Le fantasme de la maîtrise en management politique à l’épreuve de l’intelligence artificielle
Fouad BENBOUAZZA est chercheur en philosophie, en sciences sociales et humaines (Laboratoire : Homme et Espace dans le monde Méditerranéen). Université Mohammed V Rabat. Ses domaines de recherche portent sur le numérique, le sport et le développement durable
Dernière publication : Benbouazza, F. & Naciri, S. (2024), La performance au service de la motivation sportive : Étude de cas de l’Effet Qatar sur la psychologie du footballeur africain, African Scientific Journal, 3(26), 1456-1477.
Introduction
Le management, dans toutes ses dimensions, traverse une étape révolutionnaire à cause de la prééminence du numérique dans toutes les sphères de la vie humaine. En effet, le potentiel numérique implique un aspect antinomique à la fois source de facilitation et de complication de la vie, cela renvoie à la structure psychique de la maîtrise qui accompagne l’Homme depuis la nuit des temps. L’intelligence artificielle (ci-après l’IA) promet un monde de plus en plus maîtrisé grâce à une accélération sans précédente de la technisation de la vie. Toutefois, ce fantasme psychique se heurte face à un environnement très complexe dans le domaine de management, un management postmoderne impose une réalité de plus en plus imprévisible. Dans ce contexte, le manager dans cette ère est dans un dilemme permanent entre un monde de plus en plus maitrisé grâce au numérique et un monde qui se complexifie davantage.
Dans le sens psychanalytique, Freud évoque le fantasme de la maîtrise comme une défense contre l’angoisse de perte de contrôle. Récemment, le mangement politique perd aussi la boussole de la maîtrise. Du Jeremy Bentham à Michel Foucault le modèle du pouvoir moderne s’est appuyé largement sur le modèle panoptique, celui-ci se métamorphose progressivement à l’ère numérique vers un modèle dit synoptique dans lequel voir sans être vu laisse place plutôt à un espace public dans lequel tous regardent quelques-uns.
Si l’IA a des potentialités énormes au niveau managérial, il n’en demeure pas moins qu’elle limite aussi la créativité humaine et son intelligence puisque la société d’aujourd’hui dite polyoptique est davantage centrée sur l’imitation et la reproduction qui confirme les critiques d’une partie technophobe parmi les spécialistes du numérique. Tout le monde est devenu spectacle de tout le monde, cette société dite polyoptique propage une autre culture qui restructure les deux sociétés précédentes panoptique et synoptique. « Que ce soit le quadrillage policier ou administratif, les lois relatives aux enquêtes de population, et notamment les recensements, les sondages ou les lois d’orientation, la constatation du contrôle social et de la maîtrise des populations, des révolutions, de la gestion généralisée, des prévisions, etc., est évidente et banale ». (1982).
Dans cette veine, Stuart Russell, définit l’IA comme « l’étude des méthodes permettant aux ordinateurs de se comporter intelligemment ». Pour lui, l’IA englobe des tâches telles que l’apprentissage, le raisonnement, la planification, la perception, la compréhension du langage et la robotique. « L’IA est donc un terme plus générique qu’il n’y paraît : en fait un imaginaire collectif sur lequel nous projetons nos espoirs et nos peurs. Les technologies de l’IA comprennent, entre autres, le machine learning, la vision par ordinateur, la robotique intelligente, la biométrie, l’intelligence d’essaimage, les agents virtuels, la génération de langage naturel, et la technologie sémantique. Ces technologies ne sont bien sûr pas exclusives les unes des autres ». (2018, 106).
La technique existe toujours et elle s’évolue en parallèle avec l’évolution humaine, toutefois, son ampleur sur l’être ne cesse de s’accroitre, Heidegger a mis l’accent sur cette emprise de la technique et l’assujettissement de l’être à son pouvoir. Que l’on veuille ou non, la société humaine actuelle accentue le pouvoir du numérique et de la technique et au sens managérial l’imprévisible et le contingent. En effet, cette ère se caractérise par l’excès informationnel qui bouleverse la manière dont les humains font les choses, le mangement dit postmoderne dans toutes ses dimensions connait aujourd’hui et à l’avenir des révolutions inédites puisque l’IA ne se considère plus un rêve ou un fantasme humain mais bel et bien une réalité qui ne cesse de s’affirmer dans tous les domaines. Le management politique, à cet égard, qui reposait sur la hiérarchisation des rapports entre l’Etat et les gouvernés se retrouve de plus en plus face à un système complexe d’interactions qui s’horizontalise davantage. Deux approches nous servent dans ce contexte, une approche psychopolitique qui analyse le rapport gouvernants/gouvernés à partir d’une nouvelle matrice des rapports dans lesquels les machines instruisent l’espace public et une approche clinique d’inspiration psychanalytique qui nous sert à analyser le fantasme de la maîtrise inévitablement inhérent à la psyché humaine.
1. Le fantasme de la maîtrise en clinique : apports théoriques
En clinique, le fantasme est l’un des concepts emblématiques dans le mouvement psychanalytique depuis Freud. Au-delà d’une prétention rationnelle et consciente de l’humain, celui-ci vit aussi dans les obscurités de l’irrationnelle, de l’imagination et des fantasmes. En effet, sur la base des travaux de Freud et de tout le mouvement postfreudien, l’inconscient abrite en lui des mystères toujours à découvrir !
