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Cahiers de Psychologie Politique

Jacqueline Barus-Michel favorise des points de vue épistémologiques divers : théoriques et méthodologiques, pour comprendre le sens des expériences sociales du sujet. Dans cette perspective, elle envisage le psychique et le social continuellement dans leur interdépendance. Elle s'inscrit dans un courant clinique d'inspiration psychosociale, avec un souci d'interdisciplinarité, par une prise en compte de diverses dimensions : politique, anthropologique, etc.

Je crois pouvoir dire que sa position sur le politique est celle d’un psychologue dont le corpus théorique est une décantation de la psychologie sociale, de la psychanalyse et de l’anthropologie socioculturelle. Où le faire ensemble c’est faire avec les autres, dans le cadre de la légitimité du pouvoir. Il y a là les diverses finalités du pourquoi on fait, et au nom de quoi ; la diversité des objectifs, pour obtenir quelque chose. Et enfin le souci de la souffrance avec le risque de ne pas lui donner du sens  

Le sujet collectif permet une action plus intense qui converge sur les objectifs assignes. Le collectif fait de l’ensemble un acte de partage.

Les temps morts, disait-elle dans une conférence, (par exemple les bavardages) sont des temps vivants : on se dit des choses, que parler véhicule de l’affect ou pas.

Dans ces travaux sur la psychologie et la politique Jacqueline Barus-Michel n’a jamais renoncé à sa matrice théorique et à l’analyse de pratique : voir ce qui se passe, y compris les questions personnelles.

Les Cahiers de psychologie politique : réunions et collaborations

Pendant plusieurs années Jacqueline Barus-Michel a collaboré aux Cahiers de psychologie politique. Nous avions l’habitude de réunir le Comité de rédaction près de la gare St- Lazare chez B. Matalon. Sa présence, sa grâce et sa sympathie lui facilitaient la transmission des connaissances sans jamais se prendre trop au sérieux. Une manière de concilier avec le sourire le paradoxe de l’intelligence de l’esprit et de l’intelligence du cœur sans abandonner l’une à l’autre aux embrouilles si courantes dans le milieu universitaire. Elle nous a permis de nouer des contacts et obtenu la collaboration d’autres chercheurs, par ex. Vincent de Gaulejac, Florance Giust-Desprairies, et bien d’autres. Et un jour nous a quittés pour diriger la Revue internationale de psychologie sociale, afin de ne pas avoir un conflit d’intérêt.

C’est dans ce climat de tolérance que Jacqueline Barus-Michel nous a exposé à plusieurs reprises ses opinions et proposé des textes à publier, même après son départ.

Elle était constamment sur la brèche.

Rappelons que l’approche de Jacqueline Barus-Michel est plurielle, même si le cadre qui forme le triptyque de son œuvre de Barus-Michel peut se réduire ainsi : les crises, la politique et... le paradoxe.

Voilà les thèmes que nous ont réunis autour des Cahiers de psychologie politique.

Maintenant un rapide inventaire de ses contributions qui s’étalent dans les divers numéros des Cahiers de psychologie politique :

- Article : Considérations psycho-politiques sur une actualité de crise : le 11 septembre 2001(numéro 1)http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=1659. Écoutez sa réflexion :

On a pu dire que cet événement traumatique (le 11 Sept.) était lui-même la conséquence d'une dynamique passée plus ou moins inaperçue ou à laquelle une suffisante attention n'avait pas été portée, liée à l'accumulation de frustrations, d'humiliations, d'agressions, ressenties depuis de longues périodes par les partenaires de ce qui aurait pu rester des conflits et des rapports de force où la négociation avait encore son mot à dire, ou qui pouvaient être circonscrits. Mais justement ce n'était pas encore la crise.

- Article : Insécurité sociale et ordre social (numéro 6)http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=1242. Écoutez sa réflexion :

L'insécurité renvoie à celui qui se sent insécurisé (sentiment ou expérience), sa peur d'un danger qui le menace ; renvoie donc aussi à ce ou celui qui insécurise, qui pour être menace est vécu comme violence réelle ou imaginaire.

- Article : L'enjeu épistémologique en sciences humaines sociales, notamment en psychologie et en sociologie(numéro 10)http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=913. Écoutez son point de vue :

Si les sciences humaines sociales ne sont pas positivistes, à l'imitation des sciences dures, si elles relèvent le défi de la "mollesse", le problème essentiel sera celui de la substitution de l'épreuve à la preuve »
Notons la signification d'un tel essentiel : L’épreuve, comme la qualité d'une personne ou d'une chose, est susceptible d'établir la valeur de conférer une dignité à cette qualité. La preuve comme un fait témoin susceptible d'établir de manière irréfutable la vérité ou la réalité de quelque chose.

- Article : La politique entre les pulsions et la loi(numéro 11)http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=687. Écoutez l’analyse :

Partant de l’affirmation d’Aristote selon laquelle l’homme serait un animal politique c’est le lien paradoxal qui lui fait nécessairement rechercher la coopération de ses semblables , organiser des solidarités , tout en réagissant agressivement a toute dissemblance réelle ou imaginaire

- Article : Les multiples visages des crises(numéro 14)
http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=299. Écoutez sa synthèse :

Les crises, en termes de souffrance, rebondissent sur les personnes de plus en plus réduites à la condition de consommateurs, en proie aux paradoxes de la société (hypermoderne) et à l'effacement des repères (genre, génération), étourdies par la surenchère de l'image. Aussi les individus se réfugient-ils dans les artifices du narcissisme, les conduites additives, agressives, ou succombent à la dépression. Certes, les pathologies ont toujours existé, mais, aujourd’hui, les limites semblent dépassées ; et la raison a du mal à maîtriser les débordements de l’émotion.

- Article : Hypothèses sur les processus de la conversion (numéro 15)
http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=762. Écoutez bien :

La conversion suppose un changement radical d'orientation psychologique (intellectuel, émotionnel, affectif et comportemental) selon les étapes que nécessite ce passage d'un état mental à un autre. Elle suppose aussi l'adhésion à un nouvel objet constitué par un ensemble de représentations ou d'idées, contrastant avec les références habituelles ou une absence de conviction. "Retourner sa veste", changer d'idées ne constitue pas une conversion, même si cela veut en donner les apparences.

- Article : Un inconscient qui serait politique(numéro 18)
http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=1783. Écoutez encore :

Du côté lacanien il est dit " l'inconscient c'est le politique", qu'il faut entendre comme la souffrance du sujet pris dans le symptôme social, la censure du pouvoir qui empêche de dire, entrave le désir et la poussée profonde à la justice, à la légitimité, à la révolte, inhérents au rapport à l'autre. "L'inconscient c'est le signifiant-maître supposé" (J-A Miller) un pouvoir qui fait taire.

- Article : La psycho-socio-politique : le pouvoir et la puissance - Dossier : La psychologie politique(numéro 24)
http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=2677. Écoutez enfin :

« Le politique est un champ privilégié pour saisir l'interdépendance complexe entre le psychique et le social, entre le fantasme et l'acte, entre l'imaginaire et la réalité. On y voit comment le politique et encore plus par les jeux de la politique qui trébuchent dans la pathologie ».

Voilà donc quelques contributions de Jacqueline Barus-Michel, cette grande dame de la psychologie sociale clinique, qui sont l’incarnation de notre projet commun : comprendre les phénomènes psychosociologiques de l’existence humaine et de la société.


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