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Cahiers de Psychologie Politique

Alexandre Dorna
Faut-il avoir peur de l’homme providentiel ?, Paris, Editions Bréal, 2012, 176 pages

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Disons-le d’emblée : Alexandre Dorna récidive sur un sujet et une problématique qui l’habite depuis ses premières recherches en psychologie politique : le leader charismatique et le discours populiste. Au moins deux de ses ouvrages, au-delà des études et des articles dédiés aux mêmes problèmes, Leader charismatique (Paris : Desclées de Brouwer, 1998) et Le populisme (Paris : PUF, 1999) sont un argument en faveur de notre affirmation. Mais, à notre avis, une récidive est une garantie en deux sens : d’une part une garantie de fidélité (les constantes dans nos préoccupations scientifiques sont une bonne raison pour l’actualité d’un sujet et pour son attraction), d’autre part, une garantie de compétence (une nouvelle approche sur un sujet quelconque est une bonne raison pour un large fondement cognitif de la réflexion et des résolutions proposées et, de plus, pour entrevoir de nouvelles relations essentielles du sujet).

Le titre de notre discussion critique est une interrogation kantienne : « Pourquoi faut-il avoir peur du leader providentiel ? ». Kant ne s’interroge pas si la connaissance est possible (parce que l’expérience de l’humanité lui dit qu’elle est possible !) mais comment elle est possible. Par conséquent, en cette compagnie admirable (nos excuses, le maître !), nous nous interrogeons pourquoi faut-il avoir peur du leader providentiel, parce que nous avons la conviction qu’il est bien d’avoir peur de ce type de leader (au moins certains moments de l’histoire humaine nous confirment cette croyance).

Sommes-nous en pleine ascension du populisme qui a, grâce à la crise actuelle de la société humaine, la voie large ouverte pour s’installer comme une forme de discours pouvant remplacer la démocratie qui a fait la preuve de son incapacité ? Le populisme a-t-il été une permanence de l’histoire du monde avec lequel le peuple a coexisté sans conséquences néfastes pour le destin de la société ou de l’individu ? Pouvons-nous considérer Périclès, César ou Napoléon comme populistes grâce à leurs références au peuple ?

A ces questions et, également, aux questions qui en dérivent essaie à répondre l’ouvrage d’Alexandre Dorna que nous présentons ici. La question originaire : Quelles sont-elles les causes qui peuvent générer l’apparition du populisme à notre époque ? Alexandre Dorna nous propose une petite liste de ces causes. La première : les syncopes de la démocratie. La démocratie reste jusqu’à présent la meilleure forme d’organiser la société humaine qui a dévoilé ses conséquences favorables pour la société et, également, pour l’individu. Mais, toute fissure dans le fonctionnement de la démocratie est immédiatement spéculée par ceux qui ont une tendance autoritaire. Un exemple : le populisme. Voilà quelques phénomènes qui mettent en relief certaines tares de la politique démocratique contemporaine : les blocages de l’économie libérale (les chutes des certaines banques, l’absence d’emplois qui a généré un chômage accentué, les difficultés des monnaies nationales ou transnationales : dollars, euros), la crise des valeurs dans la démocratie contemporaine (le sentiment d’insécurité sociale, les grandes inégalités de chances, la différence de statut entre certains groupes sociaux ou professionnels), la distorsion des relations sociales de groupe (le sentiment de solitude, l’incapacité d’une ouverture par rapport à l’autrui, le sentiment d’une lutte sans cesse pour l’existence). Dorna nous le dit directement :

“... si le populisme se retrouve en pleine ascension, c’est en relation directe avec le déclin de l’idée des pratiques démocratiques” (Dorna, 2012 : 17).

La deuxième : l’affaiblissement du sentiment identitaire et national. Si la démocratie peut être associée à une cause d’ordre général (qui peut produire plusieurs autres phénomènes, au-delà du populisme), la perte du sentiment d’identité (communautaire ou nationale) est plus directement liée à la nature et à l’essence du populisme. Dans un monde comme celui d’aujourd’hui, l’impératif du dépassement des frontières nationales est ressenti de plus en plus comme un attaque inacceptable à la dignité des membres des communautés (et certaines inhabiletés des institutions ont évidemment contribué à ce sentiment de frustration). Il y a, certes, une insatisfaction individuelle et de groupe au moins en ce qui concerne certaines décisions des institutions transnationales et cette insatisfaction peut être spéculée par un populisme en phase primaire pour s’agrandir en permanence.

