette modification des zones du cerveau liés à l’attraction sexuelle apparaît durant la grossesse de l’embryon et non après la naissance du fait de l’éducation5. Cependant, ces recherches ne montrent pas forcément que la génétique détermine le caractère psychologique, mais au moins que les hormones peuvent modifier la biologie (certaines zones du cerveau) et donc l’attraction sexuelle. De plus, cela ne signifie pas que l’éducation n’a pas d’importance sur l’homosexualité, mais cela montre au moins que parfois c’est surtout la dimension biologique qui prime.

En 2007, une étude de la New York University, publiée dans « Nature », localise dans notre cerveau une « zone de l’optimisme » – dans le mésencéphale (le cerveau moyen, juste derrière les yeux). Cette zone « s’active lorsque nous élaborons des pensées positives concernant notre avenir, et les transforme en émotions agréables ». L’imagerie cérébrale par IRM confirme cette découverte : la zone considérée s’active bien plus intensément chez les optimistes déclarés6. Une autre étude rapporte que sur la base d’un échantillon de 505 personnes, dont 86 % de « blancs non-hispaniques », que les porteurs des génotypes LS ou SS sont plus susceptibles d’avoir des traits de la personnalité censés être liés à l’anxiété que les porteurs du génotype LL7. Ces différentes études en biologie, génétique et psychologie prouvent que le rôle de certains gènes a une influence sur certains traits de caractère psychologique. Cependant, ce lien entre gènes et psychologie concerne-t-il seulement certains gènes ou tous les gènes ?

Quelle est la part du déterminisme environnemental et génétique ? En 1909, un biologiste danois, du nom de Wilhelm Johannsen, effectue des recherches sur les caractères héréditaires des haricots. Il publie ses résultats dans le journal « The american naturalist ». L’expérience de Johanssen sur les variations dans les haricots, montre que les variations dans une espèce dépendent de la somme des variations de l’environnement et la somme des variations liées aux gênes. C’est pourquoi, pour le généticien Richard C. Lewontin, « Il n’y a pas de ’’ part ’’ respective des gènes et de l’environnement. L’exposition à l’environnement commence d’ailleurs dans le ventre maternel et inclut des événements biologiques comme la qualité de l’alimentation ou l’exposition aux virus. Génétique et milieu ne sont pas en compétition, mais en constante interaction : on dit qu’ils sont covariants. Le comportement d’un individu serait donc à la fois 100 % génétique et 100 % environnemental. »8

De plus, certains généticiens, tels Marcus Pembrey et Lars Olov Bygren affirment que l’approche épigénétique dément en partie le complet déterminisme inné des gènes. Leur étude réalisée en 2005 a montré que les habitudes alimentaires des grands-parents pouvaient avoir des conséquences sur... leurs petits-enfants. Pour y parvenir, les deux chercheurs ont décortiqué les registres paroissiaux de la petite ville suédoise de Överkalix sur plusieurs générations. Ils ont ainsi découvert que les hommes qui avaient connu la famine avaient des petits-enfants moins susceptibles de développer des problèmes cardio-vasculaires que ceux dont les grand-pères n'avaient pas connus de période de famine9. Dans le cadre de l’approche épigénétique, ils montrent ainsi, que l’environnement extérieur, de même que les actions d’un être humain durant son existence modifie sont patrimoine génétique au cours de sa vie. D’autres chercheurs ont montré aussi que la pollution pouvaient transformé l’ADN et se transmettre à la génération suivante. De même, la musculation modifierait non seulement les muscles de l’individu qui s’entraîne, mais donc aussi son ADN et par conséquent, le potentiel génétique musculaire de ces descendants.

Concernant les caractères physiologiques, la majorité d’entre eux proviendrait donc d’une part de la génétique et de l’environnement, tandis qu’une minorité relèverait donc uniquement de l’origine génétique et d’autres uniquement de l’environnement. De plus, en fonction de l’environnement, les gênes se manifestent ou non. Donc, l’environnement (la politique sociale ou libérale) compte, car son action s’exerce parfois sur les caractères psychiques, physiques, physiologiques, mais aussi génétiques. Ce dernier n’est donc pas que inné, comme le montre l’épigénétique. C’est pourquoi, un environnement favorable renforce l’égalité des humains sur le plan social, psychologique, mais aussi génétique.