L’être humain est un être de contrôle, il voudrait contrôler la nature, ses semblables, les structures, la maladie, etc., voire même la mort selon certains qui préfigurent un avenir dans lequel l’humain pourrait vaincre la mort.
Contrôler tout, c’est un fantasme très ancien, il renvoie essentiellement aux insécurités humaines face à l’inconnu. Dans cette veine, le numérique ouvre toutes les portes possibles de l’impossible. D’une manière antinomique, c’est l’IA qui prend de plus en plus le contrôle sur notre vie !
« Dans le fantasme, le sujet est fréquemment inaperçu, mais il y est toujours, que ce soit dans le rêve, dans la rêverie, dans n’importe quelle des formes plus ou moins développées. Le sujet se situe lui-même comme déterminé par le fantasme. » (1990). Jean Clavreul souligne aussi «qu’il est bien certain qu’il n’y a aucune psychanalyse possible sans théorie sur le fantasme [théorie de la fenêtre] , ni sans l’idée que le fantasme, notamment à la faveur d’une analyse, puisse être remanié ( 2011, 195). ».
La superstition, les religions, les croyances, la science, etc., le recours à ces différentes manœuvres s’expliquent par le souci éternel de la maîtrise de l’environnement chez l’être humain, un être de nature fragile et dépendant. Lacan dans ce sens parle de la "prématurité" du bébé comme facteur clé dans le développement du processus d'identification imaginaire avec le stade du miroir qui aboutit à la création d'un ego stable chez l'individu. De même chez Freud dans "Inhibition, symptôme et angoisse", il a mis le doigt sur le facteur biologique qui renvoie à une longue période pendant laquelle les jeunes de l'espèce humaine sont dans un état d'impuissance. Le fantasme de la toute-puissance infantile renvoie à une fragilité psychique inconsciente qui se manifeste par la peur de l’échec, l’angoisse de séparation, l’angoisse de la mort, de morcellement, etc.
« Le fantasme se présente sous des modalités diverses : fantasmes conscients ou rêves diurnes, fantasmes inconscients tels que l’analyse les découvre comme structures sous-jacentes à un contenu manifeste, fantasmes originaires ». (1981, 211). Le fantasme est vu, en psychanalyse, non pas comme une simple rêverie ou imagination, mais comme une structure psychique fondamentale, qui organise les désirs inconscients du sujet. Le fantasme in fine organise les différents rapports du sujet avec son environnement, sa vie interne, les autres et le monde extérieur. Une mise en scène mentale inconsciente, souvent répétitive, à travers laquelle le sujet met en forme son désir, les scénarios mentaux profonds et structurants, qui orientent nos choix, nos relations, nos peurs, etc., que représente le fantasme sont une structure psychique inhérente qui détermine la psyché humaine consciemment mais aussi d’une manière inconsciente.
D’après Freud, le fantasme rempli une fonction principale qui est la formation de compromis entre un désir inconscient refoulé et les interdits du Surmoi. Le fantasme entre désir et défense, il joue un rôle de médiateur entre la pulsion (le Ça) et les exigences de la réalité. Le désir inconscient de la maîtrise est fondamentalement ancré dans la psyché humaine, il se manifeste généralement dans tous les domaines y compris politique. Toutefois, la réalité exige des limites aux désirs humains sous forme de lois, des mœurs, des coutumes, des contraintes sociales, etc., la plupart du temps, le recours aux nouvelles technologies par les régimes politiques renvoie à ce désir de contrôle, certains chefs politiques obsédés par le pouvoir n’acceptent aucune critique à leurs égards, le fantasme de contrôle dans ce sens joue le rôle de défense contre l’angoisse de dépendance ou de vulnérabilité d’où la divinisation de certains chefs charismatiques1.
En psychanalyse, le sujet se confronte dès le début de sa vie aux principes du plaisir et de la réalité, ce qui en résulte une réalité psychique vulnérable émanant aussi bien de son intérieur que du monde extérieur. Dans cette veine, le fantasme de maîtrise renvoie souvent au désir inconscient de dominer l’angoisse, le chaos ou le manque. Cette angoisse de dépendance ou de vulnérabilité accompagne le sujet de sa naissance jusqu’à sa mort. Freud et plus tard Lacan considèrent que ce fantasme protège contre le "Réel" — ce qui échappe à notre contrôle. Dans le jeu de la bobine, Freud analyse la pulsion de maîtrise chez l’enfant au moment où sa mère est absente, « L’enjeu théorique de cette séquence ludique est d’envergure […] la séquence symbolise, dans la reprise ludique de l’enfant, les mouvements de départ et de retour, les absences abandonniques et les présences incontrôlables de la mère ». (2002).