La troisième : le machiavélisme de la vie politique de nos jours. Certes, le machiavélisme reste une constante de la vie politique, même s’il est difficile de le reconnaître. Mais, nous avertit Dorna, il semble que notre vie politique d’aujourd’hui a dépassé la limite de la possibilité à supporter au niveau national et international. Le Conseil de l’Europe (et d’autres institutions similaires) a-t-il une préoccupation visible (un euphémisme) pour les idéaux culturaux ou des valeurs des communautés où c’est l’intérêt est qui détermine impérativement les décisions affectant quelques cent millions d’habitants ? Dorna nous attire l’attention que ce machiavélisme a des conséquences au moins discutables : la décomposition de la vie démocratique, l’apparition des leaders populistes avec des idées parfois tout à fait bizarres, le retrait des élites intellectuelles dans une “conspiration du silence”, la présence des discours politiques qui “rallument la flamme nationale et populaire” en défaveur de ceux de la pratique démocratique libérale.

La quatrième : l’assomption des états psychiques d’une grande tension affective : l’attente sans espoir, le désespoir, l’incertitude, l’angoisse et d’autres états comme tels. Il faut reconnaître que l’individu vit les moments graves de sa vie sous haute tension psychique : le chômage, les maladies, la solitude, l’indifférence de la société ou de la communauté. En ces conditions, il a plus facilement la disponibilité de passer à l’acte d’assurer une conception politique sans une analyse critique en détail. Toutes ces frustrations communes des individus constituent, psychologiquement parlant, la source d’une colère collective contraire à ce qui est, pour mettre la dynamite au “statuquo” social et pour les remplacer avec l’autrui ! Écoutons Dorna :

“L’attente, ajoutons-le, se montre comme une attention en suspension dans le processus de transfert au réel d’un idéal collectif qui inspire le mouvement des peuples et s’avère repris par le charisme des leaders pour accélérer le processus de changement dont l’un des leviers est le populisme” (Dorna, 2012 : 27).

Alexandre Dorna souligne avec toute la pertinence un fait intéressant qui concerne non seulement le populisme, mais aussi beaucoup d’autres concepts d’une circulation courante : ils sont entrés dans le fonds commun des disciplines et, pas mal de fois, sont compris au sens commun :

“Tout le monde croit savoir ce qu’est le populisme, mais rares sont ceux qui se risquent à en donner une définition, au point que certains spécialistes, et non les moindres, ont renoncé à le faire” (Dorna, 2012 : 30).