 Cela remet donc en partie en cause la théorie de l’évolution des espèces de Darwin, qui considère que c’est le hasard du patrimoine génétique de naissance des individus, qui déterminerait principalement la capacité d’adaptation au milieu et donc la sélection naturelle. Par ailleurs, les généticiens ont prouvé qu’un gène peut s’activer ou non en fonction des circonstances de l’environnement expliquent. Ainsi, avec l’épigénétique et l’activation aléatoire de certains gênes, on observe une circularité dans la chaîne de causalité composée du déterminisme environnemental, du déterminisme génétique et de la liberté d’action de l’individu sur lui-même. C'est-à-dire sa part de responsabilité individuelle. Le pourcentage précis de chacune de ces trois causalités demandera à être déterminés scientifiquement au plan des caractères physiologiques et psychologiques, d’autant qu’il dépend aussi des individus et des situations. Pour ce qui concerne l’ensemble des caractéristiques psychologiques, le pourcentage précis entre la part génétique, biologique et celle de l’éducation, donc la part du déterminisme de l’inné par rapport à l’acquis, reste aussi à déterminer.

Par conséquent, le déterminisme des structures socio-économiques et environnementales jouerait sur celui du déterminisme inné de la physiologie et de la psychologie. Néanmoins, ces théories incluant le rôle de l’environnement dans la génétique, ne remettent pas en cause complètement, la théorie génétique traditionnelle, qui considère que les gênes sont déterminantes dans les capacités biologiques et éventuellement psychologiques, dès la naissance. Cependant, la part du déterminisme génétique à la naissance vient restreindre la part du déterminisme environnemental parental sur l’éducation de l’enfant. Ces deux formes de déterminisme, restent néanmoins majoritaire, par rapport au déterminisme environnemental sociétal et aux actions entreprises librement par un individu pour se transformer par lui même.

Les théories de l’éducation et du déterminisme sont encore très différentes dans les cultures traditionnelle bouddhistes, hindouistes, ou taoïstes notamment, puisqu’elles suivent une approche religieuse s’inscrivant dans le cadre de la réincarnation. Les membres de ces religions considèrent donc, que le caractère de l’âme du nouveau né contient potentiellement l’ensemble des capacités psychiques acquises dans les vies précédentes. Ils estiment que le niveau de l’inné s’élèverait donc plutôt autour des 80 à 90 % à la naissance. Les 10 à 20 % de notre caractère acquis, serait engendré par l’éducation. Enfin, pour les chrétiens protestants, qui estiment que le destin des êtres humains est le résultat de la grâce divine, de la prédestination divine, ils s’approcheraient donc plutôt des 100 % d’inné !

Ainsi, les théories scientifiques de la génétique tendent à se rapprocher des théories religieuses, en particulier asiatiques, même si leur type d’explication n’est comparable, ni dans la méthode, ni sur le fond (le déterminisme des gènes contre celui de l’âme). Il faut cependant, avoir l’honnêteté intellectuelle de constater, que pour chacun de ces modèles d’explication de la formation du caractère psychologiques, les preuves scientifiques sont insuffisantes, puisqu’il y a même des désaccords entre « scientifiques ». Alors qui détient véritablement la vérité ? L’objectivité scientifique devrait conduire à accepter qu’il n’existe pas encore de preuves permettant de trancher scientifiquement pour une théorie particulière, ou pour pondérer précisément, le déterminisme de chacune d’elles. Il est d’ailleurs aussi bien envisageable de les opposer les unes aux autres, que de les articuler entre elles.

Dans la conception occidentale, à l’origine c’est l’éducation, qui nous façonne d’abord. Puis, ce sont ensuite les conduites des autres adultes (familles, amis, collègues…), qui modèlent nos comportements. Dans la perspective orientale réincarnationiste, il n’est pas possible pour un parent, de créer volontairement par l’éducation, un enfant, qui soit un « génie ». Même avec des bons éducateurs ou de bon parents, puisque le caractère de son âme est déterminé par des prédispositions innées acquises liées au niveau d’évolution psychologique qu’il a atteint durant ses vies antérieures. Ainsi, cette philosophie s’oppose à l’idée qu’il serait possible de créer un homme nouveau, véritablement intelligent et fraternel, comme l’ont tenté vainement de l’édifier les régimes soviétiques. Ils ne croient pas non plus qu’on puisse façonner un enfant par l’éducation, afin d’en faire un surhomme surpuissant et discipliné, même en y ajoutant la sélection génétique, comme l’ont tenté les nazis.