Depuis sa naissance, la maîtrise de l’environnement est inhérente chez l’être humain. Dans ce sens, Klein s’intéresse beaucoup plus à cette précocité, selon elle, l’angoisse de persécution et fantasmes de contrôle dans les positions schizo-paranoïdes, pour pouvoir survivre face à l’extérieur qui lui est menaçant, l’enfant développe des fantasmes de contrôle pour gérer les menaces perçues comme le contrôle magique de l’objet, c’est-à-dire un fantasme d’avoir un pouvoir absolu sur l’objet persécuteur ou une maîtrise totale des relations d’objet, empêcher l’objet de nuire en l’assujettissant. La manière dont on intériorise les objets d’amour dès l’enfance détermine en quelque sorte la manière de la gestion des menaces ultérieurement, soit en gardant le rapport avec l’objet à l’espoir de combler le manque (la névrose), de le garder pour le nuire (la perversion narcissique), ou bien de s’en détacher (la psychose). Cette vulnérabilité psychique se manifeste soit à travers de tentatives de contrôle interne ou bien externe, le sujet est fondamentalement lié aux trois mondes sources de son malheur selon Freud : le monde interne, les autres et le monde extérieur. Le sujet peut développer un tas de rapports rigides de contrôler : Ses émotions (refus de la faiblesse par exemple dans les sociétés patriarchales l’homme développe une résistance à la thérapie pour éviter comme mécanisme de défense de s’exposer comme vulnérable), ses relations (peur d’être abandonné ou rejeté), le monde extérieur (obsession de la prévisibilité par un contrôle excessif de l’environnement). Dans "Jeu et réalité" Winnicott propose une analyse sur la manière dont l’enfant contrôle son environnement, essentiellement, immédiat avec sa mère. Selon lui, « Ce n’est pas le bébé qui trouve l’objet, c’est l’objet qui est présenté par la mère au moment où le bébé est prêt à le créer. » (1971). Le tableau ci-après présente succinctement les principales conceptions psychanalytiques du fantasme de la maîtrise.
Tableau 1 : Le fantasme de la maîtrise selon Freud, Klein, Winnicott et Lacan
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Fondement théorique |
Structure inévitable |
Environnement |
Développement |
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Freud |
Jeu de la bobine (Freud, 2013) |
Contrôler l’absence et le manque |
Absence de la mère |
Protège contre le "Réel" |
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Klein |
Position schizo-paranoïde |
Défense rigide contre l’angoisse |
Clivé entre absence et présence du sein ! |
Sentiment de Persécution |
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Winnicott |
Mère suffisamment bonne |
L’illusion de maîtrise est un moment de développement sain et transitoire |
Environnement favorable, et qui permet la croissance psychique |
Essentielle au développement d’un self authentique |
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Lacan |
Illusion de maîtrise au stade du miroir (6-18 mois) Fondamentalement illusoire |
Il structure le rapport du sujet au désir, à l'Autre, et à la jouissance |
Incontrôlable |
Il donne au sujet une illusion de cohérence, de pouvoir, de contrôle Angoisse en cas d’échoue du fantasme Protège contre le "Réel" |
Source : l’auteur
Le rapport entre le développement psychologique de l’enfant et le mangement politique est évident pour la psychanalyse dans toutes ses structures fondamentales en l’occurrence les deux topiques freudiennes2. La socialisation de l’enfant passe inévitablement par plusieurs systèmes : identification, intériorisation, imitation, projection, etc., qui déterminent la manière dont il représente ultérieurement la politique en général. Dans ce sens, dès que l’on évoque le sujet du fantasme de la maîtrise en termes politique, il nous est venu à l’esprit subitement l’institution. L’Etat dans son sens westphalien se présente comme une institution suprême, une méta institution qui gère les affaires d’un territoire et d’une population. Les figures paternelles et maternelles sont la pile de la devise politique étatique. En fait, avant même toute politique budgétaire ou monétaire, les nouveaux naissants sont entretenus par leurs parents : sécuriser, nourrir, divertir, informer font rappeler l’Etat incessamment aux fonctions maternelles et paternelles qui structurent en amont la vie sociale. Dans ce sens, le père est le prolongement symbolique du chef de l’État, c’est son représentant au sein de la structure familiale, il y est le garant de la sécurité et de l’ordre. Toute socialisation politique trouve son origine dans l’enfance chez la famille.
Par ailleurs, l’ère de l’imprévisibilité, les médias, les réseaux sociaux, les politiciens, etc., sèment le doute et la peur de l’avenir, ce qui nourrit le sentiment de la vulnérabilité humaine et par là le fantasme de la maîtrise. Ce n’est pas étonnant que notre société actuelle de la performance accentue plutôt les pathologies cliniques à caractère obsessionnel, le perfectionnisme excessif, une rigidité comportementale ou affective symptômes de notre ère de l’excès et le fantasme de sa maîtrise. Le tableau (2) montre le rapport de l’IA et le fantasme de la maîtrise à l’ère du management postmoderne.