Il est vrai que, au moins du point de vue étymologique, le populisme envoie à l’idée du peuple, mais chacun de ceux qui utilisent ce dernier concept le comprend tout à fait différemment. Quelques envisagements du populisme sont symptomatiques pour l’idée comme telle et sont, par conséquent, analysés par Dorna : le populisme russe, le populisme américain, le populisme latino-américain, le populisme à la française. Qu’est-ce que ces envisagements ont-ils en commun ? Comme nous l’avons déjà dit : l’idée de peuple. Qu’est-ce qu’ils ont comme différence ? La modalité de compréhension et d’assomption de l’idée en cause dans leurs propositions idéologiques. Pour le populisme russe, le peuple est dominé de cette “âme religieuse” tout à fait spécifique, qui a lui réservé un destin et une mission spéciales (politiques, religieux, culturelles, historiques). Le populisme russe ne peut pas avoir une expression locale, limitée, mais, de manière impérative, une expression planétaire. Toutes les idéologies révolutionnaires populistes se fondent sur cette idée hors de toute discussion. Le populisme américain n’a pas la possibilité de se fonder sur une tradition et une âme communes parce que ces deux traits n’existent pas : le peuple américain est constitué relativement tard par l’apport des immigrants. Alors, qui est le lien de l’unité du peuple ? Le mythe fondateur de l’Amérique, nous répond Dorna : l’égalité des chances pour tous grâce au travail de chacun des membres de la société. Au nom de ce mythe fondateur se déroule toutes les formes du populisme américain. Le populisme latino-américain bien qu’il ne soit pas unitaire, bien qu’il prenne des formes spécifiques d’un pays à l’autre, bien qu’il soit d’une “géométrie variable”, reste, comme nous dit Dorna, une attraction très puissante pour les chercheurs (peut-être même pour ces traits !). Pour lui, le peuple est l’objet d’une éducation active et permanente qui vise le dépassement de l’état de pauvreté actuelle à l’aide des leaders charismatiques. Rien n’est pas possible ‒ à cet espace de la vie politique ‒ en dehors de l’action d’un leader charismatique qui s’impose et occupe le poste de pouvoir. La conséquence ? La présence de nombreux leaders à la tête de la lutte populaire ou de l’Etat. Nulle part nous ne trouvons une telle agglomération de tels leaders comme dans l’Amérique latine ! Enfin, le populisme à la française est d’origine révolutionnaire. L’idée de peuple est, dans la France, depuis plus de trois cents ans, dans la rue : l’action révolutionnaire pour montrer le caractère souverain du peuple qui, jusqu’à la fin, prend la décision. Le peuple, dans cette acception, n’est mis en ensemble ni par l’âme spécifique, ni par les mythes fondateurs, ni par l’intention louable des leaders charismatiques, mais par l’action commune : ce qui fait la rue fait la France ! Quelques envisagements : le populisme révolutionnaire (Napoléon Bonaparte), le populisme de l’Empire (Napoléon III), le populisme romantique (le général Boulanger), le populisme républicain (De Gaulle), le corporatisme populiste (Poujade), le lepénisme (Le Pen).

Une belle métaphore explicative, empruntée à Baltasar Gracián, qui met en comparaison les avatars historiques du populisme avec les passages des comètes traversant de temps en temps notre espace politique et laissant une trace des “particules complexes” qui disent quelque chose sur le tout et sur leur fondement sur lesquelles il est possible de reconstituer l’explication du tout, annonce quelques traits du populisme : c’est un “processus de masses” qui fait appel au peuple par l’intermédiaire d’un leader charismatique ; le leader populiste a un style fondé sur une force de séduction et une attitude toujours positives notamment dans les moments difficiles ; le leader charismatique a un discours imprégné d’une rhétorique qui essaie à dépasser la démagogie ; le fondement de l’unité (“le ciment”) du populisme est plutôt d’ordre psychologique ; le leader charismatique fait appel à tout peuple, mais il vise particulièrement la composante la plus pauvre et tombée en misère ; le populisme est toujours associé à une situation de crise des valeurs et du système ; le populisme est vu comme une sorte de révolte fondée sur trois composantes d’ordre psychologique : la déception, la frustration et l’attente ; le leader populiste est une présence qui se singularise par rapport à d’autres grâce à ses habiletés de construire une communauté émotionnelle qui le poursuit (Dorna, 2012 : 63-66).

Tout populisme est impossible d’imaginer en dehors de l’idée du leader charismatique. Par conséquent, la suite normale de l’investigation de Dorna est l’assomption de la notion du charisme. Qu’est-ce que le charisme ? Pour répondre, Dorna fait appel à l’autorité de Max Weber, qui a défini le charisme de la façon ci-dessous :

“Le charisme est en principe une puissance qui se situe hors de l’ordinaire et pour cette raison hors du circuit économique” (Dorna, 2012 : 73).

A la suite de la conception wébérienne, l’auteur de cette analyse met en évidence quelques aspects essentiels du charisme : il relève impérativement au moins deux choses : l’autorité et le pouvoir ; il présuppose une grande énergie de la mémoire collective générée par une longue souffrance et une longue attente des masses ; il assume une “réaction d’adhésion archétypique” grâce à cette mémoire collective ; il est le porteur d’une image exceptionnelle qui le favorise en avant de ses actes ; il trouve sa source éternelle dans lui-même : dans les actes presque inimaginables pour tous et dans la croyance indubitable des autres qu’il va réussir à nouveau (Dorna, 2012 : 73-77).