Quelque soit la philosophie ou la théorie adoptée, toutes s’accordent plus ou moins pour affirmer qu’il est plus facile de détruire que de construire, en matière éducative. En effet, un enfant maltraité, violenté ou ignoré par des éducateurs frustres ou pervers, peut être assez facilement perturbé, bloqué, voir brisé dans son développement. Par exemple, dans les années 1950, le psychiatre Spitz a montré, qu’un enfant sans contact affectif peut mourir de dépression (anaclitique). Les enfants abandonnés peuvent compléter notre analyse de l’éducation. D’après Français Dagognet, « l’enfant sauvage » Victor d’Aveyron, quant il a été retrouvé, ne parlait pas et faisait des gestes désordonnés, « il marchait à quatre pattes, se nourrissait de plantes, était velu, sourd et muet. »10 En effet, les enfants sauvages qui ont été découverts, n’avaient développés, ni le langage, ni une intelligence correct, ni un équilibre émotionnel moyen avant qu’on les retrouve.

La majorité des conceptions considère que l’être humain est majoritairement déterminé. Cependant, le déterminisme de l’acquis est majoritaire pour les sociologues occidentaux, tandis que c’est plutôt le déterminisme de l’inné pour certains généticiens et pour les réincarnationistes asiatiques. Du point de vue occidental, le courant libéral, à l’instar du sociologue Boudon, responsabilise les individus, mais considèrent qu’il est inutile d’aider beaucoup les plus faibles au plan socio-économique puisqu’ils sont déterminés par limites innées. Ce serait donc du gaspillage, puisqu’ils ne pourraient que peu progresser. Tandis que les partisans des politiques sociales, à l’instar de Bourdieu tendant à déresponsabiliser les citoyens les plus faibles, mais font la promotion de l’Etat providence pour les aider. Dans la mesure où ils estiment que ce sont les déterminismes sociaux qui créent les inégalités, ils sont favorables aux efforts visant à modifier les structures sociales au profit des classes sociales les plus défavorisées. Les partisans de l’Etat providence d’origine asiatique, tel les indiens ou les chinois, qui croient à la théorie de la réincarnation estiment quant à eux, qu’il existe bien des déterminismes innés et donc des inégalités innées, mais que l’Etat providence permet d’égaliser non seulement les classes sociales (déterminisme acquis), mais aussi de faire progresser les plus défavorisés du fait de leurs faiblesses innées.

Ces théories, ces visions du monde ont des conséquences sur l’éducation. Le modèle d’explication du monde et la philosophie de l’éducation, (qui se révèle généralement plus ou moins conscient), conditionne le sentiment de responsabilité des parents vis-à-vis du caractère de leurs enfants ou de son propre caractère. Dans le cadre de l’approche du déterministe acquis de la majorité des occidentaux, si les enfants ont des problèmes psychologiques, les parents ressentent souvent de la culpabilité et les enfants du ressentiment contre leurs géniteurs. Dans la vision réincarnationiste asiatique c’est l’inverse, donc les enfants se sentent majoritairement responsables, donc ils développent moins de frustration et de rancune vis-à-vis de leurs éducateurs. La vision du monde et le système de croyance s’avèrent donc très prépondérants pour un être humain, dans sa manière de vivre ses relations familiales et plus généralement ses épreuves de la vie.

La vitesse de transformation psychologique des parents détermine celle de leur société. Le niveau de conscience d’une société dépend plus ou moins de la somme des êtres humains qui la compose. Le niveau de conscience d’un être vivant relève de la somme quantitative et qualitative de son corps physique, émotionnel, mental (intellectuel et intuitif). L’aspect quantitatif (le volume) concerne le niveau d’énergie de la force psychique, de l’amour, de la compréhension et de l’adaptation, de la perception. Tandis que le niveau qualitatif de la conscience repose sur la clarté, la cohérence, la précision, la fréquence, la profondeur, la hauteur de vue, etc. Mais sans doute plus important encore, le niveau de conscience dépend en large partie du niveau de ses peurs essentiels liés aux besoins psychologiques satisfaits ou non (peur d’être faible, de ne pas être aimé, de l’insécurité du manque…). Plus les peurs dominent, moins les besoins psychologiques essentiels sont satisfaits, plus le niveau de conscience est tiré vers le bas. Par exemple, un être humain disposant un intellect très développé dépendant d’une grande peur d’être faible et de ne pas être reconnu risque très probablement d’utiliser son intellect au service d’une cause peu favorable à l’émancipation de l’humanité. En effet, dans ce cas il utilisera vraisemblablement son intellect pour asseoir son pouvoir sur la population en cherchant un statut lui permettant d’atteindre la gloire à tout prix. C’est caractéristique des dérives comportementales de certaines élites.

