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Cahiers de Psychologie Politique

Numéro 35 : numéro 35 - Juillet 2019

N° 35 / 2019

numéro 35 - Juillet 2019

Personne n'a encore contribué à ce numéro.

Raison et déraison...

Raison et déraison des foules

Pierre de Senarclens

DOSSIER : L'AVENIR DE LA DEMOCRATIE

La problématique des mouvements de foule, telle qu’elle se manifeste aujourd’hui dans l’essor des partis populistes en Europe et aux États-Unis ou de manière plus ou moins récurrente dans la vie politique des pays de l’hémisphère sud, redonne chaque fois une actualité au vieux débat sur la nature, les avantages et les dérives de la souveraineté populaire. Comment définir le peuple ? Peut-on se contenter de sa représentation parlementaire ? Doit-on croire tous ceux qui descendent dans la rue en prétendant parler en son nom ? Les masses invoquées par les marxistes incarnent elles vraiment la marche de l’histoire ? Ne seraient-elles pas au contraire des foules incultes et irrationnelles à l’assaut des normes légales et morales qui protègent l’ordre politique et les valeurs de civilité ? Les réflexions sur ce thème remontent aux origines de la démocratie et comprennent des débats sur le cadre institutionnel et les procédures garantissant au mieux la souveraineté du peuple.

 

L énigme du...

L’énigme du populisme

Thomas Branthôme

DOSSIER : L'AVENIR DE LA DEMOCRATIE

Notre époque toute entière est marquée par les lettres incandescentes du « populisme ». Il n’y a pas un journal qui n’ait commandé un article sur le sujet, pas une émission de radio qui n’ait essayé d’en décrypter l’énigme, pas une maison d’édition qui n’ait fait paraître un ouvrage relatif à la question, au point qu’on est tenté de paraphraser la célèbre apostrophe de Marx et Engels du Manifeste du Parti communiste (1848) et dire aujourd’hui : « Un spectre hante l’Europe, le spectre du populisme ».

 

La démocratie comme...

La démocratie comme déception et comme horizon

Pierre-Henri Tavoillot

DOSSIER : L'AVENIR DE LA DEMOCRATIE

La démocratie est un régime « déceptif », absurde et incompréhensible. Il faut partir de là, au lieu, comme c’est trop souvent le cas, de finir par là. Elle ne peut que décevoir, car ses promesses sont infinies et n’ont aucune chance d’être un jour réalisées : on ne sera jamais totalement libres, ni absolument égaux, ni constamment fraternels. Elle est absurde, car comment voir la cohérence d’un régime où les gouvernants doivent suivre le peuple qu’ils sont censés diriger ? Elle est incompréhensible, car elle repose sur un fondement introuvable — le peuple — dont tout le monde se réclame, mais que personne n’a jamais rencontré. Et donc, en partant de là, le vrai sujet d’étonnement n’est pas tant que la démocratie fonctionne mal ; c’est qu’elle puisse fonctionner un peu.

 

La représentation politique...

La représentation politique : la commune ou l’empire ?

Pierre-Antoine Pontoizeau

DOSSIER : L'AVENIR DE LA DEMOCRATIE

La représentation est une question de science politique et de droit bien connue. Seulement, les arguments qui la fonde sont ténus. La plupart des auteurs classiques ont été contre à l’instar de Rousseau ou ont émis des réserves importantes à ses conditions comme Kelsen. De très nombreux auteurs contemporains ont eux aussi réfuté ce modèle de la représentation en provenance de courant très divers : marxistes, existentialistes chrétiens, libertaires et anarchistes par exemple ; visant le plus souvent le vice du parlementarisme et ses accointances avec les intérêts d’un capitalisme peu préoccupé du respect des biens communs. La démocratie représentative se serait ainsi construite bien plus par défaut que par principe, arguant de la nécessité d’exercer le pouvoir par la réunion des représentants : logistique praticité et simplicité obligent.

 

La lutte pour...

La lutte pour la reconnaissance

Jeanine Mudryk-Cros

DOSSIER : L'AVENIR DE LA DEMOCRATIE

L’idée d’une réflexion sur l’actualité politique à travers le prisme de la reconnaissance est à l’origine de cet article pour tester la pertinence de ce concept perçu aujourd’hui comme circonscrit dans son sens et sa portée. Pourquoi y revenir, plus précisément, alors que de nombreuses recherches en philosophie sociale et en sociologie existent sur le sujet, et non des moindres, puisque l’impulsion en a été donnée par Hegel ? Parce qu’aujourd’hui, l’évocation du concept de reconnaissance conduit presque exclusivement à son explication par la lutte des classes comme destin pour cette notion, scellée au marxisme jusqu’à se dissoudre presqu’en lui. La problématique de la reconnaissance serait devenue désuète dans la mesure où les classes moyennes s’étant déployées, la classe ouvrière d’autrefois a perdu son identité. De plus, la démocratie, en permettant l’expression de tous les citoyens, illustrerait la reconnaissance de leur égalité et donnerait à penser que la vigilance quant au maintien de cette caractéristique est constante en démocratie.