Par conséquent, l’homme charismatique, pour être reconnu comme tel, doit incarner les traits du concept ci-dessus. Quels en sont ces traits ? Dorna nous fait une liste par rapport aux travaux universitaires : le chef charismatique doit être une “présence” séduisante et émotionnelle ; la vision propre du chef charismatique est systémique, puissante et alternative à ce qui est ; le chef charismatique apporte à soi-même une adhésion passionnante d’une “majorité transversale” qui se fonde sur une résonance de ceux qui le poursuivent ; il a une sensibilité plus vivante aux douleurs, aux sentiments et aux réactions des masses ; le chef charismatique peut enthousiasmer rapidement et facilement les foules (sa spécialité !) d’où sa capacité persuasive et son charme (Dorna, 2012 : 78-79).

Dorna veut partager avec son lecteur un thème incitant et un sujet sensible grâce au fait qu’il est difficile de systématiser de façon à obtenir le consensus des connaisseurs : les formes du charisme. La première forme : le charisme messianique. Le prototype de cette forme est le prophète. Sous des noms différents (Moïse, Bouddha, Jésus, etc.), le prophète a une influence vraiment “mystique” sur les foules grâce à sa capacité de prévoir des événements cruciaux pour le destin de l’homme et de les annoncer d’une façon devant être découverte de sa parole (souvent d’une façon énigmatique et cachée : allégorie, paraboles). La deuxième forme : le charisme césarien. Le modèle est, évidemment, César et la signification dégagée est celle du vainqueur (bien que sa mort est du vaincu !). Comme tous les vainqueurs véritables, il oscille en permanence entre les vertus et les limités : prodigue et rapace, libéral et tyran, sage et stupide, toutes les appréciations contradictoires appartiennent au charisme césarien et à César lui-même. La troisième forme : le charisme autoritaire. Est-ce un charisme de la peur ? En tout cas, il est associé à deux noms qui ont inspiré aux peuples entiers un grand peur : Hitler et Staline. Dorna l’appelle un “charisme d’Etat” parce qu’il ne peut être expliqué, dans son apparition et dans sa durabilité, qu’à l’aide d’un grand appareil de répression de l’Etat (institutions, hiérarchies, relations, lois). La conséquence immédiate de ce fait est l’identification du pouvoir avec le leader d’une façon “absolue et pathologique”. La quatrième forme : le charisme populaire. Le leader de ce type est reconnu comme le “sauveur” des foules dans les moments de mouvement spontané. Dorna lui accorde le rôle de “grand frère proche” qui apparaît juste quand il est absolument nécessaire pour résoudre, par la force et par l’intelligence, un moment dramatique de la vie des masses. Il est simple (mais peut-être compliqué), il est ouvert (bien qu’il puisse paraître retenu), il est clair (même s’il n’est pas toujours compris par tous), il a un discours flamboyant (bien que, à la première vue, paraisse ne pas avoir les ressources). La cinquième forme : le charisme républicain. Cette forme est représentée par les leaders qui sont à l’origine des courants d’opinion dans le cadre existant de la démocratie républicaine. L’exemple typique : Léon Gambetta. Le bien commun à l’intérieur d’une vie humaine démocratique est l’idéal de ces leaders. Dorna concrétise cette conception par les mots de Gambetta : « Ce qui constitue la vraie démocratie, ce n’est pas de reconnaître les égaux, c’est d’en faire ». Enfin, la sixième forme : le charisme négatif. Une surprise sans doute : nous savions que le charisme est quelque chose positive (à l’exception, peut-être, du charisme autoritaire). A partir d’une discussion sur l’exemple d’Antoine Pinay (combien de gens savent-ils aujourd’hui les bienfaits de cet homme ?), ce type de charisme incarne, pour ainsi dire, “l’homme sans qualités” mais qui, en vertu d’un contexte favorable, peut accomplir le rôle de leader.