Freud a montré et les autres psychanalystes telle Mélanie Klein ou Winnicott avec lui, que l’influence de l’éducation sur la structuration du caractère était d’autant plus déterminante que l’enfant était jeune. Le stade oral (de 0 à 18 mois) est le plus structurant, tandis que le stade anal (de 18 mois à 3 ans) reste assez déterminant. Le stade phallique (de 3 à 6 ans) l’est déjà nettement moins. A partir de 6 ans commence la période de latence, puis à sept ans l’âge de raison11. Ainsi, à l’âge de 3 ans, l’essentiel de la structure du caractère de l’enfant est édifiée, même si elle continue à se transformer jusqu’à l’âge de 21 ans. Ensuite, à l’age adulte, les transformations et les progrès deviennent comparativement vraiment très lents et limités. L’éducation des parents biologiques ou des parents de substitution, s’il est orphelin, mais c’est surtout leur niveau de conscience et la structure de leur caractère qui s’avère la plus déterminante.

Que ce soit dans l’approche déterministe par l’acquis ou par l’inné, les causes principales du caractère de l’enfant proviennent du niveau de conscience de la société, qui dépend du niveau d’évolution psychique des parents, qui dépend de celui de l’espèce humaine, ou du moins de celle des êtres humains qui compose la société dans laquelle l’enfant sera éduqué. Devenu adulte, l’ex-enfant influera alors sur les structures sociétales (sociales, culturelles, économiques, politiques…). Cependant, ces dernières influent elles-mêmes sur le mode de vie des parents et des enfants, ce qui modifie peu à peu leurs habitudes, leurs comportements et donc leur caractère.

Il existe ainsi, une relation d’interdépendance dialectique entre les structures psychiques et sociétales. Les structures psychiques des êtres humains se constituent dès leur naissance, dans le cadre d’une interaction circulaire avec le déterminisme des structures sociétales éducatives (école, pédagogie, psychologie, culture, science…). Cependant, le niveau d’évolution psychologique de l’espèce humaine reste la structure première au plan chronologique et la structure dominante au plan du déterminisme, par rapport aux structures sociales, culturelles et économiques, contrairement à ce qu’avance les marxistes. Cependant, le niveau de développement matériel et technologique exerce lui-même une influence, mais de manière secondaire par rapport au niveau de conscience psychologique.

Ce dernier, de même que la structure du caractère, sont déterminés très majoritairement, chez l’enfant, par le mécanisme du mimétisme subconscient de cet enfant, avec les structures psychiques du caractère des parents, plus encore que par leur modèle éducatif qu’ils décident de lui prodiguer. L’influence éducative de la société exerçant aussi une influence, mais encore moins déterminante que le modèle éducatif des parents. Le comportement et les attitudes d’un enfant sont le résultat de ce mécanisme mimétique subconscient, qui est assez proche du mécanisme d’acquisition des « habitus de classe » analysés par le sociologue Bourdieu12. Cependant, ce dernier n’aborde pas véritablement l’aspect psychologique des habitus. Ce mimétisme subconscient de nature psychologique est donc beaucoup plus important que les tentatives d’éducations fondées sur des modèles et des théories pédagogiques fondés sur la raison et la volonté consciente des éducateurs. C’est principalement le niveau de conscience des parents, fondé principalement sur leur niveau de peurs inconscientes, qui détermine donc celui de leur enfant.