 

De l...

De « l’homme démocratique » à « l’homme tyrannique » ? Où va la démocratie selon Platon et Cicéron

Emilia Ndiaye

DOSSIER : L'AVENIR DE LA DEMOCRATIE

Pour envisager l’avenir de la démocratie mise à mal, ou pour le moins contestée sur bien des plans dans nos sociétés occidentales, quoi de mieux que de se tourner vers le passé et les modèles fournis par les penseurs de l’Antiquité ? Aux sources de nos systèmes politiques, sources revendiquées par les révolutionnaires de 89 qui en ont établi les fondements en France, Athènes et Rome, chacune à sa manière, restent les références obligées.

L’objet de cette contribution est de rappeler ce que Platon a dit de la démocratie, dans son dialogue La République, qui porte sur les différentes formes d’État et, en particulier sur les individus qui correspondent à chacune d’elles, formes de régimes dont l’enchaînement est présenté comme un cycle. Cicéron, en s’appuyant sur Platon mais aussi sur Aristote et Polybe, analyse le modèle romain de respublica, lointaine héritière d’Athènes mais avec des spécificités bien latines qui ont pour but d’éviter les dérives des régimes grecs – que Rome a d’ailleurs vaincus.

 

La temporalité identitaire...

La temporalité identitaire : réflexions sur le sentiment d'appartenance nationale dans le contexte du processus d'intégration européenne

Fanny Guénéchault

DOSSIER : L'AVENIR DE LA DEMOCRATIE

Grâce aux nouvelles technologies, chacun vit dans un monde en réseau, connecté. Les rencontres ne dépendent plus de notre capacité à nous déplacer. Nous pouvons découvrir d'autres modes de vie, d'autres rapports au monde que ceux de notre entourage proche. Nous avons accès, de fait, à une multiplicité de références et de possibles de référence. Si chacun tente de se définir singulièrement, certaines tendances s'affirment. D'aucuns se définissent alors comme citoyens du monde, dans une forme de refus d'appartenance à un espace de vie donné tandis que d'autres signifient leur identité en fonction d'un lieu, d'un espace, d'une terre et craignent de se dissoudre dans un trop grand ensemble. Ces dynamiques identitaires trouvent leur voix dans l'espace politique européen. La place grandissante de mouvements dits populistes dans l'espace public, mouvements qui placent l'identité nationale au centre de leurs discours et qui s'appuient sur une idéologie nationaliste en est une des conséquences.

 

Contraintes et gilets...

Contraintes et gilets jaunes

Paul Wiener

DOSSIER : L'AVENIR DE LA DEMOCRATIE

Dans le texte ci-dessous je cherche à cerner le phénomène des Gilets Jaunes en le situant d’abord dans un contexte historique, limité à vrais dire, celui de l’équilibre externe, et ensuite de l’équilibre interne, c’est-à-dire à l’intérieur même de notre pays. Ensuite je vais tenter d’emprunter des notions scientifiques pour saisir certaines de leurs particularités et pour trouver des modalités de les manier.

 

La démocratisation de...

La démocratisation de l’Union européenne, un trompe - l’œil ? De la difficulté d’être citoyen de l’Union européenne

Françoise Massart-Piérard

DOSSIER : L'AVENIR DE LA DEMOCRATIE

L’Union européenne, par les mots utilisés et les expressions (l’eurojargon) qu’elle crée, présente une apparence trompeuse. Nombreux sont ceux qui font illusion et compliquent dès lors sa compréhension par celui qui porte le nom de citoyen de l’Union européenne avec pour conséquence la montée d’un recul vis à vis d’elle. Ce recul, malgré le discours, malgré les révisions de Traités en faveur de l’institution d’une citoyenneté européenne, ne régresse pas. Et les oppositions à l’Union européenne prennent actuellement une forme inquiétante.

 

Le conspirationnisme à...

Le conspirationnisme à une heure de grande écoute : Alien Theory

Stéphane François

VARIA

Plusieurs chaînes télévisées françaises proposent à une heure de grande écoute une série de documentaires, Alien Theory (« Ancient Aliens » aux USA) qui explique l’histoire de l’humanité par l’action d’extraterrestres, pris par les hommes de la Préhistoire et de l’Antiquité pour des dieux. Ces thèses viennent d’un auteur suisse, Erich von Däniken, qui publia plusieurs best-sellers dans ce domaine à partir de 1969. Nous proposons ici de montrer l’influence de cet auteur et de mettre en évidence le contenu conspirationniste de cette série télévisée.