Tableau 2 : l’IA et le fantasme de la maîtrise à l’ère du management postmoderne
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Implications |
Moyens |
En termes clinique |
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Contrôle technoscientifique |
Vieillissement, intelligence, corps… |
Scientisme (Puces, ADN…). |
Expérience précoce d’impuissance (maladie, Abandon, humiliation…) En ce sens, il fonctionne comme défense contre l’angoisse de dépendance ou de vulnérabilité humaine |
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Contrôle social |
Caméras partout Outils de mesure de performance, des données…
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Réseaux sociaux Déluge informationnel Société de surveillance totale
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Paranoïa généralisée
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Contrôle politique |
Logiciels Satellites…
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Logiciels IA Contrôle des données Technologies sophistiquées de contrôle Médiocratie Troupeaux numériques … |
Manipulation Fabrication de l’opinion |
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Contrôle de l’avenir |
Etudes futuristes Tout prévoir |
Projection vers l’avenir Analyses des métadonnées Big data |
Peurs, phobies, angoisses (de la mort, de la dépendance…) |
Source : l’auteur
L’IA, en effet, restructure tous les fantasmes humains qui sont enterrés et refoulés, elle réactive le sentiment de la toute-puissance infantile accentuée à l’ère moderne. En effet, cet état est fondamentalement lié au narcissisme originaire qui met l’enfant au centre du monde, l’enfant dit roi ou selon l’expression freudienne sa Majesté le bébé est venu à ce monde dans le contexte moderne non pas pour souffrir d’une éducation autrefois était rigide et oppressive mais pour vivre en dignité. Cette toute-puissance est consubstantiellement associée à la relation primitive mère-bébé. La mère est considérée comme étant à l’origine de la toute-puissance de l’enfant. Freud (1914) note que sa Majesté le bébé devient porteur des rêves irréalisés de ses parents : « … maladies, mort, renonciation de jouissance, restrictions à sa propre volonté ne vaudront pas pour l’enfant. Les lois de la nature, comme celles de la société, s’arrêteront devant lui, il sera réellement à nouveau le centre et le coeur de la création His Majesty the Baby, comme on s’imaginait être jadis. » On voit là que la toute-puissance est une émanation du parent ».(2009, 149).
Dans cette veine, l’IA nous rappelle des rêves humains à tout savoir, non pas à travers un gigantesque ouvrage encyclopédique, mais à travers un clic "bâton de Moïse" qui répond à tout. Toutefois, les enjeux cliniques à l’œuvre se manifestent à travers des symptômes qui impliquent toujours des rapports du sujet à son monde interne, aux autres et au monde extérieur, actuellement, aussi bien virtuel que "réel" . Les implications cliniques du fantasme de la maîtrise sont évidentes dans le management politique aujourd’hui, tableau (3).
Tableau 3 : Fantasme de la maîtrise et pathologies cliniques
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Symptômes |
Exemples cliniques en management politique |
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Psychose |
Maîtrise de l’objet (autrui) |
Tout contrôlé, médias, discours politique, etc. |
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La perte de limites entre soi et le monde peut générer des délires de contrôle ou d’influence. Le sujet croit que c’est l’autre ou un système extérieur qui le contrôle (ex. : délire de persécution). Le sujet pourrait osciller entre deux mondes (état schizophrénique) un monde de contrôle et un monde de liberté
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La maîtrise est délirante, souvent en réponse à une angoisse de morcellement.
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Troubles obsessionnels Névroses (notamment névrose obsessionnelle) |
Maîtrise du temps ou de la réalité |
Répétition d’une pensée compulsive L’angoisse de castration est très répandue dans les régimes autoritaires Le sadisme, le masochisme Un pouvoir écrasant du surmoi
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Dépression |
Lâcher prise, plus d’envies |
Une dépression généralisée, fatigue de soi, isolement |
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Troubles de la personnalité narcissique |
Maîtrise de l’autre Emprise Le sujet cherche à tout contrôler pour maintenir une image idéale de soi. La maîtrise de l’autre devient un moyen de confirmer sa toute-puissance narcissique. Toute perte de contrôle peut entraîner un effondrement ou une rage narcissique.
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Profils cliniques dans les administrations de l’Etat Rapport chefs/subordonnés L’emprise peut atteindre toute la population |
Source : l’auteur
2. Le management politique à l’ère de la révolution numérique
Contrairement à ce que plusieurs personnes estiment que l’IA n’est qu’une illusion humaine dont il faudrait désillusionner, le rapport entre la société humaine et l’IA est devenu un enjeu majeur à l’ère post et/ou hypermoderne. Les pouvoirs publics investissent des budgets colossaux pour la promouvoir auprès de leurs citoyens. « Des milliards de dollars ont été investis par de nombreux États dans le but, pour les uns, de maintenir ce qui est perçu comme une « avance » ou, pour les autres, de combler un hypothétique « retard ». (2018, 109). Le souci de contrôle de la population via la science, la métaphysique, les médias, l’internet, etc., est un souci de nature politique sous différents prétextes (enjeux de pouvoir, lutte contre le terrorisme et la criminalité, performance managériale, etc.,), il demeure tant que la société politique demeure entre les humains.
2.1. Les différentes sociétés de contrôle
L’IA accentue incontestablement le poids de l’excès dans notre ère. Bombarder incessamment les citoyens d’informations n’est qu’une nouvelle manière de les gérer politiquement, il se manifeste à travers plusieurs phénomènes morbides comme l’ignorance collective, la dépendance et la paresse cognitive, etc.