La relation d’influence circulaire entre les structures d’une société et les structures psychologiques des êtres humains de cette même société dépend du surtout du niveau de conscience acquis par l’enfant (qui détermine son comportement de parent et de citoyen ultérieur). Car c’est principalement la vitesse maximum ou minimum de l’évolution de la conscience de l’enfant, qui détermine la vitesse de l’évolution de la société dans son ensemble. Or, nous savons que le niveau de conscience de l’enfant dépend de celui de ses « parents - citoyens ». Mais ces derniers ne peuvent pas véritablement être transformé en profondeur par les structures sociales, car ce n’est que dans l’enfance que l’essentiel du caractère est structuré. Par conséquent, la société avance lentement, c'est-à-dire à la vitesse de la capacité des parents à se transformer eux-mêmes au plan psychologique. Mais cette vitesse n’est pas véritablement décidée par la volonté d’un homme politique ou d’un publicitaire vis-à-vis des parents-citoyens, ni par celle des enseignants de l’enfant. Car c’est très majoritairement (à hauteur de 95 %), le processus du mimétisme entre la conscience de l’enfant vis-à-vis du niveau de conscience des parents (biologiques ou non), qui détermine le niveau de conscience psychologique et le type de structure de caractère de l’enfant. Par conséquent, l’évolution de la conscience d’une société, c'est-à-dire le niveau de maturité intellectuelle et émotionnelle de ses membres se révèle relativement lent et ne peut être accéléré beaucoup par des méthodes extérieures aux parents ou à leurs enfants. La vitesse maximum de l’évolution de conscience d’un individu entre le moment ou il s’émancipe de ses parents et le moment ou il engendrera ses enfants et les élèvera, détermine donc la vitesse d’évolution de la conscience de l’ensemble d’une société. Entre le moment il quitte ses parents, par exemple à 20 ans et le moment ou il va faire des enfants à l’âge de 30 ans par exemple, il a donc 10 ans pour tenter d’évoluer de manière indépendante d’eux. Si pendant ces 10 années, il est parvenu à progresser de 1 % au niveau de sa conscience par rapport au niveau de ses parents, alors lorsqu’il fera des enfants, ces derniers pourront acquérir ce 1 % d’amélioration, par imitation subconsciente. Cependant, une fois à l’âge adulte les structures sociétales continuent à exercer leur influence sur lui et sur son nouveau rôle de parent, dans le cadre d’une interaction circulaire individu-société sans fin. Mais le déterminisme exercé par la société sur ce parent et même le travail psychologique qu’il pourra faire sur lui-même, restera très secondaire par rapport à celui exercé par l’imitation subconsciente des ses parents.

A l’inverse, les bouddhistes ont une représentation du déterminisme inné et donc de l’éducation qui se révèle très différente. En effet, compte tenu qu’ils croient à la réincarnation, le niveau de conscience d’un être humain dépend très peu de l’éducation des parents et beaucoup du niveau de conscience atteint par l’enfant dans sa vie précédente. Cependant, si l’essentiel de cette conception repose sur le déterminisme inné lié aux vies antérieures, le déterminisme extérieur lié aux structures économiques, sociales et politiques reste prégnant, même s’il est secondaire. Il influence l’être humain dans cette vie et dans les vies précédentes.

Tandis qu’en Occident, pour certains psychanalystes, il suffit de prendre conscience mentalement du problème pour qu’il se résolve et que le comportement change. De même, les psychologues cognitivo-comportementalistes estiment que leurs techniques permettent de transformer les personnes en profondeur. Or, dans le meilleur des cas ils parviennent à améliorer les comportements extérieurs de leurs patients, mais l’élévation du niveau de conscience psychologique global reste minime et surtout très lent. Les conceptions de l’éducation orientale et occidentale sont très différentes, même si elles ne sont pas forcément incompatibles. Les conceptions occidentales varient aussi considérablement entre elles, entre la psychologie, la génétique, la sociologie. Elles accordent une part plus ou moins importante à la part de liberté, face au déterminisme. De plus, s’ajoute l’opposition entre les partisans de l’acquis et de l’inné, comme déterminisme majoritaire.

