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Cahiers de Psychologie Politique

Je reprendrai ici quelques extraits. Écoutons d’abord l’expert A, puis
l’expert B de Psychologie Française.

Expert A

Le texte proposé mériterait débat : mais ce que l’on demande ici c’est une expertise examinant la pertinence de le faire paraître dans une Revue scientifique

Il est totalement impossible d’examiner point par point cette « argumentation descriptive ». Il s’agit de la dénonciation classique et de multiples fois entendue des dangers courus par une psychologie fascinée par la « scientificité » ; perpétuellement guettée par la tentation « technicienne » ; du coup dominée par la méthodologie expérimentale et le cognitivisme de fond ; inconsciente de ses enjeux politiques ; imperméable aux vrais problèmes épistémologiques ; institutionnellement indifférente à la reconnaissance universitaire de ceux qui font autre chose. Le problème, c’est que, d’une certaine façon, tout ce qui est dit ici mérite la considération : mais sans que ce mérite puisse légitimer les anathèmes, l’extrême simplisme avec lequel on présente les choses, la volonté de faire assumer ses propres émois par l’ensemble des chercheurs (« devenus sans illusion, sans autonomie, sans idéologie au sens noble et sans responsabilité sur l’avenir du monde »…), la programmatique en seize points assignée au « débat » ( ?), le ton scolaire des adjonctions (« Reprenons le cours de l’exposé » ; « Récapitulons »…).

(… ) Le propos sera fondé et scientifiquement recevable (car, quoi qu’il en soit, c’est bien de « science » qu’il s’agit  ici) quand l’« adversaire » sera identifié de façon précise. C’est-à-dire quand on aura constitué un dossier : où, à propos de travaux considérés comme « orthodoxes » (« où les hypothèses se multiplient sans cesse » : ben oui…) et explicitement identifiés, on aura montré ce en quoi ils laissent passer des choses importantes, ce en quoi ils sont partisans ou aveugles, ce  en quoi ils laissent tomber délibérément et sans explication une variable potentiellement  déterminante. Ce genre de  dossier, nous désirons  tous qu’il soit constitué : à fin d’amélioration mais pas à fin de dénonciation. Mais, lorsqu’on se borne à dire que, si ces travaux – dans leur globalité- cèdent à toutes ces faiblesses, c’est parce qu’ils sont expérimentaux et « techniques », çà n’a que peu de portée. C’est-à-dire aussi quand on aura vu l’autre face du dossier. (….)

Expert B

Le manuscrit sur « Malaises et critiques en psychologie et en sciences humaines et sociales » traite d’une problématique importante qui devrait concerner les lecteurs d’une revue de psychologie. Pourtant dans sa forme actuelle il ne me paraît pas publiable dans un tel journal et je suggérerais donc à l’auteur de le re-soumettre sous une forme différente.

Il y a d’abord des problèmes de forme. A ce stade il n’y a pas lieu d’entrer dans les détails. Le texte comprend à plusieurs endroits des digressions (ce que l’auteur ou les auteurs semblent admettre : « Revenons au cœur de notre réflexion »), des incohérences dans les références à des auteurs qui sont parfois accompagnées par des dates et parfois pas (p e Touraine 1984, Dubet et Martucelli), des nombreuses fautes d’orthographe.

Le problème principal me paraît est d’autre conceptuel. Pour un lecteur non familier avec la littérature de référence, qu’est ce que signifient par exemple des expressions comme « la question de la certitude », « une psychologie bio-psycho-socio-culturel, autonome et humaniste », « la théorie de la complexité ». Par exemple on s’attend à une définition de « la complexité » et on trouve une digression sur Elias.

Je pense qu’il y a un moyen tout indiqué pour mieux structurer l’argumentation :.ce serait de reprendre quelques notions comme « le principe de pluralité des méthodes, les dérives technologiques, horizon théorique commun, micro-univers cognitfs, petits domaines, micro-théories, ingénierie sociale » pour en donner des illustrations concrètes en citant des ensembles de travaux qui se caractérisent par ces propriétés. Il serait également utile de présenter « quelques honorables exceptions ».  Politzer, Wallon, Bourdieu, Piaget, pour ne citer que des exemples du passé, font ils partie de ces honorables exceptions ou pas, et pourquoi ?

L’enjeu du débat souhaité par les auteurs ou l’auteur du manuscrit est d’une grande importance. Pour mieux l’engager, il s’agirait de fixer quelques repères bien choisis


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