En fait, l’IA n’est que le début d’un processus bouleversant la manière dont l’être humain vit sur terre. Smart cities, les énergies renouvelables, les voitures électriques, changent le paradigme moderne de l’économie et de la politique, avec moins de coûts écologiques et économique et une politique de plus en plus gérée d’en haut à travers la technique. Les différentes sociétés de contrôle (tableau 6) mobilisent tant d’acteurs et de moyens avec un effet de pouvoir qui distingue le passage entre les différents types de contrôle.
Tableau 6 : les différentes sociétés de contrôle
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Critères/Types de sociétés |
Panoptique |
Synoptique |
Polyoptique |
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Type de surveillance |
D’un vers tous (Incarné par un chef omniprésent qui voit son peuple d’en haut comme un dieu) |
De tous vers quelques-uns |
Système dans lequel tout le monde voit et est vu |
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Acteurs |
Institutions (État, police, école…) |
Médias, réseaux sociaux |
Tout le monde, individus, les néo-médias, réseaux sociaux … |
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Effet |
Discipline, contrôle |
Fascination, imitation, conformité |
Ego gonflé et fragilisé Troupeaux numériques Conformisme
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Pouvoir |
Caché, diffus |
Visible, séduisant |
Eparpillé, poly |
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Clinique |
Paranoïa, sadisme, masochisme, TOC Surmoi |
Narcissisme, idéalisation Moi |
Diminution des fonctions paternelles Perversions, Dépressions
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Source : l’auteur
La société de l’instant éphémère et la société de spectacle, créent des nouveaux rapports avec la politique. Nous sommes entrés dans une société de l’exposition réciproque, où le regard des autres devient central. Ce n’est plus seulement le pouvoir qui surveille les citoyens, ni seulement les masses qui regardent les élites : c’est la société où tout le monde regarde tout le monde, dans une logique de contrôle social diagonal qui implique massivement des rapports à caractère vertical et horizontal.
En termes clinique, les différentes sociétés créent des formes de pouvoir qui ne sont pas identiques avec des points communs qui restructurent leurs interactions. La société panoptique est plutôt une société dans laquelle prime un système paranoïaque, chacun intériorise dès sa précoce socialisation le fait qu’il est vu et contrôlé, dans les systèmes politiques autoritaires, les pouvoirs en place sèment ce sentiment chez la population pour qu’elle ne soit pas en mesure de les renverser. Je suis vu quelque part par des logiciels, police secrète, des satellites, etc., c’est la société décrite parfaitement par Orwell dans son célèbre roman 1984.
Dans la société synoptique, la pression est mise essentiellement sur une partie de la population qui se distingue par le pouvoir ou un certain capital ou des capitaux au sens bourdieusien. Baumann ( 2013) décrit dans son œuvre la modernité liquide cette transformation de la modernité et son espace public qui est devenu un espace de l’exposition des vies privées au lieu de s’intéresser à l’intérêt général et à la politique. Les phénomènes de la séduction, le narcissisme exacerbé, les perversions y prennent le dessus.
Dans la société polyoptique, nous sommes dans une société de guerre des égos, tout le monde cherche la reconnaissance des autres. La perversion narcissique est le résultat de l’effacement de contrôle sociétal où tout le monde se permet de s’exprimer en fonction de sa subjectivité de l’instant. C’est la société de l’hyper-visibilité ou encore la société du regard généralisé.
L’idée du progrès est une idée associée au fantasme de maîtrise, la pensée postmoderne lui a soulevé beaucoup de critiques, l’illusion d’un tel fantasme est repréfigurée par les nouveaux détenteurs du capital numérique et technologique. L’IA renaît tous les fantasmes humains refoulés, une bibliothèque qui rassemble tous les savoirs, une machine qui exécute tout, un robot qui contrôle tout et répond à tout, etc. L’idée d’une société où tout le monde est spectacle de tout le monde renvoie à une évolution des formes de surveillance, visibilité et exposition sociale dans les sociétés modernes et numériques. Elle s’appuie sur des notions comme le panoptique, le synoptique, mais surtout sur ce que certains appellent aujourd’hui la société de l’hyper-visibilité ou encore la société du regard généralisé.
Le discours technophobe et technophile est toujours à l’œuvre dès qu’une invention voit le jour, le doute sur l’assujettissement de l’être à la machine renvoie au discours de la crise qui accompagne le mouvement de l’évolution humaine. « Qu’est-ce qui importe ? Qui pense, qui agit, qui parle encore et pour qui ? Si le sens et la finalité disparaissent, si nous ne pouvons même plus les déclarer dans une praxis, rien n’a d’importance ni d’intérêt. Et si les capacités de « l’être humain », la technique, la science, l’imagination, l’art, ou son absence, s’érigent en puissances autonomes et que la pensée réfléchissante se contente de ce constat, l’absence de « sujet », que répliquer ? que faire ? (Lefebvre, 1967)Toutes ces questions sont légitimes à l’ère actuelle, l’on est face à une révolution qui pourrait dépasser l’être humain et métamorphose sa vie.