C’est donc par un changement intérieur personnel (psychologique, pratique, voire spirituel…) et en particulier par le renoncement à son besoin de pouvoir sur l’autre, pour se consacrer à un véritable service des autres que la société peut évoluer plus rapidement. En effet, lorsqu’une grande masse d’individus opèrent un changement de conscience, cela accroît la justice des règles sociétales, les lois internationales et les pouvoirs mondiaux. Ces changements de conscience et ses nouvelles règles sociétales empêchent alors certains individus placés au sommet des organisations (économique, politique, sociale, religieuse…) de se laisser dériver vers leurs faiblesses, tel le besoin de pouvoir sans limites, qui les conduisent à reproduire les pratiques antidémocratiques et parfois illégales des dirigeants précédents. C’est donc la transformation intérieure des individus agissant sur la régulation globale de la société, qui elle-même, façonne de nouveaux individus via les diverses formes de l’éducation des masses (école, médias, discours politiques…). Car une éducation des masses façonnées par de la classe des élites ou des peuples empreints du besoin de pouvoir ne fait que se reproduire elle-même, créant une société adémocratique, voire un régime autoritaire ou une dictature. Ces types de régimes peuvent aussi être engendrés par des peuples, qui sont empreints du besoin inverse, c'est-à-dire le besoin de sécurité par la soumission volontaire (La Boétie).

Au sein de deux pôles politiques, il existe six théories du déterminisme ou non des individus. Ces six théories principales expliquent les capacités des êtres humains :

- Par le déterminisme acquis :

  • par la société,

  • par les structures psychologiques des parents ;

- Par le déterminisme inné :

  • par la génétique et/ou la biologie,

  • par l’âme (pour les religieux) ;

- Par la liberté possible (non déterminisme) :

  • dans les acquisitions psychologiques et intellectuels

  • dans la mobilité entre classes sociales.

Pour remédier ou non à les déterminismes s’exerçant sur les individus, il existe deux pôles politiques (entre lesquels se situent différents courants) visant à agir ou non sur les déterminismes et les libertés. A l’un des pôles, on relève :

- Le modèle des politiques sociales visant à limiter les inégalités socio-économiques considérées comme le résultat de :

  • déterminismes acquis au plan psychologique et intellectuel causés par des structures socio-économiques de classes,

  • qui limitent la liberté des individus (considérés comme tous égaux et non déterminés à la naissance).

- A l’autre pôle, il y a le modèle des politiques libérales, qui ne cherche pas à agir sur les inégalités sociales, car elles sont considérées majoritairement comme :

  • le résultat de déterminismes psychologiques et intellectuels innés dès la naissance,

  • De plus les structures de classes ne sont pas considérées comme des obstacles à la liberté, c’est donc le mérite individuel, qui explique la réussite sociale.

Ainsi, les deux figures idéal-typiques opposées au plan des représentations politiques de l’inné et de l’acquis seraient le « généticien néolibéral » et le « sociologue socialiste ou communiste ».

Entre les deux pôles politiques et les six philosophiques, il existe des approches intermédiaires. Elles tentent de dépasser cette opposition. Il y a ainsi des combinaisons entre modèles et solutions politiques qui s’opposent habituellement.

MODELES POLITIQUES LIES AUX THEORIES DU DETERMINISME (INNE ET ACQUIS)

Type de politique

Théorie du déterminisme

Politique économique

Valeurs politiques (éthique)

Politique libérale radicale

Inné génétiquement

Libérale

Renforcer politiquement l'inné

Politique libérale non radicale

Acquis par les parents

Libérale

Aider les plus méritants

Politique sociale et psychanalytique

Acquis par les parents

Sociale

Limiter les inégalités sociétales acquises par les parents, puis la société

Politique sociale et sociologique

Acquis par la société

Sociale

Limiter les inégalités sociétales acquises par la société

Parmi les libéraux, il y a la conception eugéniste et celle non déterminisme inné. Ceux qui estiment qu’il existe un déterminisme inné (biologique, ou génétique). Tandis que les autres libéraux considèrent que tous naissent égaux à la naissance. Cependant, dans les deux cas, ils estiment que les différences de réussite sociale s’expliqueraient donc par le mérite individuel (la liberté de l’individu), plus que par le déterminisme sociétal. Il considère qu’il faut favoriser les plus méritants ou les mieux dotés à la naissance par l’inné au plan génétique.