Une analyse des leaders charismatiques réclame, nécessairement, une autre, à savoir celle de leur instrument d’action discursive : le discours charismatique. Une question peut être mise en ce qui concerne le discours politique contemporain : Qui est l’auteur d’un tel discours, celui qui le fait ou celui qui le dit ? La question est plus que légitime aujourd’hui, comme nous assure Alexandre Dorna, parce qu’il est facile d’observer que les hommes politiques sont toujours accompagnés des groupes d’experts dans tous les domaines : doctrines politiques, institutions politiques, communication politique, techniques de persuasion et de séduction et d’autres choses comme telles. Une image tout à fait déplorable de l’homme qui ne peut pas faire seul ce que tous les autres font ! Mais, quel que soit l’auteur, le discours politique retient quelques caractéristiques : la présence des mécanismes de la persuasion sociale ; le but bien déterminé d’attirer les récepteurs à travers les idées ; l’enjeu de la persuasion est bien défini ; l’assomption des modèles stratégiques d’action discursive ; la situation d’interlocution a une influence déterminante sur l’ordre des stratégies persuasives ; l’identification d’une logique du vraisemblable qui organise le discours et non pas d’une logique du vrai ; la préoccupation des formes discursives par l’Histoire et la culture des communautés (Dorna, 2012 : 96-97).

Si le discours politique assume ces vertus constructives, alors il peut accomplir des fonctions importantes : la fonction idéologique structurante (qui assure la cohésion sociale), la fonction décisionnelle (qui assure le fondement des décisions politiques), la fonction pédagogique (qui assure l’éducation politiques des gens), la fonction thérapeutique (qui assure la possibilité de dépasser les états psychiques pressants), la fonction rhétorique (qui assure l’influence sur l’auditoire et la possibilité d’actionner), la fonction de propagande (qui assure la diffusion des idées politiques dans les masses pour changer l’opinion publique), la fonction identificatoire (qui assure la possibilité d’identifier les représentations d’une culture et d’une civilisation), la fonction prospective (qui assure le cadre de l’anticipation des formes futures de la société) (Dorna, 2012 :100-102).

Une espèce importante du discours politique reste le discours populiste. Le discours populiste s’inscrit dans la sphère des exigences du populisme dont nous avons parlé, en analysant les propositions de Dorna. Certes, le discours populiste a, de plus, certains traits qui résultent de son ascendance discursive et non pas doctrinaire (comme c’est le cas du populisme). L’accent du discours populiste est mis sur les formes d’expression des idées et non pas sur l’architecture logique des arguments. Pourquoi ? Parce que l’influence sur les foules est presque spontanée par l’intermédiaire des mécanismes expressifs, tandis qu’elle est tout à fait le résultat d’une réflexion plus prolongée dans le cadre des mécanismes d’ordre logique. C’est le motif pour lequel Dorna risque de dire que le discours populiste se limite à une péroraison, ce qui représentait la fin apothéotique du discours oratoire dans les traités classiques de rhétorique. Le discours populiste profite pleinement de ce “lourd pouvoir des mots” qu’il utilise, si l’orateur a des qualités nécessaires, d’une façon éclatante.

Alexandre Dorna propose une “grille de lecture” à l’aide de laquelle il lit quelques discours populistes émanés de leurs leaders charismatiques : Le Pen, Loukachenko, Chávez, Marcos. Il est très intéressant pour le lecteur de découvrir des marques de la spécificité nationale, culturelle, de voisinage, mais qui sont mises à servir le fil de la continuité de la conception populiste : la valorisation maximale des ressources de l’idée du peuple.

A la question “Faut-il avoir peur du populisme ?”, annoncée même dans le titre de son intéressant et attractif ouvrage, l’auteur que nous poursuivons ne répond pas directement et explicitement. Il nous laisse comprendre à travers la découverte de ses réflexions incitantes. Probablement, il faut avoir peur du populiste tout comme nous avons peur de tout ce qui est en excès, de tout ce qui est exagéré. D’autre part, si nous avons peur du populisme, cela n’est pas nécessairement un mal, mais, au contraire, peut être une chose avec des conséquences tout à fait favorables : une préoccupation constante pour prévenir l’excès et pour conserver les atouts de la démocratie. En tout cas, le populisme, sous la forme du néo-populisme contemporain, est une réalité de la vie politique de nos jours qui doit être traitée comme telle : connue, analysée, prévue dans ses conséquences présentes et futures pour pouvoir les dominer et les orienter au sens du bien public.

L’ouvrage d’Alexandre Dorna est une lecture captivante pour ceux intéressés de ces phénomènes de la vie politique mais non seulement. Le lecteur devrait remercier l’auteur ! Comment ? De la manière la plus simple qui pourrait satisfaire tout auteur : la lecture.


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