Par ailleurs, depuis Freud, la psychanalyse s’intéresse à l’étude du phénomène politique, l’identification au chef traduit ce fantasme de maîtrise, le fascisme par exemple est un régime où l’identification au symbole de l’Etat signifie une maîtrise transcendantale de l’Etat sur tout le peuple. Le paradoxe du fantasme de la maîtrise est un phénomène inhérent à la politique, plus on maîtrise une population, plus plusieurs choses nous en échappent, plus on donne liberté à une population plus on la maîtrise. Dans les pays de tradition démocratique libérale, le principe de liberté est un principe qui permet un contrôle rationnel et rationnalisé au fantasme de la maîtrise qui reconnait l’impossibilité de tout contrôlé.
Notre ère postmoderne implique une autre configuration politique, une époque post westphalienne renvoie aujourd’hui à une défaillance chronique de l’institution étatique et par elle une défaillance de la fonction paternelle aussi. Les objets transitionnels (Winnicott) que représentent les nouvelles technologies en l’occurrence le portable déconstruit le monde du fantasme, de l’imaginaire humain et le rapport aux instituions traditionnelles de la socialisation. Si la paperasse fondait-elle pendant des siècles la modernité dans toutes ses dimensions politique, économique et socioculturelle, aujourd’hui elle se retire face au poids écrasant du numérique. Le système qui se complexifie davantage avec l’inclusion du numérique surgit un monde de contrôle à la fois vertical et horizontal. Le pouvoir de l’image prend le dessus sur tous les autres sens, regarder c’est l’outil fondamental aujourd’hui du fantasme de la maîtrise.
Si l’être humain est obsédé par le contrôle et la supervision pour des fins narcissiques ou objectaux, il demeure aussi vraisemblable qu’il soit aussi imprégné par le fantasme de lâcher prise, la transgression, la violation, les guerres et les conflits politiques sont des symptômes qui remettent en cause le fantasme de la maîtrise.
Une société gouvernée par les technologies sème plutôt la paranoïa entre ses membres, le sentiment d’être poursuivi et contrôlé qui anéantit la spontanéité humaine. Les caméras les robots, les constituent un grand œil qui "paranoïis" la population. L’effacement plutôt de l’autorité paternelle et l’affaiblissement de l’Etat crée la perversion, je suis regardé par tout et je regarde tout, il n’y a plus de limites.
Dans l’analyse transactionnelle, Berne parle de trois états du moi, Enfant, Parent et Adulte. Souvent un enfant rebelle refuse d’être contrôlé à l’inverse de l’état de l’enfant soumis, le père omniprésent et oppressif exige un contrôle permanent sur ses enfants, par contre, le père gratifiant permet l’expression de l’erreur et de la transgression des limites, pour l’état Adulte, la personnalité mature qui juge et distingue entre les choses intelligemment. La plupart des régimes autoritaires produisent un système dans lequel la majorité demeure dans l’état de l’enfant soumis à travers différents moyens y compris technologiques. Souvent le contrôle et la surveillance permanente renvoie à une société immature en termes politique, la population est jugée immature et incapable de discerner entre les choses. Eric Laurent va dans ce sens lorsque, reprenant Les complexes familiaux de Lacan, il nous rappelle que l’institution offre les moyens d’altérer « les formes les plus décadentes » en des « formes rationnelles » au moyen d’appareillages signifiants (discours, idéaux, protocoles…). (2013).
Le fantasme de la maîtrise se restructure à cause de la quatrième et la cinquième révolution industrielle, l'Industrie 5.0 est une nouvelle ère de la révolution industrielle qui vise à intégrer l'intelligence artificielle, l'automatisation et la robotique dans les processus de production, tout en permettant aux travailleurs de jouer un rôle actif dans la prise de décision. La maîtrise de l’esprit humain passe inévitablement aujourd’hui par la machine, plus on détient la conscience collective plus on gagne en termes économique. Les différentes techniques de manipulation de masse numérique impliquent de maintenir une connexion permanente collective pour pouvoir concurrencer les autres méga entreprises numériques, la chine3 et les USA4 sont largement dominants dans ce domaine.
Le premier pays affiche une volonté de puissance numérique depuis les dernières décennies pour contrecarrer la puissance américaine qui ne se retrouve plus désormais dans un état de monopole numérique hégémonique. Toutes ces considérations traduisent un fantasme de maîtrise globale sur le plan économique et politique. Manager au niveau politique c’est gagner sur le plan de la légitimité qui crée un paradoxe chez les américains et les chinois. Chez les premiers qui prônent une conception néolibérale de contrôle tombe dans une conception inverse surveiller politiquement pour dominer au niveau économique. Pour les seconds, surveiller la population contredit la tendance à libérer les esprits pour plus de créativité économique. Cet aspect antinomique de la technique est toujours à l’œuvre, en quelque sorte, l’évolution technique crée en même temps des révolutions politiques et économiques ! d’un fantasme de maîtrise globale chez les USA et une surveillance totale de la population chinoise, l’ère de l’IA ouvre le monde sur toutes les possibilités. Toutefois, les régimes politiques sont devenus aussi surveillés par la population, un monde dans lequel tous regarde tous. « Le développement de l’IA et son utilisation à travers le monde sont donc constitutifs d’un type de puissance permettant d’influencer, par des moyens non coercitifs, le comportement d’acteurs, ou la définition que ces acteurs ont de leurs propres intérêts. En ce sens, on peut donc parler d’un « projet politique » de la part des empires numériques, lequel se mêle à la simple recherche de profits ». (2018, 109).