 

La perversion du...

La perversion du principe d’apathie

Pierre-Antoine Pontoizeau

VARIA

Nous sommes éduqués à préférer une attitude en retrait qui est la condition de l’objectivité scientifique. Du juge au chercheur, toute la pensée moderne nous a conditionnés en ce sens. Il faut se départir de ses émotions, s’interdire des considérations morales, construire une représentation débarrassée des biais de perception, s’écarter des pièges de la passion ou d’une empathie trompeuse à l’attention de l’objet d’étude. L’apathie est un principe actif de l’attitude scientifique. Il prévaut si l’on veut prétendre à l’abstraction, à la généralisation, voire à l’universalisation d’une connaissance. Il fait ainsi l’apologie d’une attitude impassible, indifférente aux émotions. Mais cette apathie n’est pas loin de l’aphasie qui détourne du goût, non par dégoût, mais par crainte des séductions trompeuses du goût. Tout en étant cette vertu de l’attitude scientifique, elle est aussi le symptôme de quelques troubles psychologiques qui ont à voir avec une forme de dépression, voire de schizophrénie dissociant la vie du corps de celle de l’esprit, séparant le mental et le sentimental jusqu’à faire vivre conjointement des « êtres » dissociés en une personne.

 

Numérique et psychanalyse...

Numérique et psychanalyse

Alain Deniau

VARIA

Le numérique est une révolution au même titre que celle qu’a introduite Gutenberg. Le Sujet en est transformé dans son rapport à la connaissance et au savoir, à sa mémoire et à son intelligence donc à son efficience. Une telle rupture dans le rapport du Sujet à son Umwelt, à sa limitation intellectuelle et corporelle et donc à son discours, produit des effets psychiques d’exclusion mais aussi des effets d’exaltation et de toute puissance, qui deviennent collectivement un « réchauffement médiatique » selon l’expression de D. Boullier. Nous nous appuierons aussi sur André Leroi-Gourhan, Guy Mamou-Mani et surtout sur Sherry Turkle.

 

Berdiaev et la...

Berdiaev et la technique

Grégoire Quevreux

VARIA

Le philosophe Nicolas Berdiaev ne peut, stricto sensu, être considéré comme un représentant de ce mouvement des non-conformistes, pour diverses raisons. L’une d’entre elles, la plus évidente, est que ce mouvement est celui d’une génération à laquelle il n’appartient pas. Né (à Kiev) en 1874, Berdiaev a en effet 56 ans en 1930, alors que les non-conformistes ne sont souvent même pas trentenaires. Mounier, par exemple, est né en 1905, et avait donc 27 ans lors du lancement de la revue Esprit en 1932. Toutefois, Berdiaev peut, à l’instar de quelques autres (tel Jacques Maritain ou Gabriel Marcel), être considéré comme l’un des grands inspirateurs du mouvement des non-conformistes. De façon significative, il contribue d’ailleurs au tout premier numéro de la revue Esprit par un article intitulé « Vérité et mensonge du communisme russe ».

 

In memoriam

In memoriam

Alexandre Dorna

 

In memoriam

In memoriam

Alexandre Dorna

 

De la difficulté...

De la difficulté de travailler sur l’extermination des juifs d’Europe durant la Seconde guerre mondiale

Stéphane François

NOTE DE LECTURE

Claire Zalc, directrice de recherche au CNRS, est une spécialiste de l’antisémitisme au XXe siècle. Elle nous offre avec ce numéro un dossier très dense sur la difficulté de l’utilisation des sources permettant la compréhension du génocide des juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Le pari est plus que réussi : ce numéro est passionnant d’un bout à l’autre, malgré un sujet sensible, à la fois sur le plan des affects et sur son contenu. Pour ce faire, elle a fait appel aux plus grands spécialistes du domaine.

 

Les nazis ont-ils...

Les nazis ont-ils survécus ?

Stéphane François

NOTE DE LECTURE

Nicolas Lebourg nous offre, avec cet ouvrage, une étude passionnante à la fois très érudite et très agréable à lire sur l’idée de l’existence depuis la fin de la Seconde guerre mondiale d’Internationales néofascistes, la plus connue étant la tentative de Malmö en Suède, en 1952.

 

Éditorial

Éditorial

Alexandre Dorna, Alain Deniau, Pierre-Antoine Pontoizeau