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Cahiers de Psychologie Politique

Les Cahiers de Psychologie Politique ont envisagé depuis un an de publier ce dossier sur la question des Conversions au sens large du terme.  Certes, nous sommes frappés de volte-faces idéologiques et politiques ces derniers temps. Et si le thème est ancien, surtout dans le domaine religieux, il nous semble que la matrice des conversions pourrait s’appliquer à bien d’autres terrains de la pensée et de l’action humaine. Ici et là nous écoutons, dans les échanges et les conversations quotidiennes, des allusions aux changements des opinions et de postures de personnages publics qui touchent les fondements idéologiques de leurs comportements et de leurs opinions. Est-ce la crise qui provoque ces micro-conversions ? Est-ce le propre de l’évolution personnelle de l’homme, l’intérêt ou l’âge peut-être? L’apostasie a-t-elle perdu de sa puissance stigmatisante ? Serait-ce un signe du relativisme post-moderne ?  Ainsi ce projet peut donner lieu à plusieurs hypothèses. Ensuite, s’il y a matière à débattre, à un colloque ou, encore, à une série de monographies dans le cadre de la psychologie politique.

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Rappelons que la notion de conversion évoque un acte fortement lié aux religions, dont la célèbre conversion de Paul a donné naissance à un apostolat et à la transformation rapide d’une secte en Eglise. Mais l’histoire politique peut-être l’illustre autant et, sans chercher trop loin, le XXe siècle est riche en conversions idéologiques et politiques : des communistes et des socialistes qui se transforment en fascistes ou nationalistes, des gauchistes devenant de droite, et même des hommes de droite (il est vrai peu nombreux) embrassant la gauche. Des itinéraires surprenants parfois déroutants ou exceptionnels, qui font de la psychologie du « traître » un miroir brisé des chances contrariées et des ambitions  à la limite de la psychopathologie. Quels sont les éléments communs ? Y aurait il des invariantes ? La force du destin ? Une psychologie des convertis ?

Peu importe, le besoin de problématiser la question nous semble non seulement intéressant, mais fortement utile dans les temps significatifs d’un présent qui a du mal à réfléchir à son passé et encore plus à son devenir.  

Par ailleurs, l’autre domaine des conversions – presque jamais évoqué – est celui de la science. Là aussi quelques exemples sont intéressants. Lorsqu’un chercheur abandonne la théorie à l’intérieur de laquelle il a travaillé pour rompre et en adopter une autre, est-ce là une forme de conversion ? Le passage de la science normale à la science extraordinaire est rappelé par Th. Kuhn : s’agit-il d’un moment de conversion individuelle qui se transforme en proposition collective ?

Le problème n’est donc pas de puiser dans les aspects anecdotiques, cela ne serait que peu heuristique, mais d’approfondir la connaissance des troubles cognitifs des individus et de questionner leurs réponses à la lumière des événements socioculturels. En revanche, il semblerait intéressant de savoir si les mêmes mécanismes ou les mêmes facteurs sont en jeu, ce qui suppose à la fois l’identification des mécanismes et l’analyse des situations micro et macro sociales et des recherches comparatives de surcroît. Raison de plus pour tenter une approche pluridisciplinaire, voire transversale, et ouvrir un débat sur la signification des ruptures et des réconciliations. Cette thématique, très proche des crises et des révolutions, se situe tout naturellement au cœur d’une psychologie politique sociétale.  

Voilà pour notre motivation initiale. Le dossier ci-joint est une première approximation tout à fait encourageante. D’autres viendront, nous l’espérons. Et l’idée de tracer ce chemin de réflexion, dont Frédéric Rousseau fut l’initiateur, lors d’un dîner entre amis, s’est faite en ajoutant les remarques de Benjamin Matalon et le concours enthousiaste des membres de la rédaction. La réponse écrite de quelques collègues à notre appel, ici présentée, nous permet d’espérer que le chemin fasse son oeuvre.

12 juin 2009


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