Le fantasme de la maîtrise grâce et via l’IA ouvre le débat sur l’ampleur de la course à l’armement cybernétique et au développement de l’IA dans le cadre militaire et civil. Les considérations politiques et les enjeux de puissance sont souvent aveugles quant aux considérations éthiques, cela est prouvé plusieurs fois ne serait-ce que pour l’exemple de l’arme nucléaire. L’IA questionne à la fois les limites éthiques des inventions humaines et les limites des bénéfices de telles inventions. Le scénario cauchemaresque serait une hégémonie entre les grandes puissances sur la maîtrise de la population mondiale via la machine, l’on sait désormais que celui qui détiendrait l’avenir serait celui qui saurait manipuler la gigantesque machine ! Ce scénario cauchemaresque soit-il se symptomatise aujourd’hui à travers une multitude de projets aussi bien réels que virtuels. Le fantasme de la maîtrise est un fantasme réel et imaginaire à la fois, qui implique la supériorité d’un individu, d’une organisation, d’une institution, d’un État, etc., sur les autres. Dans notre ère, tous les types de management sont concernés (tableau 5) par la révolution numérique pour des enjeux de puissance et de la maîtrise.
Tableau 5 : L’intelligence artificielle et les types de management
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Types de management |
Surveillance globale |
Conflits |
Soft power |
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Management économique |
Collecte de data économique
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Guerre économique |
GAFAM, BATX Diffusion des normes |
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Management politique |
Surveillance globale Domination |
Espionnage politique4 Manipulation de l’opinion publique mondiale |
Guerre froide des cultures et des idéologies |
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Management militaire |
L’industrie militaire (la cybernétique, l’IA …) |
Hard-power Course à l’armement cybernétique |
OTAN, |
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Management social |
Manipulation de l’opinion publique Spirale de silence … |
La fabrication de consentement et de l’opinion publique Influer sur les tendances sociales |
Propagation de mode de vie américain par exemple Du savoir-faire et être
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Source : l’auteur
Les nouvelles technologies ont envahi le domaine du management dans toutes ses dimensions y compris politique. Il s’agit d’un aspect antinomique de la technologisation de la vie, à la fois le numérique et source de potentiels énormes dans la vie actuelle et en avenir qu’une menace et un danger qui complexifie davantage le sort humain. Un manager devrait gérer désormais plusieurs relations y compris machines/machines. Le système qui ne cesse de se complexifier avec l’intégration continue des nouveaux venants implique de mutations sociales à tous les niveaux. Cette néo-géopolitique est un nouveau champ de bataille pour les États, de l’espionnage politique et économique, la collecte de métadonnées, la géolocalisation des téléphones mobiles jusqu’à le niveau le plus bas des conflits au sein du cyberespace, l’enjeu de la puissance au nveau international prend de plus en plus une autre voie s’appuyant sur une course permanente à la détention des dernières technologies les plus sophistiquées dans tous les domaines. Le lien entre l'intelligence artificielle (IA) et le management politique soulève des enjeux majeurs, à la croisée de la technologie, de l’éthique et de la gouvernance. L’IA transforme la manière dont les États gèrent l’information, prennent les décisions, communiquent avec les citoyens et exercent le pouvoir.
Tout récemment, en 2013, les révélations d’Edward Snowden ont mis le point sur les frontières à l’ère numérique, entre la vie privée et publique, le national et l’international et le local et le global. Le projet d’une surveillance globale5 est devenu possible surtout chez les détenteurs de la domination numérique par-delà les frontières nationales. Au niveau local, les régimes politiques s’adaptent au processus de l’inclusion du numérique dans la surveillance et le contrôle de la population, cette réalité implique aussi une pression sur les pouvoirs politiques qui sont devenus aussi surveillés. « Aujourd'hui, ce système de surveillance globale continue de grandir. Il collecte désormais tellement de détritus numériques – courriels, appels, SMS, géolocalisations de téléphones mobiles, plus une liste complète de virus informatiques – que la NSA est en train de construire une installation de 93 000 m2 dans le désert de l'Utah pour les stocker et les traiter. ». (2012).
Les considérations psychopolitiques à l’ère de l’intelligence artificielle sont énormes, le fantasme de la maîtrise nourrit le sentiment de la toute-puissance infantile, un dieu qui voit tout et qu’il n’est pas vu. Il renvoie à l’idée d’un contrôle d’en haut verticalisé mais aussi horizontalisé, chacun se regarde et regard les autres, une surveillance globale qui réduit la spontanéité humaine et la robotisée davantage. Vouloir tout maîtriser, c’est une tentative d’effacer les frontières et les écarts qui donnent sens à la vie et à la créativité humaine.
