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Cahiers de Psychologie Politique

Dans la bonne tradition pamphlétaire, Noel Mamère et Patrick Farbiaz ont fabriqué un opuscule à la romaine. L’ouvrage est une critique saignante de l’élite qui nous gouverne.

La charge contre Valls et ses acolites est documentée et consistante, parfois féroce. Valls représente le conservatisme de gauche, la face cachée du social-réformisme libéral et les germes d’un bonapartisme qui hante la gauche.

Les coups de menton à la Mussolini sont révélateurs. Ce sont les tics d’un apparatchik avisé ou d'un chef autoritaire en puissance. C’est pourquoi le modèle de Valls n’est pas le bonapartisme, mais un autoritarisme de gauche qui se construit sur une représentation des fonctions régaliennes de l’État. Brutales s’il le faut. Car l’ordre est l’un de concepts-clés du Premier ministre. Ce qui qui lui permet de citer les valeurs occidentales, Clemenceau et la République. C’est un néo-parti d’ordre et une identité nouvelle de la laïcité extrême. Ce sont des « marchands de peur » signalent les auteurs en épinglant la « bande à Bauer » et les apparatchiks sans état d’âme : Luc Carvounas, Carlos da Silva et des idéologues tels Zaki Laidi, le journaliste Philippe Val ou Caroline Fourest (p .30 et 31). Voilà un parti sans militants.

Selon les auteurs, la logique qui domine cette bande gouvernementale : la criminalisation des mouvements sociaux, la militarisation de l’espace public et le phantasme répressif et sécuritaire. Tout cela concentré avec les « lois antiterroristes » qui rappellent les vielles « lois scélérates » ; l’État d’exception permanent facilitant l’arbitraire et l’ambiguïté démocratique.

Ainsi, à l’image du modèle néoconservateur de l'ultra-droite nord-américaine, il trouve des émules dans la droite social-libérale. C’est l’idéologie de l’homme occidental mis en danger par les hordes d’immigrés ; logique qui s’inscrit dans « le clash de civilisation » de S. Huntington. En somme : l’idéologie des républicains américains, dont I. Kristol - et bien d’autres - issus du trotskisme des années 50 et mis ensuite en lumière par Bush et Reagan.

Ce sont l’anticommunisme et l’ultra-nationalisme américain qui sont la sauce idéologique du libéralisme de Reagan et des Bush (père et fils) qui, en défendant les valeurs de l’Occident en ont tiré des principes qui sont aujourd’hui appréciés par les néoconservateurs de gauche : 1) Les responsables de la crise et des inégalités sont les individus, 2) L’état doit réduire l’assistance aux plus pauvres 3) Il n’existe pas une solution à tous les problèmes. C’est la philosophie sous-jacente à la loi travail proposée par Valls-El Khomri. La guerre des civilisations sert de justification inconsciente à toutes les mesures répressives et aux postures gouvernementales. C’est le bien contre le mal. L’attitude est binaire : pour ou contre. Valls, en tant que figure d’autorité, demande à toute la gauche d’être pour ou contre lui. C’est le libéralisme social qui s’installe de manière autoritaire lorsqu’il dit « j’aime l’entreprise ».

L’argumentation des auteurs est solide et les exemples sont nombreux. Valls serait donc l’écho brutal du cynisme de Hollande. La toile d’araignée qui enserre les militants socialistes pour les empêcher de parler. Enfin, les auteurs affirment que, « avant d’être une idéologie, le « vallsisme » serait une méthode éprouvée » : la force ; c’est une méthode qui cherche à provoquer la tension entre la méthode de l’eau tiède de F. Hollande et l'impossibilité d’une ligne forte. Chaque réforme demande d'aller jusqu’au bout et de faire peser le 49.3 avec arrogance et détermination, malgré la politique de dialogue social. Comme hier Mme Thatcher, il s’agit d'humilier les gêneurs.

Ainsi M. Valls utilise les mots de la gauche pour leur donner un contenu de droite. C’est l’art de la langue du IIIe Reich décrite par Viktor Klemperer. D’autres techniques sont évoquées : la maîtrise de l’agenda, la transgression ; la culpabilisation ; le recadrage permanent…

Hollande et Valls, nous disent les auteurs ; ont fait perdre son âme au parti socialiste, en renouant avec les tristes heures de la social-démocratie, avec les guerres d’intervention auxquelles s’ajoutent le combat contre le terrorisme et les mesures de déchéance de la nationalité.

Le problème de l’Islam prend la laïcité en otage. Cette discussion de chiffonnier laisse l’essentiel en dehors du débat quand on parle de la guerre à l'islamo- fascisme. M. Valls exprime la mort du parti socialiste et de la terre promise aux travailleurs par des générations d’idéologues et de dirigeants.

Valls est le destructeur de la gauche au nom d’un patriotisme de conjoncture avec une « guerre des mots », avec des petites phases prépares par les agences de communication.et le trio Valls-Fouks-Bauer.

L’accusation probablement la plus grave que les auteurs adressent à Valls et à ses partisans est celle non de restaurer l’autorité de la République, mais ses fonction régaliennes : l’État, la police, l’armée et de faire de la démocratie un fétiche et un slogan politique simpliste où l’espace public se réduit inexorablement. Certainement, ce désastre de la gauche vient de loin. Valls n’est pas un dictateur en puissance et de pacotille entouré de professionnels de la politique qui ne pensent pas le monde qui vient. Pire encore, gouverner sans les classes populaires avec un atlantisme d’une autre époque et un eurocentrisme décourageant, et avec des élites qui croient qu’il faut faire le bonheur du peuple sans lui.

Le néoconservatisme de gauche ne propose pas un idéal ni un projet collectif. Sauf une attitude défensive et défaitiste. Rassembler n’est pas dans le code de M. Valls, il aime trop les rapports de force et sa propre image. L’ego est démesuré, et trop aveugle.

Mamère et Farbiaz semblent pressentir, sans le dire directement, que l’après-Valls est en marche avec Macron. Or le trop plein des mensonges politiques semble fermenter un temps de colères populaires et l’expression d’une attente presque désespérée.


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