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Cahiers de Psychologie Politique

Le destin est parfois injuste : Adrian Neculau, professeur de psychologie sociale à l’Université “Al.I.Cuza” de Iasi, n’est plus parmi nous. Celui qui était toujours ouvert aux autres, celui qui avait toujours pour chacun de nous un mot d’encouragement ou qui était au moins une compagnie agréable est parti, incroyablement, pour ne jamais revenir !

La vie de notre professeur a été un travail permanent : avec ses étudiants, avec ses doctorants, des entretiens avec ses collègues, des projets de colloques ou de revues scientifiques, enfin, des contacts internationaux où le professeur Adrian Neculau était un vrai expert. Grâce à ses efforts, grâces à ses habiletés de mise en relation et de communication, l’Université “Al.I.Cuza” de Iasi et sa Faculté de Psychologie et Sciences de l’Education se sont fait connaître dans le monde exigent des psychologues, de Paris à Rome, de Liège à Lausanne, de Neuchâtel à Aix-en-Provence, de Louvain à Genève.

Né à Ungureni (département de Botoşani, au nord de la Roumanie) le 30 Août 1938, le professeur Adrian Neculau soutient sa thèse de doctorat en 1974 avec le titre Les leaders dans la dynamique des groupes et entre dans l’enseignement universitaire à l’Université “Al.I.Cuza” de Iasi, où il œuvre au développement de la psychologie sociale dans les conditions difficiles d’un régime autoritaire qui contrôlait tout, y compris (ou surtout) la promotion des idées novatrices, considérées dangereuses.

Après la chute du communisme, le professeur Adrian Neculau s’est trouvé toujours à la tête de toutes les initiatives visant à développer la psychologie sociale, la psychologie en général, pour récupérer le temps perdu, au bénéfice de la connaissance et de la science. Sa vie était orientée, dans les conditions d’une liberté d’expression et d’action qui, du temps de sa jeunesse, n’était qu’un beau rêve, toujours vers la recherche du temps perdu, selon l’expression de Proust. Il l’a retrouvé, ce temps perdu, en grande partie, et il a réussi, en quelques années, mettre au point un excellent laboratoire de psychologie sociale, initier quelques conférences internationales de psychologie sociale à Iasi, sortir une intéressante revue de psychologie sociale, pour ne mentionner que quelques-uns de ses résultats remarquables.

Notre professeur a été très bien apprécié par ses confrères. Il a été membre de nombre d’associations scientifiques et professionnelles : L’Observatoire Européen des Représentations Sociales, European Association of Experimental Social Psychology, Association pour la Diffusion de la Recherche Internationales en Psychologie Sociale, Centre International de Recherche, Formation et Intervention Psychosociologique où il a participé activement avec des idées, des suggestions, des propositions constructives.

A-t-il été content ? Il est difficile à répondre à la place de notre professeur. Nous savons qu’il ne se déclarait jamais content de ce qu’il accomplissait parce qu’il était toujours en quête de la perfection. Le long des quatre décennies de travail dans l’enseignement supérieur, il a publié plusieurs ouvrages, des repères dans notre littérature de spécialité : Les leaders dans la dynamique des groupes (Bucarest, 1977), Les groupes d’adolescents (Bucarest, 1977), Etre élève (Bucarest, 1983), Vivre parmi les humains (Iasi, 1989), La mémoire perdue (Iasi, 1999), L’éducation des adultes (Iasi, 2004), La dynamique du groupe et de l’équipe (Iasi, 2007), La psychologie de la servitude volontaire (Iasi, 2011). Il a travaillé, pendant les dernières années, avec une ténacité à envier, à un ouvrage sur un thème qui tenait à son coeur : Valea Jijiei (“La Vallée de Jijia”), une image peut-être de ses souvenirs d’enfance, cette enfance passée dans cette vallée enchanteresse.

Le professeur Adrian Neculau n’est plus avec nous, mais son esprit y restera toujours. Pourquoi ? Parce qu’il a su s’offrir aux autres. On va toujours ressentir une joie profonde à reconnaître la trace du passage de notre professeur à travers nos vies professionnelles...


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