2.2. Les perspectives d’un contrôle de l’IA de la vie humaine
Grâce à l’IA, les acteurs politiques peuvent analyser l’opinion publique instantanément. L’IA n’est pas neutre et non plus toujours objective, elle dépend aussi sur l’humain, elle renforce le fantasme de maîtrise contre certaines nations, cultures ou minorités. Après l’événement 11 septembre, certains régimes politiques se sont permis de plusieurs violations contre les droits de l’homme sous le prétexte du terrorisme. Le fantasme se nourrit de la méfiance à l’égard de l’Autre différent, les différents biais idéologiques ou algorithmique sèment le doute quant à la capacité de l’IA à demeurer neutre et fournir des informations crédibles indépendamment de quelconque appartenance.
Les critiques soulevées contre les menaces potentielles de l’IA sont de plus en plus manifestées par plusieurs spécialistes ne serait-ce que pour des considérations militaires, les armes autonomes capables de causer des dégâts indépendamment de l’humain est un scénario cauchemaresque. D’autres domaines sont touchés gravement comme le marché du travail. « En ce qui concerne les dangers de l’autonomisation de l’IA, on peut faire référence aux travaux qui affirment que l’automatisation constituerait une menace à l’emploi ou que ces technologies d’IA, par leur capacité à inciter les humains à déléguer de plus en plus de tâches aux machines qui seraient susceptibles d’éroder l’autodétermination humaine. Pour d’autres, le danger réside dans le fait que nous dépendons de plus en plus de systèmes d’IA si complexes que nous n’arrivons plus à les comprendre, qu’il s’agisse du contrôle d’infrastructures comme les usines, les centrales électriques, les fermes de serveurs ou les systèmes financiers ». (2024, 9).
Toujours selon cette ligne de pensée, on pourrait assister à l’émergence d’une nouvelle forme d’IA qui serait en mesure de prendre des décisions sans aucune interférence humaine, ce qui pourrait signifier la fin de l’humanité. Ray Kurzweil et Stephen Hawkins affirment que « la perspective de l’arrivée d’ordinateurs extrêmement plus intelligents que les humains – ce qu’ils appellent singularité, soit le moment où les humains ne seraient plus d’aucune utilité pour ceux-ci – pourrait conduire les ordinateurs futurs à considérer les humains au mieux comme des animaux de compagnie, au pire comme des esclaves ». (2018, 3). Les mutations actuelles et à l’horizon qui désubjectivisent progressivement l’être humain auraient des répercussions à tous les niveaux y compris morale dans le sens d’un changement social des fondements du social.
Tableau 7 : Les mutations de l’évolution humaine et leur impact sur l’être humain
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Subjectivation |
Individuation |
Socialisation et institutionnalisation |
Conscientisation |
Enjeux |
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L’humanisme |
Homme Centre du monde |
Liberté égalité Déchainer l’individu |
Les institutions sociales surtout l’école
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Sujet conscient Sujet inconscient |
Il peut se perfectionner par l’éducation, la science, la morale et la culture. Combattre l’ignorance, l’analphabétisme… |
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Le post humanisme |
Décentralisation de l’Homme |
Renchaîner |
Outils numériques principalement Il n’y a pas de nature humaine fixe. |
La conscience humaine est limitée Exploration des autres consciences comme animales
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On n’est pas séparé du monde : nous faisons partie d’un réseau vivant, technique et écologique |
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Le transhumanisme |
Sujet de machine Métamorphose de la subjectivation Homme/ machines |
Assujettissement de l’individu à la machine |
Via le numérique et des êtres intelligents Intelligence artificielle Biotechnologies Implants neuronaux Nanotechnologies Génétique Interfaces cerveau-machine |
Conscientisation de la machine ?
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Améliorer l’humain grâce aux sciences et technologies. Dépasser les limites naturelles de l’être humain : Maladies Vieillissement Faiblesses mentales ou physiques Paresse cognitive Dépendance cognitive |
Source : l’auteur
Conclusion
En guise de conclusion, si le champ scientifique actuel oscille entre une perspective cataclysmique des implications de l’IA sur la vie humaine, et autre qui minimise l’ampleur de ce mouvement soulignant les limites de telle aventure, toutefois, les symptômes d’un changement global de la société humaine sont là pour attester à une restructuration de la vie humaine qui prend de plus en plus une allure numérique. Le fantasme de la maîtrise s’en nourrit actuellement essentiellement pour des enjeux de puissance au niveau international et du pouvoir au niveau national. A cet égard, l’IA bouleverse, à l’ère du mangement postmoderne, tous les domaines sans exception, ses implications cliniques renvoient-elles au changement quantitatif et qualitatif en l’occurrence sur le plan psychopolitique.
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Notes
[1] Une figure éternelle, un chef immortel, etc., les anciens Egyptiens utilisaient du matériau dans l'embaumement (des huiles, des graisses animales, résines, natron). Aujourd’hui le chef est conservé après sa mort via les images, les photos, les sculptures, etc.
2 La première topique (le Conscient/le préconscient/l’inconscient), la deuxième (le moi/le ça/le surmoi)
3Baidu, Huawei, Alibaba, Tencent, Xiaomi.
4Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, IBM….
5 Le projet de "Five Eyes" concerne essentiellement les États-Unis, le Canada, le Royaume-Uni l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Connu sous le nom d'accord UKUSA, cette alliance a pour objectif principal de collecter et de partager des informations de renseignement, notamment des données interceptées, etc., à travers une coopération de renseignement d'origine électromagnétique.