Selon Malthus, compte tenu du fait que « la population augmente plus vite que les subsistances, il ne faut surtout pas courir le risque d'un accroissement de la population en aidant les pauvres »13. Galton, cousin de Charles Darwin, applique cette théorie aux hommes. Il crée, en 1883, le mot eugénique (art de bien engendrer). Sa préoccupation principale est d'améliorer la race humaine. Galton émet une mise en garde : l'évolution normale de la race humaine est menacée par l'attention philanthropique portée aux pauvres et à leurs enfants. Selon Galton il faut intervenir pour favoriser la procréation des plus doués, c'est-à-dire de ceux qui réussissent - et, parallèlement, freiner la procréation des pauvres, c'est-à-dire de ceux qui échouent, qui ne devraient pas survivre (Galton 1989)14. Les ligues qui font la promotion de cette conception eugéniste continuent d’exister dans certains courants libéraux. Parmi les partisans les plus connus, il y a Sir Julian S. Huxley (1887-1975), qui a été vice-président de l’Eugenics Society de 1937 à 1944, puis Premier Secrétaire Général de l’UNESCO, de 1946 à 1948 et à nouveau président de l’Eugenics Society de 1959 à 196215. Ce dernier déclara « par groupe à problème social, j’entends les gens, bien trop familiers aux travailleurs sociaux dans les grandes villes, qui semblent se désintéresser de tout et mènent simplement une existence inutile, au milieu d’une pauvreté extrême et de la crasse. Bien trop fréquemment, ils doivent être assistés par des fonds publics, et deviennent un fardeau, pour la communauté (…). Des tests d’intelligence et autres ont révélé qu’ils ont un Q.I. très bas ; (...) Ici encore, la stérilisation volontaire pourrait être utile. Mais, je pense que nos meilleurs espoirs doivent reposer dans la perfection de nouvelles méthodes de contrôle des naissances, simples et acceptables, soit par des contraceptifs oraux ou plutôt, peut-être, par des méthodes immunologiques nécessitant des injections »16.

A l’opposé, de ce modèle libéral du déterminisme inné et du modèle libéral du déterminisme acquis, il y a les modèles des politiques sociales. La politique sociale de conception sociologique considère que le caractère provient déterminisme acquis par les structures sociétales et que par conséquent il faut mener des politiques sociales pour remédier à ces inégalités.

Tandis que la politique sociale de conception psychanalytique privilégie lui aussi, le déterminisme acquis, par contre, il l’attribue très majoritairement aux structures psychologiques des parents. Dans ce cas l’acquis est généré par le mimétisme psychique avec le caractère des parents, tel que peuvent l’expliquer certains psychanalystes) et non par les structures sociétales (comme c’est le cas dans le modèle sociologique de Bourdieu). Le modèle social et psychanalytique privilégie donc la conception psychologique sur la sociologique, par rapport au modèle des politiques sociales sociologiques.

Au plan de la conception des mécanismes éducatifs, le modèle social et psychanalytique se situe entre le modèle génétique néolibéral et le modèle social sociologique, fondé sur une approche sociologique plutôt bourdieusienne. A l’inverse, le modèle des politiques sociales et psychanalytiques privilégie le déterminisme des structures psychologiques acquises par les parents (c’est la vision de certains psychanalystes), sur le déterminisme acquis par structures sociétales (la vision de la majorité des sociologues). Au plan de l’action politique, le modèle sociale et psychanalytique est par contre identique au modèle social sociologique, qui défend un politique socialiste ou communiste de l’Etat (Providence). A l’inverse, certains modèles libéraux expliquent le monde par l’égalité de l’inné à la naissance et par le mérite ensuite, d’autres par le déterminisme inné principalement. Dans les deux cas ces approches libérales estiment que le rôle des déterminismes sociétaux est mineur.

Aucune politique sociale ou libérale n’est parvenue à réaliser des êtres humains « parfaits » en l’espace d’une génération, car ces approches sous-estiment grandement la lenteur de la plasticité du psychisme humain. Les structures psychologiques de l’espèce humaine disposent d’un cycle d’évolution propre, de nature psychique et génétique, qui n’évolue pas à la même vitesse que les méthodes pédagogiques et encore moins de celles des structures économiques et politiques. Même ces dernières peuvent influer sur le rythme d’évolution du psychisme, elles ne peuvent le déterminer complètement.

Conclusion

Les déterminismes économiques, politiques et culturels sont donc des facteurs clés pour comprendre le fonctionnement du pouvoir mondial et local. Mais les déterminismes psychologiques ne doivent pas être oubliés. L’émancipation suppose dans tous les cas des changements sociétaux et personnels (psychologique et comportemental). Le besoin essentiel d’être fort engendre la recherche de la maîtrise de soi et de son environnement extérieur, afin d’assurer sa sécurité psychique et matériel. Mais ce besoin de maîtrise, d’être fort, peut devenir besoin de domination et volonté de pouvoir sur l’autre. Dépasser le besoin névrotique de pouvoir suppose d’accepter, puis de dépasser notre peur d’être faible chez tous les êtres humains.

Les tenants du modèle social psychanalytique considèrent que la société exerce une influence très forte sur la psychologie des êtres humains, mais que les tentatives de créer un homme nouveau dans les différentes sociétés n’ont abouti qu’à de lamentables échecs, que ce soit à l’époque de l’URSS ou par les dirigeants fascistes en Allemagne. Les totalitaristes estimaient que l’éducation parfaite, peut engendrer un individu parfait, qui serait un être susceptible d’être soit puissant, intelligent, juste, altruiste, disposant de toutes les qualités générées, par une éducation scientifiquement construite et administrée. Or, dans la construction de la personnalité d’un enfant, ils sous estiment très largement le rôle du processus mimétique psychique subconscient de la relation éducative enfant-parent. Cette dernière ne passe pas que très minoritairement par les discours, les méthodes éducatives et les structures sociétales. A l’inverse des politiques libérales eugénistes (déterminisme inné) et des politiques libérales fondées sur un déterminisme acquis, une politique de l’Etat providence reste néanmoins primordiale pour le modèle social psychanalytique, afin de limiter autant que possible, ces déterminismes psychologiques acquis. Le modèle social et sociologique mène la même politique de l’Etat providence, mais considère que le déterminisme est acquis par les structures sociétales principalement.

Néanmoins, si le facteur individuel (psychologique et comportemental) est sans doute le point clé, il est loin d’être suffisant. Une action de grande ampleur au niveau des structures sociales, économiques, politiques, culturelles et écologique est indispensable pour transformer le monde. L’action individuelle et collective ne s’opposent pas, au contraire elles se renforcent l’une et l’autre.

1  Freud Sigmund, Malaise dans la culture, Quadrige/PUF, Paris, 1995.

2  Bourdieu Pierre, Passeron Jean Claude, La reproduction, Paris, Minuit, 1970.

3  Bourdieu, P. ET Passeront, J. C., Les héritiers, Editions de Minuit, 1964.

4  McGue M, Bouchard TJ "Adjustment of twin data for the effects of age and sex". Behavior Genetics 14 (4) : 325–343, July 1984.

5  Balthazart Jacques, Biologie de l'homosexualité. On naît homosexuel, on ne choisit pas de l'être, Mardaga, 2010.

6  CASPI Avshalom & Co., “Influence of life stress on depression: moderation by a polymorphism in the 5-HTT gene”, Science, vol. 301 (5631), p. 386-389, 2003.

7  Lesch Klaus-Peter, & Co. Association of anxiety-related traits with a polymorphism in the serotonin transporter gene regulatory region, Science, vol. 274 (5292), p. 1527-1531, 1996.

8  Lewontin Richard C., La Triple Hélice. Les gènes, l’organisme, l’environnement, Seuil, 2003.

9  Pembrey Marcus E, Bygren Lars Olov and The ALSPAC Study Team, ‘’Sex-specific, male-line transgenerational responses in humans’’, European Journal of Human Genetics (2006) 14, 159–166, doi :10.1038/sj.ejhg.5201538; published online 14 December 2005.

10  Dagognet François, « Le docteur Itard entre l'énigme et l'échec », préface à Jean Itard, Victor de l'Aveyron, Editions Allia, Paris, 2009, p. 7.

11  Freud Sigmund, La Sexualité infantile, Petite Bibliothèque Payot, 1905.

12  Bourdieu Pierre, Passeron J. C., La reproduction, Paris, Minuit, 1970.

13  MalthusThomas Robert, 1798, Essai sur le principe de population en tant qu'il influe sur le progrès de la société, Londres, 1ère éd. traduite par Eric Vilquin, Paris, I.N.E.D., 1980.

14  Galton John, Natural Inheritance (1889).

15  Cavanaugh-O’Keefe John, Introduction to Eugenics, Ed. American Life League, USA, 1995.

16  Huxley Julian Sorell, La Révolution Actuelle, Ed. Heinemann & Zsolnay Ltd, Londres, 1946.


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